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Sommet Afrique-France à Montpellier Quel est le sens de ce théâtre ? (Sébastien Nadot)

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Ce vendredi 8 octobre 2021 se tient à Montpellier le Sommet Afrique-France. Rarement aura-t-on vu pareille mise en scène orchestrée par l’Elysée qui ne s’embarrasse plus de rien : un sommet Afrique-France avec un seul chef d’Etat, le Président de la République française. Aucun chef d’Etat africain n’a été convié. Emmanuel Macron se prend-il pour le président des Africains ?

Il est vrai qu’à moins d’un an des élections présidentielles françaises, il aurait été inconfortable pour Emmanuel Macron de s’afficher aux côtés de dictateurs africains, qui bénéficient pourtant du soutien complaisant et intéressé de la diplomatie française.

Ayant choisi de faire campagne sur le thème de la jeunesse, Emmanuel Macron s’offre à lui-même une belle estrade entourée de représentants de la société civile et de la jeunesse africaine. Mais là encore : quels représentants ? Les porte-valises des régimes anti-démocratiques qui sévissent en Afrique.

 Où est la jeunesse africaine qui combat pour la liberté et la démocratie ? Où sont les représentants des diasporas soucieux de démocratie pour leurs pays d’origine en détresse ? Ceux qui ont à cœur la démocratie pour leur pays et attendent de la France une aide sincère en la matière n’ont pas été invités par Emmanuel Macron, car trop bruyants et pas assez dociles pour lui à n’en pas douter.

Alors que le sentiment anti-français prospère partout en Afrique centrale et de l’ouest, alors que la Russie et la Turquie avancent chaque jour leurs pions, l’Elysée ne trouve pas mieux que ce théâtre de faux-semblants qui ne dupera personne.

Sébastien NADOT

Député de la République française

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Guinée : quatre recensements, une même urgence — il est temps de donner à la jeunesse l’architecture d’emploi qu’elle mérite

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Pour une politique intégrée d’emploi, d’entrepreneuriat, de sport et d’engagement civique au service de 17,5 millions d’habitants

Par Alpha Mamoudou Danda Diallo

Les autorités guinéennes ont placé la jeunesse au cœur des priorités nationales. La restructuration du gouvernement début 2026, la transformation de la Direction Nationale de l’Emploi et de l’Auto-emploi des Jeunes en Direction Nationale de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat Jeune (DNEEJ), le nouveau cap fixé par le Ministre de la jeunesse et des sports faisant du sport un instrument au service du développement, de l’insertion des jeunes et de rayonnement de la Guinée : les signaux sont forts.

Cette orientation stratégique, clairement affirmée, constitue une opportunité majeure. Et pour que cette ambition produise des résultats concrets, elle doit s’appuyer sur un diagnostic précis, des données fiables et une architecture institutionnelle à la hauteur du défi démographique.

Quatre recensements, une trajectoire sans précédent

Pour comprendre l’urgence, il faut lire l’histoire démographique de la Guinée à travers ses quatre Recensements Généraux de la Population et de l’Habitation. Cette lecture intercensitaire, rarement mobilisée dans le débat public, raconte une trajectoire saisissante.

En 1983, lors du premier recensement (RGPH-1), la Guinée comptait 4,66 millions d’habitants, dont 41,6% avaient moins de 15 ans et environ 55% moins de 35 ans. En 1996, le RGPH-2 enregistrait 7,16 millions d’habitants, avec une part des moins de 15 ans passée à 45,6% et celle des moins de 35 ans estimée à environ 67%. En 2014, le RGPH-3 dénombrait 10,52 millions d’habitants, avec 77,4% de la population sous 35 ans. Et le RGPH-4, publié le 25 février 2026, livre un verdict inédit : 17,52 millions d’habitants, un âge moyen de 22,2 ans et près de 79% de la population sous 35 ans.

La population jeune a été multipliée par 5,4 en quarante-deux ans, alors que la population totale a été multipliée par 3,8. Ce n’est pas un simple chiffre démographique : c’est une pression structurelle croissante sur un marché du travail qui n’a pas évolué au même rythme.

Le RGPH-4 confirme également une urbanisation rapide — la population urbaine a quasi doublé depuis 2014, passant de 3,66 à 6,78 millions — et une recomposition géographique majeure : la région de Kankan dépasse désormais Conakry en population totale, avec 4,1 millions d’habitants contre 3,4 millions.

