Tribune
Guinée : Propositions pour la Transition « Civilo-Militaire » (Mamadou Hasmiou DIALLO)
Publié
il y a 5 ansle
Depuis quelques jours, j’observe avec optimisme le grand chambardement engagé par le Conseil National pour le Redressement et le Développement (CNRD) en République de Guinée, après la prise du pouvoir par les forces spéciales, le 5 septembre 2021.
Le peuple oscille entre joie et inquiétude sur ses perspectives d’avenir et celles de la nation. Les actes et discours rassurants et prometteurs de la junte militaire font revivre la population, qui avait pendant longtemps perdu sourire et gaieté. Des pourparlers, dits de consultations nationales, ont été engagés. L’espoir renait chez une majorité de guinéens, bien que quelques-uns restent inquiets quant à la transition qui sera menée par cette junte, et l’avenir de celle-ci.
Dans ce contexte, très complexe où l’avenir de tout un peuple se décide, il y a lieu de s’interroger sur la ligne de conduite à adopter pour mener une telle transition.
Dans le cadre des démarches consultatives initiées par le CNRD, je propose la rédaction d’une feuille de route définissant des axes de travail clairs, couvrant les principaux chantiers de réforme, à destination d’une équipe réduite de ministres civils et militaires chargée de mener les actions présentées pour la mise en place de cette transition « civilo-militaire ». Cette équipe concentrera ses actions sur les réformes choisies – définies dans ce document mis à disposition de tous – se fixant pour règle de ne pas y déroger afin d’éviter toutes dispersions ou désorientations de ces objectifs préalablement déterminés pour une transition juste, équitable et constructive pour le peuple guinéen – car, en souhaitant développer tout azimut le pays ou répondre aux attentes particulières de chacun des ordres sociétaux en place (organisations religieuses, politiques ou sociales, formelles ou informelles), elle risque de ne pas atteindre sa finalité première, qui est de fixer des bases juridiques primordiales et nécessaires pour une démocratie solide, assise d’un développement harmonieux pour la nation guinéenne.
Dans l’élaboration de cette feuille de route, j’opterais pour les trois grands axes suivants de réforme : la Réconciliation nationale, la Restauration de l’Etat de droit et la Réforme du système institutionnel et politique. Ces lignes directrices principales proposées en toute bonne foi, décrites ci-après, orienterons l’équipe en charge de la transition tout au long de sa mise en œuvre et lui permettrons de toujours garder du sens dans les actions menées. Dans la gestion d’un projet, quel qu’en soit l’envergure, la définition du cadre est ainsi essentielle pour sa réussite. Ces trois volets de réforme pourront alors être décomposés en actions de redressement, dont j’en propose ici également la teneur.
Ainsi, avant toute chose, le CNRD se doit de définir une charte de transition dans laquelle l’organisation, les actions et la durée de la transition sont clairement décrits afin d’orienter le peuple et les institutions internationales, mais également de guider ses équipes en charge de la mise en œuvre de la transition.
Pour ma part, comme je viens de l’énoncer, je conseille d’orienter la transition sur les trois axes principaux de réforme suivants :
- La Réconciliation nationale, l’éducation et l’intégration sociale du peuple
La réconciliation nationale ne peut, en réalité, être sérieuse sans implication de la Justice. Une démarche juridique devra donc être mise en œuvre par la rédaction de textes de loi, notamment pour garantir l’intégrité physique et morale de chaque individu ainsi que ses droits et ses devoirs dans la société (Cf. axe 2 ci-dessous).
Néanmoins, en parallèle de la définition de réformes juridiques, un comité d’apaisement social composé de personnalités dont l’intégrité morale est reconnue et respectée par le peuple, pourrait être mis en place afin de porter des messages fédérateurs et pacifiant de respect et de solidarité. Le choix des représentants de ce comité doit être représentatif du peuple tant sur le plan social, politique, ethnique que religieux.
Les responsabilités que portera ce comité devront de plus être élargies aux partis politiques, leaders d’opinion, médias et enseignants, car ceux-ci ont, dans leur raison d’être, respectivement un rôle de régisseur social et sociétal, d’influenceur, de transmission d’informations et de transmission de savoirs. Les messages qu’ils diffuseront au travers de leur communication dans l’exercice quotidien de leurs fonctions, devront être unificateurs et réconciliateurs. Les dérives communautaires, comme toutes formes d’atteinte à l’intégrité de chaque être humain, ne devront pas restées impunies.
