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Le combat commence maintenant ! (par Thierno Monenenbo)

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Inutile de chercher dans notre merdier électoral les chiffres qui corroborent le triomphe que clame le tyranneau de Sékoutouréyah. Ils sont connus d’avance. Ces cyniques les ont inventés et notés bien avant la mascarade du 18 octobre.
Ceci n’est rien moins qu’un putsch. Tous les signes qui le montrent sont là : Internet coupé, réseaux téléphoniques perturbés, villes et villages quadrillés par les forces de l’ordre etc.

Tout ça pour une simple élection !

L’aveu est fait, Alpha Condé se présente aux yeux du monde entier comme un despote, un petit Pinochet des Tropiques. Sa nouvelle Constitution est une escroquerie, ses élections, du pipeau. Un président qui fait appel à l’armée est un président mal élu. Un président qui coupe les canaux de communication est un président qui a des choses à cacher. Un président qui fait tirer sur son propre peuple est un président criminel. Un président qui fait kidnapper ses opposants par des hommes cagoulés est un président voyou. Un président qui prend en otage son concurrent légal est un président terroriste. Un président qui viole la Constitution de son pays est un président indigne de sa citoyenneté. Un président qui triche aux élections est un président escroc.
Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres encore, Alpha Condé mérite sinon la CPI, du moins la réprobation des grands de ce monde.

Rien de tout cela. Rien sur l’illégalité du troisième mandat. Rien sur la publication dans le journal Officiel d’une Constitution falsifiée. Rien sur l’interdiction faite à Cellou de fouler le sol de Kankan, rien sur sa séquestration. Rien sur le barrage fait à Ousmane Kaba, devant les portes de Siguiri. Rien sur les tueries d’hier et d’aujourd’hui. Rien sur la réquisition de l’armée dans la sanglante répression en cours. Rien sur la belliqueuse harangue que le petit chef du RPG a faite à ses partisans : « Nous n’allons pas à une élection, nous allons à la guerre ! »

Dans ce « cirque de la vallée de la mort », pour reprendre le beau titre du roman d’Alioune Fantouré, Cellou Dalein Diallo est le seul coupable, le seul que stigmatisent ces tartuffes de la Communauté Internationale. Son impardonnable crime ? Avoir procédé à son propre dépouillement sur la base des procès-verbaux publiquement et officiellement affichés devant les bureaux de vote. Un tout petit délit par rapport aux nombreux crimes dont Alpha Condé s’est rendu coupable en dix ans de règne macabre sans encourir le moindre reproche ! Un petit délit savamment maquillé en crime par ces zozos de la Cedeao, en particulier, cet ubuesque personnage dénommé Francis Béhanzin dont les propos décousus et le zèle-pro-condé font la risée de l’Afrique.

Posons à ces hypocrites la seule et simple question qui vaille : Qu’auriez-vous fait à la place de Cellou ? Auriez fait confiance à la Ceni et à la Cour Constitutionnelle ? Non ! Vous savez mieux que quiconque, pour en être les nuisibles complices, que ces institutions aux apparences légales ne sont que des machines à truquer, des sordides officines au service d’un président riche en prébendes, expert en chantages et en coups de trique. Vous savez bien que n’importe qui se serait suffi des résultats officiels, un tant soit peu que la Ceni fût crédible et la Cour Constitutionnelle, fiable.

Mais laissons tomber cette Cedeao à laquelle plus personne ne croit du fait de ses agents versatiles et corrompus qui ont depuis longtemps, trahi notre idéal d’unité et de démocratie au profit de leurs intérêts personnels et sordides. Ne nous fions pas à l’Union Africaine non plus ; ni d’ailleurs à la CPI ou aux Nations-Unies. Comme les mafias, ces organismes sont toujours du côté du pouvoir en place, jamais du côté de l’opprimé, jamais du côté de la veuve et de l’orphelin. La démocratie et les droits de l’homme dont ils se gargarisent ne sont que des paravents. Et leurs stratégies et les intérêts qu’ils défendent échappent à notre compréhension.