La Guinée est, par sa structure démographique, l’un des pays les plus jeunes d’Afrique de l’Ouest. Cette jeunesse est un atout considérable — à condition de lui offrir les moyens concrets de contribuer à la croissance.

Un dividende démographique qui attend d’être activé

Les démographes parlent de « dividende démographique » lorsqu’une population jeune et nombreuse devient un moteur de croissance économique. Mais ce dividende n’a rien d’automatique. En 2014, le rapport de dépendance en Guinée était de 94,8% — bien au-dessus du seuil de 80% généralement retenu. Cela signifie que chaque actif supporte presque un inactif.

L’Enquête Nationale sur l’Emploi et le Secteur Informel (ENESIG 2018/2019) complète le diagnostic. Le taux d’emploi des jeunes de 15 à 24 ans n’est que de 40%. Le sous-emploi lié au temps de travail atteint 31,4% au niveau national et culmine à 63,1% dans la région de Boké. 95% des emplois relèvent du secteur informel. Le revenu mensuel moyen des travailleurs informels — 502 659 GNF — dépasse à peine le SMIG fixé à 450 000 GNF. Et 37,1% des 15-35 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Chez les jeunes femmes, ce taux atteint 46,1%.

Autrement dit : la quasi-totalité des jeunes guinéens qui travaillent le font dans des conditions précaires, sans protection sociale, sans contrat, sans perspective d’évolution. Le chômage des jeunes en Guinée est avant tout un chômage de qualité.

Ce diagnostic n’est pas un discours décliniste. C’est le socle à partir duquel il faut construire. Et la dynamique de réforme engagée par les autorités montre que cette construction est possible.

Des avancées institutionnelles à consolider

Il faut le reconnaître, des avancées significatives sont en cours, et elles méritent d’être soulignées. La transformation de la DNEAJ en DNEEJ n’est pas un changement cosmétique. Elle traduit une montée en ambition : passer de la simple facilitation de l’auto-emploi à la prise en charge intégrale du parcours entrepreneurial des jeunes, de l’idéation jusqu’au développement de l’entreprise.

Quant au FONIJ — le Fonds National d’Insertion des Jeunes —, il pourrait bénéficier d’un renforcement stratégique significatif pour être pleinement à la hauteur des attentes croissantes des jeunes porteurs de projets.

L’entrepreneuriat jeune : un parcours à structurer, de l’idée au marché

En Guinée, il n’existe pas encore de parcours intégré qui mène un jeune de l’idée au marché. Les programmes existent, mais ils sont souvent invisibles pour la majorité de la population et concentrés à Conakry, alors que 61,3% des Guinéens vivent en milieu rural.

La DNEEJ porte désormais le rôle de créer un parcours national d’entrepreneuriat en plusieurs étapes : sensibilisation, sélection, formation pratique, incubation, accès au financement, suivi post-création.

La mise en place d’une Facilité Premier Emploi permettrait de combler le vide entre formation et première expérience professionnelle, notamment dans les secteurs à fort potentiel comme le BTP, l’agro-alimentaire, le numérique, l’hôtellerie et l’industrie extractive.

Le sport : une filière économique à conceptualiser

Le sport représente un gisement d’emplois encore sous-exploité. Aujourd’hui perçu principalement comme un vecteur de performance et de prestige, il doit aussi être envisagé comme une véritable filière économique.

L’industrie du sport ne représente que 0,5% du PIB africain contre environ 5% au niveau mondial. Ce décalage constitue une opportunité majeure pour la Guinée.

Les infrastructures : un maillage territorial à réactiver

La Guinée dispose d’un réseau de 590 espaces de jeunes recensés en 2017, dont une partie importante est aujourd’hui non fonctionnelle. Ces infrastructures peuvent devenir des points d’ancrage essentiels pour les politiques publiques en matière d’emploi et d’insertion.

L’impératif territorial : le test de crédibilité

Une politique de jeunesse efficace doit être déployée dans les 33 préfectures et accessible en zone rurale. Sans ancrage territorial, les réformes risquent de reproduire les inégalités existantes.

Mesurer pour piloter : le devoir de transparence

Aujourd’hui, aucune structure ne publie d’indicateurs consolidés de performance. La transparence est essentielle pour évaluer l’impact des politiques publiques et renforcer la confiance.