- La Restauration de l’Etat de droit
Cet axe abonde de sujets à traiter, afin de redresser la tendance politique jusque alors instaurée pour bâtir le socle d’un Etat de droit. Il s’agit de :
- la Rédaction d’une nouvelle Constitution
La rédaction d’une nouvelle constitution doit tenir compte les attentes du peuple et de la réalité du pays. Elle doit être très exigeante sur les conditions d’accession aux postes clés de la République, qui engage la nation au niveau national et international, tels que celui de Président de la République, de Président de l’Assemblée Nationale ou de Premier Ministre : pour se voir confier ces fonctions, elle pourrait ainsi imposer aux requérants d’être guinéen(ne), âgé(e) de 35 ans au moins et 75 ans au plus, de travailler et vivre en Guinée depuis au moins 5 ans, et d’avoir un casier judiciaire vierge.
- la Réforme de la Commission Electorale Nationale Indépendante
La CENI, organe principal chargé de l’organisation et de suivi des élections, doit faire l’objet d’une réorganisation afin de redéfinir les processus électoraux sur le plan juridique notamment. Elle doit se conformer à un protocole juste et invariable, géographiquement comme temporellement. Son comité directionnel qui aura à charge de prouver son honnêteté et intégrité, devra être renouvelé régulièrement, selon une périodicité définie juridiquement. Le fichier électoral devra également être vérifié pour supprimer les inscriptions doubles, caduques ou fallacieuses, et mis à jour, afin que chaque guinéen en âge de voter soit inscrit sur les listes électorales et puisse exercer son droit de vote pour choisir librement le Président de la République qu’il souhaite voir gouverner.
- la Révision des lois de la République et adaptation des textes juridiques au peuple guinéen
La révision des lois de la République devra être initiée afin de les adapter aux réalités sociales, politiques, économiques et environnementales actuelles du pays. Nos textes juridiques doivent évoluer parallèlement à l’évolution de la société nationale et internationale, notamment pour garantir la crédibilité de nos institutions. Cette réforme doit s’inscrire dans le rééquilibrage du pouvoir politique d’Etat.
Ces lois s’appliqueront à tous pour qu’enfin tout guinéen, quel que soit la place sociale qu’il occupe dans la société, qu’il soit gouvernant ou gouverné, soit soumis à la même justice.
Une traduction de la loi dans nos langues locales devra également être réalisée par les magistrats et juges, puis diffusée par les médias nationaux afin que nul ne puisse l’ignorer – et que les personnes n’ayant eu la chance d’aller à l’école puissent, tout autant que leurs semblables, être en connaissance de leurs droits et devoirs républicains.
- l’Indépendance totale et définitive de la Justice
Afin de s’affranchir de tout risque de déviance dictatoriale, la Justice guinéenne doit retrouver son indépendance totale. La nouvelle Constitution devra être rédigée en ce sens. L’intégrité et l’honnêteté seront des compétences indispensables reconnues et valorisées publiquement. Tous les moyens nécessaires à sa bonne exécution devront être mis à disposition de ces « serviteurs du peuple ».
Des dossiers seront ouverts auprès des juridictions compétentes afin de punir tous coupables, notamment, de crimes économiques et/ou d’atteinte à l’intégrité physique et psychologique humaine.
- La Réforme du système institutionnel et politique
En s’appuyant sur les lois et normes juridiques instaurées en vue de la « Restauration de l’Etat de droit », il serait de restructurer les institutions et administrations publiques. Pour ce faire, il faudrait :
- Dépolitiser et réorganiser les institutions et administrations publiques
Lors de la Révision des lois de la République, un axe de travail devrait être la rédaction de textes juridiques régissant le fonctionnement des administrations et institutions et leur gestion des affaires, afin de sanctionner le non-respect des principes fondamentaux de l’administration. Des commissions d’enquêtes et de contrôles pourraient alors être constituées pour auditer les administrations et institutions.
- Réforme fiscale et Audit financier
Les politiques fiscales doivent être en premier plan dans la réforme de nos institutions financières. Il est primordial d’engager des réformes fiscales pour doter de la Guinée une législation fiscale moderne. Les politiques fiscales permettent à l’Etat d’encaisser des recettes pour financer et entretenir les biens communs de la nation (hôpitaux, routes, écoles, …).