Madame Ben Souda est-elle sincère quand, au nom de sa très louche CPI, elle menace de poursuites ceux –lesquels ?- qui profèrent des propos à caractère ethnique et poussent à la violence ? Fait-elle semblant d’ignorer qu’en Guinée, le principal facteur de division et de haine s’appelle Alpha Condé ? Doit-elle attendre un syndrome à la rwandaise pour adresser à notre prossefeur, à défaut d’un mandat d’arrêt international, une mise en garde ou un blâme ? Elle, la grande pourfendeuse des crimes contre l’Humanité, quel effort a-t-elle fourni pour traîner à La Haye les horribles criminels du Stade du 28 Septembre ? Aucun ! Qui, son inexcusable laxisme cherche-t-il à protéger ?

Et ce cher Monsieur Antonio Guterres, s’il veut un dialogue sincère et constructif, qu’il commence par appeler au retrait de l’armée de nos maisons et de nos rues ; qu’il use de son pouvoir pour arrêter le massacre de nos femmes et de nos enfants. Surtout, surtout, qu’il pointe du doigt les raisons objectives de la crise guinéenne : la violation de la Constitution et le trucage électoral. En particulier, ce dernier point qui, s’il était clairement élucidé, ferait nettement baisser la tension. Pourquoi puisqu’il tient tant à ramener le calme dans notre pays, ne propose-t-il pas un nouveau décomptage des voix sous l’égide des Nations-Unies, cette fois, comme cela s’était fait en Côte d’Ivoire, une décennie plus tôt. Un dépouillement fait à la lumière du jour, au vu et au su de tous, règlerait une fois pour toute, la question. Sauf qu’un décompte honnête, vous pensez bien, Alpha Condé n’en voudra jamais. Et pour cause !

Et puis, tout bien réfléchi, laissons les grands de ce monde vaquer à leurs planétaires affaires. Occupons nous-mêmes de notre misérable Guinée. Après tout, c’est notre problème. Pas celle de Ben Souda, d’Ibn Chambas, de Béhanzin ou de Tartempion. Nous sommes les mieux indiqués pour poser le diagnostic de notre pays malade, les mieux à même de lui prescrire le bon remède. Pour cela, commençons par bien poser le problème. Contrairement à ce que veulent nous faire croire Alpha Condé et la mafia du fer et du diamant qui le manipulent, la question n’est ni ethnique ni religieuse ni régionale. Elle est politique, purement et simplement politique.

En Guinée comme d’ailleurs, en Côte d’Ivoire ou au Rwanda, invoquer le tribalisme pour expliquer les crises relève d’une plaisanterie politique de mauvais goût. Cela les Guinéens le savent bien qui ont su éviter le chaos général malgré les discours de haine que de Sékou Touré à Alpha Condé, nos différents dirigeants ont eu la sottise de proférer. Rien ni personne ne rompra les liens que l’Histoire a tissés et tisse encore entre nos ethnies depuis l’empire du Ghana au moins. Par chance, notre société est plus intelligente que sa classe politique. C’est cette vertu-là qui nous a jusqu’ici empêché de sombrer. C’est cette vertu-là qui nous empêchera de sombrer, cette fois-ci aussi.

Nos ethnies n’ont qu’un seul et unique ennemi : la dictature sous ses différents visages. Et la dictature n’est pas une personne, c’est un système C’est contre ce système-là que nous devons nous unir et combattre. Mourrons tous s’il le faut ! Rien de plus beau que de mourir pour la liberté ! Malgré le trucage électoral et les balles, nous ne devons ni hésiter, ni reculer ni céder jusqu’à la chute d’Alpha Condé et de sa clique. « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! ». Avançons en comptant sur nos propres forces. Il ne s’est encore rien passé.
C’est maintenant que le combat commence !

Par Tierno Monénembo, pour VisionGuineeInfo

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Zéro plastique en Guinée : une décision courageuse qui mérite une stratégie à la hauteur

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Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

Le 26 mai 2026, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a publié un communiqué réaffirmant avec fermeté l’application du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024, portant interdiction totale des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée.