Capitaliser sur la dynamique : un appel à l’action structurée

La Guinée a montré sa capacité à réformer. Il s’agit désormais de traduire cette volonté en actions concrètes et mesurables : guichet national d’orientation, facilité premier emploi, cadre légal pour l’entrepreneuriat jeune, stratégie d’industrie du sport et politique nationale du volontariat.

C’est une question d’efficacité, d’équité et de temps. Avec 79% de la population sous 35 ans, la Guinée doit transformer sa jeunesse en moteur de croissance dès maintenant.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert de l’accompagnement des jeunes

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Wi-Fi zones en Guinée : entre régulation nécessaire et réalité du terrain, comment avancer ensemble ?

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Par Boubacar Diallo

Face à l’interdiction des « Wi-Fi zones » non autorisées par l’ARPT, une question centrale se pose : comment concilier régulation du secteur et réalité socio-économique des milliers de Guinéens qui en dépendent ?


Le 30 mars 2026, l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) a publié un communiqué rappelant que l’installation et l’exploitation de « Wi-Fi zones » sans autorisation préalable sont interdites sur l’ensemble du territoire guinéen, conformément à la loi L/2015/018.

Le régulateur appelle à la cessation immédiate de ces activités et se réserve le droit d’appliquer des sanctions.

Ce communiqué est légitime. La régulation des télécommunications est une prérogative de l’État, et les questions de sécurité des données, de qualité de service et d’interférences radio sont des préoccupations sérieuses.

Mais une question demeure : que fait-on concrètement pour les milliers de Guinéens qui dépendent de ces Wi-Fi zones, à la fois ceux qui les exploitent et ceux qui les utilisent ?

Une réalité que les chiffres ne peuvent ignorer

Les Wi-Fi zones ne sont pas apparues par hasard. Elles répondent à un déséquilibre profond entre l’offre des opérateurs et les moyens de la population.

Un abonnement Internet fixe chez un Fournisseur d’Accès Internet (FAI) coûte en moyenne 490 000 GNF par mois, soit souvent l’équivalent d’un revenu mensuel.

À l’inverse, une Wi-Fi zone de quartier propose un accès 24 heures pour environ 5 000 GNF. Pour beaucoup, ce n’est pas un luxe, mais le seul moyen d’accéder à Internet.

Ces zones permettent de chercher un emploi, suivre des formations en ligne ou rester en contact avec la diaspora.

Derrière chaque Wi-Fi zone se trouve aussi un jeune entrepreneur, qui a investi, appris et créé une activité économique locale.

Ce que le communiqué ne dit pas

Si la loi est claire, les solutions concrètes le sont beaucoup moins.

  • Comment se régulariser ?
  • Quels sont les coûts réels ?
  • Existe-t-il un statut intermédiaire ?

Devenir FAI implique :

  • Création d’une entreprise (souvent une SARL)
  • Dépôt d’un dossier technique
  • Homologation du matériel
  • Raccordement au backbone national

Le coût total peut atteindre 25 000 à 45 000 USD, avec un minimum d’environ 18 millions GNF par mois pour la bande passante.

Un niveau inaccessible pour la majorité des jeunes opérateurs actuels.

Des modèles qui fonctionnent ailleurs

D’autres pays africains ont trouvé des solutions pragmatiques :

  • Kenya : intégration des revendeurs informels comme agents agréés (modèle Poa Internet)
  • Bénin : régularisation progressive avec accompagnement
  • Nigeria : réseaux communautaires avec Internet plus rapide et moins cher

Le principe est simple : intégrer plutôt que réprimer.

Des pistes concrètes pour la Guinée

1. Créer un statut d’agent ou distributeur FAI

Permettre aux opérateurs locaux de distribuer légalement Internet sans devenir FAI.

2. Encourager les partenariats avec les FAI

Transformer les Wi-Fi zones en points de distribution officiels.

3. Accompagner la régularisation

Mettre en place une transition progressive avec formation et sensibilisation.

4. Adapter les coûts

Créer des tarifs accessibles aux micro-opérateurs pour élargir la base légale.

L’enjeu : fiscalité ou marché informel

Aujourd’hui, les Wi-Fi zones informelles échappent totalement à la fiscalité.

En les intégrant dans un cadre légal, l’État pourrait capter entre 20 % et 30 % de recettes fiscales sur chaque transaction.