Le CNRD doit faire de la réforme fiscale et de l’audit financier l’une de ses principales actions gouvernementales. Une commission d’audit indépendante, chargée d’enquêter sur les crimes financiers puis de les traduire en justice, devra être mise en place.
- Règlementer le climat d’affaires
Il est également important de doter la Guinée d’une règlementation des affaires souple afin d’encourager la création d’activités économiques. Les réformes, qui pourront être menées dans ce sens, viseront la création d’entreprises, l’entrepreneuriat, le commerce et l’insertion des jeunes dans le monde des affaires. Elle permettra aussi d’attirer les investisseurs étrangers, qui seront eux-aussi soumis aux règlements instaurés. Néanmoins, pour s’affranchir des abus de certains investisseurs, commerçants ou entrepreneurs nationaux et internationaux, il s’agira de reformer le climat des affaires.
- Mise en place d’une Charte déontologique pour les formations politiques
La pratique de la politique politicienne en Guinée devra être repensée par la définition d’une charte déontologique. Les formations politiques, indispensablement inscrites dans le respect de celle-ci, devront baser leur programme sur des projets de société concrets et bénéfiques pour le peuple. La participation de ces formations à une élection devra remplir les conditions strictement définies dans la charte et en rapport avec les lois de la République. Aucune tolérance ne sera accordée aux partis politiques incitant à la division sociale.
Pour mener à bien cette transition, le CNRD doit être strict dans le choix de ses actions et dans leur réalisation. Sa mission n’étant pas de développer la Guinée mais d’y instaurer des instances de droit, il doit s’assurer de la constitution d’institutions fortes pour une démocratie solide.
Pour ce faire, même si le peuple attend beaucoup de lui, il lui est vivement conseillé de déterminer des axes de réformes prioritaires permettant de constituer un socle démocratique en Guinée, sans se disperser sur de trop nombreux chantiers qui le conduiraient à l’échec.
Concernant mes propositions, je pense qu’il serait envisageable de les mettre en œuvre dans un horizon de deux ans – durée que pourrait alors couvrir la transition.
Par Hasmiou DIALLO, Consultant en Business Intelligence et Enseignant à l’Université d’Angers en Intelligence Economique et Stratégies Compétitives. E-mail : madhasmiou@yahoo.fr
Vous pourriez aimer
-
Étudier pour quoi faire en Guinée ? (Par Cellou Mandela Diallo)
-
Guinée : quatre recensements, une même urgence — il est temps de donner à la jeunesse l’architecture d’emploi qu’elle mérite
-
Wi-Fi zones en Guinée : entre régulation nécessaire et réalité du terrain, comment avancer ensemble ?
-
Guinée : pour un guichet unique de financement du secteur privé
-
Maires de Guinée : gouverner sans salaire (Par Sally Bilaly SOW)
-
Guinée : six mois accordés aux partis politiques pour se conformer à la nouvelle loi
Tribune
Étudier pour quoi faire en Guinée ? (Par Cellou Mandela Diallo)
Publié
il y a 1 semainele
25 avril 2026
Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que leur auteur.
Dans un contexte marqué par l’annonce des élections législatives et communales en Guinée, Cellou Mandela Diallo s’interroge sur le sens actuel de l’engagement politique et de l’effort éducatif pour la jeunesse guinéenne.
Puisqu’il est aujourd’hui possible de passer de la caserne au palais présidentiel, de la rue au Parlement ou encore aux mairies, sans véritable exigence de formation, sans expérience avérée ni projet politique structuré, une question fondamentale s’impose avec acuité : quel est désormais le sens, pour un jeune Guinéen, de s’engager dans des études longues, rigoureuses et exigeantes ?
Cette interrogation n’est ni provocatrice ni exagérée ; elle traduit une inquiétude profonde face à une transformation préoccupante des normes sociales et politiques.
Le 20 février 2026, un décret annonçant la tenue des élections législatives et communales pour le 26 mai 2026 a déclenché une vague massive de candidatures. Pourtant, derrière cette effervescence apparente, un constat s’impose rapidement : le débat politique est presque totalement vidé de sa substance.
Les candidatures qui émergent ne s’appuient ni sur des projets de société clairement définis, ni sur des visions structurées de l’avenir du pays. Elles semblent plutôt reposer sur des logiques d’alignement politique et de positionnement stratégique.