À compter du 20 septembre 2026, plus aucune tolérance : la fabrication et la distribution commerciale de ces produits seront définitivement bannies du territoire national.

Je salue cette décision. Sincèrement et sans réserve.

Conakry étouffe sous les sachets. Nos caniveaux en sont saturés. Nos cours d’eau en portent les stigmates. Nos enfants grandissent dans des quartiers où le sol disparaît sous une couche de polyéthylène. Cette réforme est non seulement nécessaire, mais urgente.

Le ministre Djami Diallo a raison de hausser le ton, et je l’en félicite.

Mais je veux aussi, en citoyen engagé pour l’entrepreneuriat en Guinée, apporter ma contribution à ce chantier collectif. Le ministre lui-même y invite. Et ma contribution tient en une conviction simple : interdire sans accompagner, c’est condamner sans jugement.

La force du décret et la fragilité de son silence sur les alternatives

Depuis septembre 2024, le MATD réitère l’interdiction à plusieurs reprises. Les communiqués se multiplient. Les appels aux sanctions aussi. Et pourtant, près de deux ans après, les sachets persistent sur les marchés, dans les rues, dans les mains de nos compatriotes. Pourquoi ?

Pas par mauvaise volonté. Pas par défiance. Mais parce qu’interdire sans proposer une alternative accessible et abordable, c’est demander à des gens de respirer sans air.

Un commerçant qui emballe ses denrées, une mère qui achète l’eau de ses enfants en sachet à 500 francs, un petit industriel qui emploie cinq personnes dans une unité de production d’eau : tous ces acteurs n’ont pas encore de plan B identifié, formalisé, financé.

« Si l’État pouvait trouver une solution alternative, ce serait une bonne chose. Ce n’est pas facile, mais avec une bonne sensibilisation, beaucoup finiront par y adhérer. Nous sommes dans un pays où la majorité des gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille, alors que les sachets de 500 GNF sont accessibles à tous. »

Ce citoyen anonyme dit, en une phrase, ce que beaucoup pensent. La disposition à changer existe. Ce qui manque, c’est la passerelle.

Un tissu économique entier est concerné et il mérite mieux que le silence

Pour mesurer les enjeux réels de cette transition, il faut regarder l’économie du plastique en face, telle qu’elle existe aujourd’hui en Guinée.

Prenons le seul secteur de l’eau en sachet. L’Union des Producteurs d’Eau Minérale de Guinée (UPEMGUI) estime à environ 3 000 le nombre d’unités de production recensées sur l’ensemble du territoire national.

Avec une moyenne de cinq employés par unité, ce sont potentiellement près de 15 000 emplois directs qui sont exposés à cette transition, sans compter les activités connexes : distribution, conditionnement, transport, vente au détail.

Mais l’eau en sachet n’est qu’un fragment du tableau. Le plastique à usage unique irrigue une chaîne économique bien plus large : marchés, restaurants, pharmacies, petits transformateurs agroalimentaires, entreprises industrielles et producteurs d’emballages.

Ces entreprises sont des employeurs réels, avec des investissements substantiels et des savoir-faire industriels qu’on ne peut simplement effacer par décret.

« Nous plaidons pour l’assainissement du marché sans destruction d’emplois. Des solutions existent pour encadrer le secteur tout en préservant les acquis sociaux. »

Ce que l’Afrique nous enseigne : interdire et accompagner, les deux ensemble

La Guinée n’est pas la première sur ce chemin. Elle peut apprendre des expériences vécues sur le continent, avec leurs succès et leurs limites.

Le Rwanda est la référence incontestable. En 2008, le pays des mille collines bannit les sacs plastiques. Résultat : Kigali est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres d’Afrique.

Mais le Rwanda n’interdit pas seulement. Il accompagne la loi par une taxe environnementale, un programme de collecte obligatoire à la charge des producteurs et des incitations à la production locale d’alternatives.