À l’inverse, une interdiction sans accompagnement risque de renforcer le marché clandestin, sans bénéfice pour l’État ni protection pour les utilisateurs.

Un appel au dialogue

Ce débat n’oppose pas les acteurs : il appelle à une solution commune.

L’État veut réguler. Les jeunes veulent travailler. Les citoyens veulent un Internet accessible.

Ces objectifs sont compatibles.

La Guinée dispose des infrastructures, des talents et d’un régulateur capable d’accompagner cette transition.

Il reste à construire un cadre adapté — un pont entre la régulation et la réalité du terrain.


À propos de l’auteur :
Boubacar Diallo est entrepreneur dans le secteur des technologies. Il s’intéresse aux télécoms, à l’intelligence artificielle et à la FinTech.

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Guinée : pour un guichet unique de financement du secteur privé

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Le prochain chantier de la refondation

Par Alpha Mamoudou Danda Diallo

Les autorités guinéennes ont engagé depuis début 2026 une restructuration courageuse de l’appareil gouvernemental. Réduction du nombre de ministères, regroupement des départements par cohérence sectorielle, création de l’Agence Guinéenne de Développement : les signaux sont forts. Mais il reste un chantier majeur, encore intact : celui du financement du secteur privé.

Des réformes qui vont dans le bon sens

Il faut le reconnaître : la nouvelle architecture gouvernementale traduit une vision. Regrouper les départements de l’éducation sous un seul ministère, fédérer les agences de l’emploi et de l’entrepreneuriat au sein d’un même ensemble, c’est poser les bases d’une action publique cohérente. Fini les doublons, fini les structures qui se marchent sur les pieds.

La création de l’Agence Guinéenne de Développement (AGD) est particulièrement révélatrice de cette ambition. Inspirée du modèle rwandais, l’AGD rassemble des établissements publics longtemps dispersés dans une chaîne de valeur unique.

C’est une volonté politique forte. Elle mérite d’être saluée et soutenue. Mais il faut aller plus loin.

Un écosystème où le financement reste le verrou principal

En Guinée, l’accès au financement n’est pas un obstacle parmi d’autres. C’est le verrou. Le secteur bancaire classique reste largement fermé aux PME et aux jeunes entrepreneurs. Les exigences de garantie sont disproportionnées. Les taux d’intérêt sont très élevés.

La microfinance, bien que plus proche du terrain, ne répond pas aux besoins de financement de croissance.

Dans ce contexte, les fonds publics sont souvent le seul levier réaliste pour les entrepreneurs.

Plusieurs fonds, aucune coordination

Aujourd’hui, l’État guinéen dispose de plusieurs mécanismes publics : FONIJ, FODA, FODIP, ainsi que les programmes de partenaires comme le PNUD, Enabel ou la Banque Mondiale.

Chaque fonds a ses propres critères, procédures et outils. Aucune base de données commune. Aucune vision globale.

Le coût de la dispersion : iniquité, opacité, déperdition

La dispersion des financements crée de l’injustice. Certains bénéficient de plusieurs financements, tandis que d’autres n’en obtiennent aucun.

Elle alimente également la méfiance envers les institutions et encourage une logique de « chasse aux subventions ».

L’entrepreneur guinéen mérite un interlocuteur unique

Aujourd’hui, un entrepreneur doit naviguer entre plusieurs dispositifs, comprendre leurs différences et déposer plusieurs dossiers.

Ce système pénalise surtout les entrepreneurs ruraux et les moins informés.

La proposition : un guichet unique national de financement

La solution est de coordonner les fonds à travers un guichet unique national.

L’entrepreneur est orienté vers le bon dispositif selon son profil, avec la possibilité de combiner plusieurs financements pour un même projet.

Une base de données nationale garantit la transparence et l’équité.

Ce que l’État y gagne

Un guichet unique permet un meilleur pilotage des investissements, une meilleure transparence et une crédibilité accrue auprès des partenaires internationaux.

Appel aux autorités : finir ce qui a été commencé

La Guinée a déjà montré sa capacité à réformer. Il est temps d’appliquer cette logique au financement du secteur privé.

C’est une question d’efficacité, d’équité et de crédibilité.

Alpha Mamoudou Danda Diallo

Expert en accompagnement des entreprises et structuration de l’écosystème entrepreneurial guinéen

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