À observer les affiches et les messages relayés sur les réseaux sociaux, il apparaît que le principal critère de légitimité réside dans la proximité avec le pouvoir en place et son mouvement politique, et non dans la qualité des idées ou la pertinence des propositions.
Cette situation entre en contradiction directe avec une conception exigeante de la politique, telle que défendue par Nathalie Heinich dans son ouvrage Penser contre son camp. Selon elle, l’action politique ne devrait jamais être guidée par une simple appartenance à un camp, mais par la défense de valeurs.
Or, dans le contexte guinéen actuel, cette exigence semble avoir disparu au profit d’une logique d’adhésion, où la fidélité au pouvoir l’emporte largement sur la réflexion critique et l’engagement intellectuel.
Ce glissement progressif vers une politique de l’allégeance à une idéologie unique produit des effets particulièrement préoccupants sur la perception du mérite.
En théorie, toute société repose sur une promesse implicite faite à sa jeunesse : celle selon laquelle l’effort, le travail et la compétence permettent d’accéder à des responsabilités. Mais dans la réalité actuelle en Guinée, ce principe semble profondément remis en cause.
Dans l’espace public contemporain, les trajectoires qui s’imposent ne valorisent plus nécessairement la formation, l’expertise ni la rigueur intellectuelle. Elles semblent plutôt récompenser la proximité avec les centres de décision et la capacité à s’inscrire dans des réseaux d’influence dominants.
Cette réalité se vérifie aisément dans notre société. Pendant que des enseignants peinent à accéder à leurs maigres salaires, contraints de faire la queue pendant des heures devant les guichets bancaires, des médecins assistent impuissamment à des drames dans les hôpitaux, faute d’infrastructures adéquates.
Parallèlement, des agents contractuels, après plusieurs années de service rendus à la nation, réclament en vain leur intégration dans la fonction publique.
Dans le même temps, certaines personnes, dont le seul mérite réside dans leur proximité avec des décideurs ou dans une notoriété fondée sur des pratiques moralement discutables, exhibent avec ostentation des richesses considérables.
Cette démonstration de fortune, souvent marquée par la démesure et la condescendance, traduit une forme de dévalorisation des principes fondamentaux tels que le mérite, le travail et la dignité humaine.
Ainsi se dessine un contraste saisissant entre ceux qui contribuent réellement au fonctionnement et au développement de la société, et ceux qui tirent profit de systèmes d’influence, au détriment de toute exigence éthique ou intellectuelle.
Dans ces conditions, le message adressé aux jeunes est particulièrement ambigu, voire dangereux. Pourquoi investir des années dans des études exigeantes si les positions de responsabilité peuvent être atteintes sans qualification spécifique ?
Pourquoi développer une pensée critique, si celle-ci constitue un obstacle comme c’est le cas pour Aliou Bah, Foniké Mangué et d’autres, plutôt qu’un atout dans l’accès aux fonctions publiques ? Progressivement, une forme de désillusion s’installe, fragilisant le lien entre l’éducation, le mérite et la réussite sociale.
Cette situation peut être éclairée par les analyses de Friedrich Hegel, pour qui la liberté constitue le critère fondamental de distinction entre les régimes politiques.
Dans une démocratie, la liberté tend à être universelle et accessible à tous, notamment à travers l’égalité des chances. En revanche, dans une configuration proche de l’aristocratie, le pouvoir se concentre entre les mains d’un nombre restreint d’individus, et l’accès aux responsabilités devient conditionné par des critères informels.
À observer l’évolution actuelle du système politique guinéen, le constat est alarmant : on s’éloigne progressivement de l’idéal démocratique au profit d’une forme de concentration inquiétante du pouvoir.
L’analyse de John Rawls permet également de mieux comprendre les enjeux en cours. Pour Rawls, une société juste doit garantir à la fois l’égalité des libertés fondamentales et une véritable égalité des chances.
Or, lorsque les conditions d’accès aux responsabilités politiques sont biaisées, lorsque la compétition n’est pas équitable et lorsque certaines voix sont marginalisées, ces principes fondamentaux sont remis en cause.
La conséquence est l’émergence d’une forme d’injustice structurelle qui fragilise la légitimité des institutions et alimente la défiance des citoyens.
Dans ce contexte, les élections annoncées risquent de perdre leur fonction essentielle, qui est de permettre aux citoyens de choisir librement entre des projets concurrents.