Le Ghana choisit également une approche structurée, avec une feuille de route nationale visant à réduire les emballages plastiques et à rendre les alternatives durables commercialement viables.

Au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal et même en Guinée, des initiatives démontrent que la transition est possible. De jeunes entrepreneurs produisent déjà des emballages biodégradables, en papier, en tissu ou à partir de matières locales.

Trois propositions concrètes pour que l’interdiction devienne une opportunité

1. Appliquer le principe « pollueur-payeur » pour financer la transition

L’État pourrait instaurer, dans une phase intermédiaire, une taxe environnementale progressive sur la production et les importations de plastiques à usage unique.

Cette taxe permettrait de décourager les pratiques actuelles tout en alimentant un Fonds de Transition Écologique destiné à financer les alternatives : équipements, startups d’emballages biodégradables et jeunes entrepreneurs engagés dans les solutions de substitution.

2. Créer une filière nationale de transformation du plastique collecté

Le plastique qui circule en Guinée n’est pas seulement une nuisance : c’est aussi une matière première.

Des entreprises africaines transforment déjà les déchets plastiques en pavés, matériaux de construction ou granulés réutilisables. L’État peut identifier, référencer et accompagner les initiatives locales pour construire une filière formelle de collecte et de valorisation.

3. Accompagner la reconversion des entrepreneurs du plastique

Les petits producteurs d’eau, fabricants d’emballages, jeunes commerçants et industriels du secteur ne doivent pas être laissés seuls face à l’échéance de septembre 2026.

Un programme de reconversion, co-piloté par le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Commerce et l’APIP, devrait proposer un diagnostic, un plan de migration vers des alternatives et un accès facilité au financement.

La Guinée a l’opportunité de faire de cette interdiction un accélérateur d’entrepreneuriat vert

L’interdiction du plastique à usage unique est, en soi, un acte politique courageux. Dans un pays où les filières informelles sont massives, où les habitudes de consommation sont profondément ancrées, imposer ce changement demande une volonté ferme. Le gouvernement guinéen l’a.

Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de communiqués publiés ni à la sévérité des sanctions annoncées. Elle se mesurera à la capacité des Guinéens à trouver, dans leurs marchés, leurs ateliers et leurs rues, des alternatives réelles, accessibles et abordables.

Elle se mesurera aussi à la capacité des entrepreneurs qui vivent du plastique à se réinventer et à rester debout.

La Guinée a l’avantage de pouvoir apprendre du Rwanda, du Ghana, du Burkina Faso et du Kenya. Elle a aussi une jeunesse entrepreneuriale créative, déjà à l’œuvre sur des solutions alternatives, qui n’attend qu’un signal clair et un appui tangible pour passer à l’échelle.

Ce signal, c’est au gouvernement de le donner, non pas en publiant un nouveau communiqué, mais en lançant un programme concret d’accompagnement de la transition.

Interdire, oui. Mais construire le monde d’après, c’est encore plus urgent.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

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Aboubacar Sidiki Camara alias Idi Amin : l’homme de tous les régimes

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Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

Dans l’histoire contemporaine de la Guinée, peu d’officiers auront autant traversé les régimes, les crises politiques, les transitions militaires et les recompositions du pouvoir qu’Aboubacar Sidiki Camara, connu sous le surnom d’Idi Amin.

Derrière ce sobriquet qui alimente depuis des années les conversations politiques et militaires, se cache un homme dont le parcours, le niveau stratégique et l’influence réelle ont toujours suscité fascination, prudence et inquiétude dans les cercles du pouvoir.

Originaire de Faranah, Aboubacar Sidiki Camara appartient à cette génération d’officiers formés dans la rigueur militaire classique, avec une culture du silence, de la discipline et de la stratégie.

Très tôt, il choisit la carrière des armes et gravit progressivement les échelons au sein de l’appareil sécuritaire guinéen. Son profil diffère rapidement de nombreux officiers de sa génération grâce à un parcours académique et militaire particulièrement dense.