Lorsque le processus de sélection des candidats est dominé par des logiques internes du parti au pouvoir, le vote lui-même tend à devenir une formalité.
Le risque est alors de voir émerger un système politique dans lequel la pluralité n’est qu’apparente, et où les résultats reflètent davantage une organisation préalable du champ politique qu’une véritable expression de la volonté populaire.
Au-delà des enjeux institutionnels, c’est l’ensemble du rapport de la jeunesse à la société qui se trouve affecté.
Une génération qui ne croit plus à la valeur du mérite est une génération qui peut se détourner de l’effort, de l’engagement civique et de la construction collective.
Cette perte de confiance peut se traduire par différentes formes de rupture : désengagement, migration ou contestation. Dans tous les cas, elle constitue un facteur de fragilisation durable pour le pays.
Au fond, la question n’est plus simplement de savoir si les élections auront lieu, ni même si les citoyens iront voter. La réalité est plus brutale : nous ne sommes plus dans une démocratie fonctionnelle.
Une démocratie suppose la compétition, le pluralisme, l’incertitude du résultat et, surtout, la capacité réelle du peuple à choisir librement ses représentants.
Or, lorsque les acteurs politiques sont marginalisés, que les voix dissidentes sont réduites au silence et que les candidatures s’organisent essentiellement autour du pouvoir en place, ces conditions disparaissent.
Dans un tel contexte, l’enjeu central n’est plus le vote, mais la sélection des candidats par la mouvance présidentielle.
Tout se joue en amont, dans les mécanismes internes du pouvoir, bien avant que les citoyens ne soient appelés aux urnes. Le processus électoral cesse alors d’être un moment de décision collective pour devenir une simple formalité de validation.
Dès lors, il serait illusoire de parler d’incertitude électorale. Le vainqueur est déjà connu, non pas parce qu’il aurait convaincu une majorité de citoyens par la force de ses idées, mais parce que les conditions mêmes de la compétition rendent toute alternance improbable.
Dans ces conditions, personne ne serait surpris de voir la mouvance au pouvoir rafler l’écrasante majorité, voire la quasi-totalité des sièges, aussi bien à l’Assemblée nationale que dans les collectivités locales.
Une telle situation ne constitue pas seulement une dérive politique ; elle produit un effet beaucoup plus profond et durable : elle détruit le sens même de l’engagement.
Car si l’issue est connue d’avance, si les règles du jeu sont biaisées, alors l’effort intellectuel perd sa finalité politique. Étudier, réfléchir, proposer, débattre, tout cela devient secondaire dans un système où la réussite dépend avant tout de l’alignement.
C’est là que réside le véritable danger. Pas seulement dans la confiscation du pouvoir, mais dans la transformation silencieuse des mentalités.
Une génération qui comprend que le mérite ne compte plus est une génération qui peut renoncer à l’effort, à la pensée critique et à l’idéal républicain lui-même.
Et lorsqu’un pays en arrive à ce point, la question n’est plus seulement « qui gouverne ? », mais quel avenir reste-t-il possible ?
Cellou Mandela Diallo
Étudiant guinéen en master de philosophie politique à l’Université de Paris-Sorbonne, responsable de la cellule de communication de la Coalition des Étudiants Leaders de Guinée.
Tribune
Guinée : quatre recensements, une même urgence — il est temps de donner à la jeunesse l’architecture d’emploi qu’elle mérite
Publié
il y a 2 semainesle
18 avril 2026
Pour une politique intégrée d’emploi, d’entrepreneuriat, de sport et d’engagement civique au service de 17,5 millions d’habitants
Par Alpha Mamoudou Danda Diallo
Les autorités guinéennes ont placé la jeunesse au cœur des priorités nationales. La restructuration du gouvernement début 2026, la transformation de la Direction Nationale de l’Emploi et de l’Auto-emploi des Jeunes en Direction Nationale de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat Jeune (DNEEJ), le nouveau cap fixé par le Ministre de la jeunesse et des sports faisant du sport un instrument au service du développement, de l’insertion des jeunes et de rayonnement de la Guinée : les signaux sont forts.
Cette orientation stratégique, clairement affirmée, constitue une opportunité majeure. Et pour que cette ambition produise des résultats concrets, elle doit s’appuyer sur un diagnostic précis, des données fiables et une architecture institutionnelle à la hauteur du défi démographique.
Quatre recensements, une trajectoire sans précédent
Pour comprendre l’urgence, il faut lire l’histoire démographique de la Guinée à travers ses quatre Recensements Généraux de la Population et de l’Habitation. Cette lecture intercensitaire, rarement mobilisée dans le débat public, raconte une trajectoire saisissante.
En 1983, lors du premier recensement (RGPH-1), la Guinée comptait 4,66 millions d’habitants, dont 41,6% avaient moins de 15 ans et environ 55% moins de 35 ans. En 1996, le RGPH-2 enregistrait 7,16 millions d’habitants, avec une part des moins de 15 ans passée à 45,6% et celle des moins de 35 ans estimée à environ 67%. En 2014, le RGPH-3 dénombrait 10,52 millions d’habitants, avec 77,4% de la population sous 35 ans. Et le RGPH-4, publié le 25 février 2026, livre un verdict inédit : 17,52 millions d’habitants, un âge moyen de 22,2 ans et près de 79% de la population sous 35 ans.
La population jeune a été multipliée par 5,4 en quarante-deux ans, alors que la population totale a été multipliée par 3,8. Ce n’est pas un simple chiffre démographique : c’est une pression structurelle croissante sur un marché du travail qui n’a pas évolué au même rythme.
Le RGPH-4 confirme également une urbanisation rapide — la population urbaine a quasi doublé depuis 2014, passant de 3,66 à 6,78 millions — et une recomposition géographique majeure : la région de Kankan dépasse désormais Conakry en population totale, avec 4,1 millions d’habitants contre 3,4 millions.
La Guinée est, par sa structure démographique, l’un des pays les plus jeunes d’Afrique de l’Ouest. Cette jeunesse est un atout considérable — à condition de lui offrir les moyens concrets de contribuer à la croissance.
Un dividende démographique qui attend d’être activé
Les démographes parlent de « dividende démographique » lorsqu’une population jeune et nombreuse devient un moteur de croissance économique. Mais ce dividende n’a rien d’automatique. En 2014, le rapport de dépendance en Guinée était de 94,8% — bien au-dessus du seuil de 80% généralement retenu. Cela signifie que chaque actif supporte presque un inactif.
L’Enquête Nationale sur l’Emploi et le Secteur Informel (ENESIG 2018/2019) complète le diagnostic. Le taux d’emploi des jeunes de 15 à 24 ans n’est que de 40%. Le sous-emploi lié au temps de travail atteint 31,4% au niveau national et culmine à 63,1% dans la région de Boké. 95% des emplois relèvent du secteur informel. Le revenu mensuel moyen des travailleurs informels — 502 659 GNF — dépasse à peine le SMIG fixé à 450 000 GNF. Et 37,1% des 15-35 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Chez les jeunes femmes, ce taux atteint 46,1%.
Autrement dit : la quasi-totalité des jeunes guinéens qui travaillent le font dans des conditions précaires, sans protection sociale, sans contrat, sans perspective d’évolution. Le chômage des jeunes en Guinée est avant tout un chômage de qualité.
Ce diagnostic n’est pas un discours décliniste. C’est le socle à partir duquel il faut construire. Et la dynamique de réforme engagée par les autorités montre que cette construction est possible.
Des avancées institutionnelles à consolider
Il faut le reconnaître, des avancées significatives sont en cours, et elles méritent d’être soulignées. La transformation de la DNEAJ en DNEEJ n’est pas un changement cosmétique. Elle traduit une montée en ambition : passer de la simple facilitation de l’auto-emploi à la prise en charge intégrale du parcours entrepreneurial des jeunes, de l’idéation jusqu’au développement de l’entreprise.
Quant au FONIJ — le Fonds National d’Insertion des Jeunes —, il pourrait bénéficier d’un renforcement stratégique significatif pour être pleinement à la hauteur des attentes croissantes des jeunes porteurs de projets.
L’entrepreneuriat jeune : un parcours à structurer, de l’idée au marché
En Guinée, il n’existe pas encore de parcours intégré qui mène un jeune de l’idée au marché. Les programmes existent, mais ils sont souvent invisibles pour la majorité de la population et concentrés à Conakry, alors que 61,3% des Guinéens vivent en milieu rural.
La DNEEJ porte désormais le rôle de créer un parcours national d’entrepreneuriat en plusieurs étapes : sensibilisation, sélection, formation pratique, incubation, accès au financement, suivi post-création.