Il bénéficie de plusieurs formations militaires nationales avant d’être envoyé à l’étranger dans des écoles de haut niveau. En France notamment, il suit des formations à l’École de guerre et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, deux institutions parmi les plus prestigieuses du monde militaire francophone.

Ces formations renforcent son expertise stratégique, sa maîtrise des doctrines militaires modernes et surtout ses connexions dans les milieux sécuritaires internationaux.

À son retour en Guinée, il devient progressivement un officier incontournable dans les structures de défense. Son ascension dans l’armée guinéenne se construit loin des discours publics, mais au cœur des appareils sensibles de sécurité et de commandement.

Il occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment dans la gendarmerie nationale, avant d’intégrer les sphères les plus fermées du ministère de la Défense. Son influence grandit silencieusement au fil des années.

Sous Lansana Conté déjà, le nom d’Aboubacar Sidiki Camara circule dans les milieux militaires comme celui d’un officier disposant d’un réseau solide et d’une forte capacité d’organisation.

Dans une Guinée régulièrement traversée par des tensions internes dans l’armée, les hommes capables de fédérer des fidélités inquiètent toujours les pouvoirs en place. Le régime Conté apprend alors à surveiller cet officier discret dont la proximité avec certains cadres militaires commence à attirer l’attention.

Après la mort de Lansana Conté en décembre 2008 et l’arrivée du CNDD dirigé par Moussa Dadis Camara, les rapports de méfiance ne disparaissent pas. Ils changent simplement de forme.

Dans les transitions militaires africaines, les alliances sont mouvantes et la confiance reste fragile entre officiers. Sous Dadis Camara puis durant la transition conduite par le général Sékouba Konaté, Aboubacar Sidiki Camara demeure une figure observée avec prudence dans les rangs militaires.

Son expérience, ses relations internes et son parcours international lui donnent une stature particulière dans une armée profondément fragmentée.

Lorsque Alpha Condé arrive au pouvoir en 2010, la question du contrôle de l’armée devient rapidement une priorité absolue. Le nouveau président sait que la stabilité de son régime dépendra de sa capacité à neutraliser les centres d’influence militaires hérités des anciens systèmes.

Pourtant, malgré les changements opérés dans l’appareil sécuritaire, Aboubacar Sidiki Camara continue de monter en puissance.

Il devient directeur de cabinet au ministère de la Défense nationale et s’impose progressivement comme l’un des officiers les plus influents du système sécuritaire guinéen.

Mais cette influence finit par inquiéter le pouvoir politique. À partir de 2018 et surtout en 2019, plusieurs décisions et suggestions attribuées à son entourage sont jugées suspectes dans le cercle rapproché d’Alpha Condé.

Des soupçons de structuration de réseaux militaires autour de certains officiers commencent à alimenter les discussions au sommet de l’État.

Alpha Condé décide alors d’appliquer une méthode classique utilisée contre les officiers jugés trop puissants : éloigner sans provoquer une rupture directe.

En janvier 2019, plusieurs officiers considérés comme proches d’Idi Amin sont mutés à l’étranger. Le général Bachir Diallo est envoyé en Algérie, le général Boundouka Condé à Washington et Aboubacar Sidiki Camara est nommé ambassadeur de Guinée à Cuba.

Cette décision apparaît alors comme une manière de réduire son influence à l’intérieur de l’appareil militaire. Mais l’histoire prendra une tournure inattendue. Car loin du pays, les réseaux ne disparaissent pas forcément. Ils se réorganisent autrement.

Le 5 septembre 2021, le Groupement des forces spéciales dirigé par Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé. Rapidement, plusieurs figures militaires autrefois éloignées réapparaissent au centre du pouvoir.

Parmi elles, Aboubacar Sidiki Camara effectue un retour spectaculaire. Son retour à Conakry après le coup d’État confirme l’idée que son influence au sein de l’appareil militaire n’avait jamais réellement disparu.

Même si son rôle exact dans la préparation du coup d’État du 5 septembre reste entouré de silence et d’interrogations, son retour immédiat au sommet du dispositif sécuritaire nourrit depuis des années toutes les spéculations politiques.