La mise en place d’une Facilité Premier Emploi permettrait de combler le vide entre formation et première expérience professionnelle, notamment dans les secteurs à fort potentiel comme le BTP, l’agro-alimentaire, le numérique, l’hôtellerie et l’industrie extractive.
Le sport : une filière économique à conceptualiser
Le sport représente un gisement d’emplois encore sous-exploité. Aujourd’hui perçu principalement comme un vecteur de performance et de prestige, il doit aussi être envisagé comme une véritable filière économique.
L’industrie du sport ne représente que 0,5% du PIB africain contre environ 5% au niveau mondial. Ce décalage constitue une opportunité majeure pour la Guinée.
Les infrastructures : un maillage territorial à réactiver
La Guinée dispose d’un réseau de 590 espaces de jeunes recensés en 2017, dont une partie importante est aujourd’hui non fonctionnelle. Ces infrastructures peuvent devenir des points d’ancrage essentiels pour les politiques publiques en matière d’emploi et d’insertion.
L’impératif territorial : le test de crédibilité
Une politique de jeunesse efficace doit être déployée dans les 33 préfectures et accessible en zone rurale. Sans ancrage territorial, les réformes risquent de reproduire les inégalités existantes.
Mesurer pour piloter : le devoir de transparence
Aujourd’hui, aucune structure ne publie d’indicateurs consolidés de performance. La transparence est essentielle pour évaluer l’impact des politiques publiques et renforcer la confiance.
Capitaliser sur la dynamique : un appel à l’action structurée
La Guinée a montré sa capacité à réformer. Il s’agit désormais de traduire cette volonté en actions concrètes et mesurables : guichet national d’orientation, facilité premier emploi, cadre légal pour l’entrepreneuriat jeune, stratégie d’industrie du sport et politique nationale du volontariat.
C’est une question d’efficacité, d’équité et de temps. Avec 79% de la population sous 35 ans, la Guinée doit transformer sa jeunesse en moteur de croissance dès maintenant.
Tribune
Wi-Fi zones en Guinée : entre régulation nécessaire et réalité du terrain, comment avancer ensemble ?
Publié
il y a 4 semainesle
5 avril 2026
Par Boubacar Diallo
Face à l’interdiction des « Wi-Fi zones » non autorisées par l’ARPT, une question centrale se pose : comment concilier régulation du secteur et réalité socio-économique des milliers de Guinéens qui en dépendent ?
Le 30 mars 2026, l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) a publié un communiqué rappelant que l’installation et l’exploitation de « Wi-Fi zones » sans autorisation préalable sont interdites sur l’ensemble du territoire guinéen, conformément à la loi L/2015/018.
Le régulateur appelle à la cessation immédiate de ces activités et se réserve le droit d’appliquer des sanctions.
Ce communiqué est légitime. La régulation des télécommunications est une prérogative de l’État, et les questions de sécurité des données, de qualité de service et d’interférences radio sont des préoccupations sérieuses.
Mais une question demeure : que fait-on concrètement pour les milliers de Guinéens qui dépendent de ces Wi-Fi zones, à la fois ceux qui les exploitent et ceux qui les utilisent ?
Une réalité que les chiffres ne peuvent ignorer
Les Wi-Fi zones ne sont pas apparues par hasard. Elles répondent à un déséquilibre profond entre l’offre des opérateurs et les moyens de la population.
Un abonnement Internet fixe chez un Fournisseur d’Accès Internet (FAI) coûte en moyenne 490 000 GNF par mois, soit souvent l’équivalent d’un revenu mensuel.
À l’inverse, une Wi-Fi zone de quartier propose un accès 24 heures pour environ 5 000 GNF. Pour beaucoup, ce n’est pas un luxe, mais le seul moyen d’accéder à Internet.
Ces zones permettent de chercher un emploi, suivre des formations en ligne ou rester en contact avec la diaspora.
Derrière chaque Wi-Fi zone se trouve aussi un jeune entrepreneur, qui a investi, appris et créé une activité économique locale.
Ce que le communiqué ne dit pas
Si la loi est claire, les solutions concrètes le sont beaucoup moins.
- Comment se régulariser ?
- Quels sont les coûts réels ?
- Existe-t-il un statut intermédiaire ?
Devenir FAI implique :
- Création d’une entreprise (souvent une SARL)
- Dépôt d’un dossier technique
- Homologation du matériel
- Raccordement au backbone national
Le coût total peut atteindre 25 000 à 45 000 USD, avec un minimum d’environ 18 millions GNF par mois pour la bande passante.
Un niveau inaccessible pour la majorité des jeunes opérateurs actuels.
Des modèles qui fonctionnent ailleurs
D’autres pays africains ont trouvé des solutions pragmatiques :
- Kenya : intégration des revendeurs informels comme agents agréés (modèle Poa Internet)
- Bénin : régularisation progressive avec accompagnement
- Nigeria : réseaux communautaires avec Internet plus rapide et moins cher
Le principe est simple : intégrer plutôt que réprimer.
Des pistes concrètes pour la Guinée
1. Créer un statut d’agent ou distributeur FAI
Permettre aux opérateurs locaux de distribuer légalement Internet sans devenir FAI.
2. Encourager les partenariats avec les FAI
Transformer les Wi-Fi zones en points de distribution officiels.
3. Accompagner la régularisation
Mettre en place une transition progressive avec formation et sensibilisation.
4. Adapter les coûts
Créer des tarifs accessibles aux micro-opérateurs pour élargir la base légale.
L’enjeu : fiscalité ou marché informel
Aujourd’hui, les Wi-Fi zones informelles échappent totalement à la fiscalité.
En les intégrant dans un cadre légal, l’État pourrait capter entre 20 % et 30 % de recettes fiscales sur chaque transaction.
À l’inverse, une interdiction sans accompagnement risque de renforcer le marché clandestin, sans bénéfice pour l’État ni protection pour les utilisateurs.
Un appel au dialogue
Ce débat n’oppose pas les acteurs : il appelle à une solution commune.
L’État veut réguler. Les jeunes veulent travailler. Les citoyens veulent un Internet accessible.
Ces objectifs sont compatibles.
La Guinée dispose des infrastructures, des talents et d’un régulateur capable d’accompagner cette transition.
Il reste à construire un cadre adapté — un pont entre la régulation et la réalité du terrain.
À propos de l’auteur :
Boubacar Diallo est entrepreneur dans le secteur des technologies. Il s’intéresse aux télécoms, à l’intelligence artificielle et à la FinTech.
Étudier pour quoi faire en Guinée ? (Par Cellou Mandela Diallo)
Guinée : quatre recensements, une même urgence — il est temps de donner à la jeunesse l’architecture d’emploi qu’elle mérite
Wi-Fi zones en Guinée : entre régulation nécessaire et réalité du terrain, comment avancer ensemble ?
Mort pour la patrie: le Journaliste Alpha Amadou Diallo rend hommage à son vieil ami.
Présidentielle du 18 octobre : la cour constitutionnelle pourrait rendre son verdict dès le samedi prochain
Port Autonome de Conakry : des armes de guerre saisies par la douane
🎙🎧 L’actualité 🇬🇳 du Mardi 21 juin 2022 avec Ibrahima Tanou 𝗗𝗜𝗔𝗟𝗟𝗢
Dinguiraye: bras de fer entre la jeunesse et les autorités locales autour d’un prétendu détournement de plus de 12 milliards Gnf.
« […] Être handicapé c’est le destin, mais savoir vivre avec c’est de l’art » Mamadou SOW, étudiant handicapé.
Tendances
-
Tribuneil y a 5 ansMort pour la patrie: le Journaliste Alpha Amadou Diallo rend hommage à son vieil ami.
-
Politiqueil y a 6 ansPrésidentielle du 18 octobre : la cour constitutionnelle pourrait rendre son verdict dès le samedi prochain
-
Newsil y a 4 ansPort Autonome de Conakry : des armes de guerre saisies par la douane
-
Newsil y a 4 ansGuinée: Alpha Condé refuse de rencontrer des responsables du RPG Arc-en-ciel, révèle un membre du gouvernement de transition
-
Newsil y a 5 ansDécret: le colonel Doumbouya nomme les gouverneurs des régions administratives
-
Tribuneil y a 5 ans«Cette répression sauvage a prouvé que la Guinée n’est ni une famille, ni une République mais un État barbare.» Adama Hawa Diallo
-
Newsil y a 4 ansGuinée/Insolite: un militaire tue la femme de son frère et prend la fuite
-
Justiceil y a 5 ansCour d’appel : Ousmane Gnelloye reconnaît les fait d’injures publiques mais nie les menaces de mort contre Kadiatou Biro Diallo