Beaucoup d’observateurs estiment qu’un homme disposant d’une telle expérience militaire, d’un tel réseau et d’une telle proximité avec plusieurs officiers stratégiques ne pouvait être totalement étranger aux dynamiques internes qui ont précédé la chute d’Alpha Condé.

Le CNRD dirigé par Mamadi Doumbouya le nomme ministre de la Défense nationale quelques semaines après le coup d’État. Ce choix n’est pas anodin.

Il traduit la confiance accordée à un officier expérimenté, respecté dans certains cercles militaires et capable de réorganiser l’appareil de défense dans un contexte de transition fragile.

Durant plusieurs années, Aboubacar Sidiki Camara devient l’un des piliers du pouvoir de transition. Il supervise plusieurs réformes militaires, des programmes de formation et des projets de restructuration des forces armées.

Son poids politique grandit à mesure que la transition s’installe.

Mais en Guinée, plus un homme devient influent dans l’appareil sécuritaire, plus il finit par susciter des inquiétudes.

L’histoire politique du pays est marquée par une peur permanente des hommes forts capables de construire des réseaux autonomes à l’intérieur de l’armée. Et cette logique n’épargne jamais personne.

Le 2 juin 2026, Mamadi Doumbouya décide finalement de le remplacer au ministère de la Défense et de le nommer ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Guinée en France.

Officiellement, cette nomination s’inscrit dans une dynamique de redéploiement diplomatique et de renforcement des relations stratégiques entre Conakry et Paris.

Mais dans les milieux politiques et militaires guinéens, beaucoup y voient également une manière élégante d’éloigner un homme devenu extrêmement puissant dans l’équilibre interne du système.

Et c’est précisément là que le destin d’Aboubacar Sidiki Camara devient fascinant.

Car depuis Lansana Conté jusqu’à Mamadi Doumbouya, tous les pouvoirs ont fini par appliquer la même méthode face à lui : le surveiller, le contenir, l’éloigner.

Mais jamais aucun régime n’a réellement réussi à effacer son influence.

C’est cette permanence qui nourrit depuis des années les craintes autour de son nom dans les casernes, les cabinets présidentiels et les couloirs du pouvoir.

Parce qu’en Guinée, certains hommes quittent les centres de décision. Mais ne quittent jamais réellement le jeu.

Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

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TRIBUNE | « Si Le Lynx meurt, ce sera de notre faute »

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Par Alpha Amadou Diari Diallo, journaliste

Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.

C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.

Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.


Depuis la disparition de Souleymane Diallo, fondateur du Lynx, les hommages pleuvent. Les mots sont beaux, les messages sont émouvants, les souvenirs sont glorieux.

Mais soyons sérieux une minute.

Les hommages ne sauvent pas un journal.

Le Lynx n’a pas résisté à des régimes difficiles, à la censure et aux pressions pour finir victime de notre indifférence. Ce serait une insulte à son histoire.

Car la vérité est brutale : nous aimons applaudir les symboles, mais nous refusons de les soutenir.

Nous partageons des publications.

Nous écrivons « RIP ».

Nous racontons à quel point ce journal était important.

Mais combien d’entre nous l’achètent encore ?

Voilà le vrai débat.

Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.

C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.

Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.

Pas pour faire joli.

Pas pour faire du bruit.

Mais pour prouver que ce pays peut encore défendre ce qui compte.

À titre personnel, j’ai décidé d’acheter 100 exemplaires.

Ce n’est pas un sacrifice. C’est un minimum.

La vraie question est désormais collective :

Allons-nous laisser mourir ce que nous prétendons respecter ?

Allons-nous transformer un monument de la presse en simple souvenir nostalgique ?

Ou allons-nous, enfin, agir ?

Il ne sert à rien de pleurer demain sur la disparition du Lynx si aujourd’hui nous refusons de le sauver.

Cette fois, l’excuse ne tiendra pas.

Si Le Lynx meurt, ce ne sera pas la faute du temps.

Ce sera la faute des vivants.

#UnCitoyenUnLynx

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