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Economie guinéenne : bilan mitigé des 10 dernières années et les actions à poursuivre pour l’année 2022.  

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La physionomie de la Guinée, le contexte économique dans lequel vit la population, ainsi que le caractère très fragile de notre tissu social, mettent en exergue la nécessité de mener des réformes courageuses par le Gouvernement de transition. Ces reformes auront pour objectif de mettre fin à 63 années de mauvaise gouvernance et de corruption systémique afin d’extraire des millions de guinéens dans l’extrême pauvreté. Toutefois, il convient de souligner que la transition politique ne pourra en aucun cas répondre à toutes les attentes des guinéens. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle sera suivie par la transition économique qui reste du ressort du Président qui sera démocratiquement élu par la suite.   

Cette analyse succincte a un triple objectif. Il s’agit tout d’abord d’apporter un certain éclairage sur l’état actuel de la situation économique, monétaire et financière de la Guinée, d’analyser l’efficacité en particulier des mesures prises au niveau budgétaires et monétaires pour l’année 2022 ainsi que de faire quelques recommandations sur les actions d’avenir.  

Cependant, malgré le potentiel de développement incommensurable en termes de détention de ressources du sol et du sous-sol, l’économie guinéenne reste profondément marquée ce jour par : 

  • Une croissance économique plus ou moins acceptable mais très mal repartie (6,2% en moyenne de 2011 à 2021 cf . Popular Indicator de la Banque mondiale) ; 
  •  Une croissance démographique de 2,5 % en moyenne annuelle (cf. Popular Indicator de la Banque mondiale) ;
  • Un excédent commercial depuis 2017 (15,1 % du PIB par an de 2017 à 2021 cf. Balance de paiement de la BCRG) ; 
  • Un dette extérieure massive (avec un encours de GNF 4 510,4 Mds en 2021 contre 1,4 Mds après avoir bénéficié d’une réduction de USD 2,1 Mds de dette multilatérale en septembre 2012 avec l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés) ; 
  • Une masse monétaire en progression de 257,6% en 10 ans ; 
  • Une monnaie nationale défaillante qui a perdu sa fonction de réserve de valeur.  
  • Un secteur minier mal structuré et mal géré etc. 

Pour faire face à ces défis, il sera nécessaire d’adopter un plan de relance de l’économie nationale dont l’objectif principal s’articulera autour de la Refondation et la Révision Générale des Politiques Publiques (RRGPP). Pour atteindre un tel objectif, un changement à la fois des mentalités mais aussi du fonctionnement des institutions du pays s’impose.

De façon spécifique il s’agit de mettre fin à la mauvaise gouvernance à travers une gestion efficiente des finances publiques, la lutte contre la délinquance économique et financière structurelle ainsi que la pauvreté.  

L’essentiel des statistiques fournies dans cette analyse est le résultat du recoupement de diverses données officielles du Ministère de l’économie des finances, et du plan à travers le MSEGUI (Modèle de Simulation de l’Economie Guinéenne) de la BCRG et de la Banque mondiale (Popular Indicator)

Comment en est-on arrivé là ? 

En dépit des efforts consentis par les autorités guinéennes, les principaux indicateurs macroéconomiques se sont nettement détériorés au cours des 10 dernières années car, la croissance économique est passée de 1,9% en 2011 à 7,0% en 2020 avec une prévision de 5,5% en 2021 (cf. cadrage macroéconomique de novembre 2021) contre des réalisations respectives de 10,8% en 2016 et 10,3% en 2017. Cette contre-performance s’explique par l’impact de l’épidémie EBOLA, la baisse du prix des matières premières exportés, les manifestations orchestrées par les opposants, l’attentisme né des élections législatives de 2013 et de celles présidentielles de 2015. A ces facteurs s’ajoutent la baisse des importations surtout pour les années 2015 et 2021 ainsi que l’épidémie  qui a eu un impact considérable sur le mode de fonctionnement de l’économie nationale.  

De plus, l’effectif civil de la fonction publique tel que résultant de la fiche des paies a atteint 108 750 fonctionnaires à fin novembre 2021 (à noté que l’Etat guinéen a mis en retraite 8 000 fonctionnaires civils et militaires entre septembre et décembre 2021), contre 99 337 en décembre 2011 avec une masse salariale en augmentation de 219,5% (GNF 285,3 Mds en 2011 vs 89,3 Mds en 2011).  

Sur le marché de change, le GNF a été changé en moyenne à GNF 9 291 contre un dollar américain et GNF 10 409 contre un Euro en 2021, après respectivement GNF 6 670 contre un dollar et GNF 9 280 contre un euro soit des dépréciations nominales respectives de 39,3% et de 12,2%. Quant à la prime de change entre le marché officiel et parallèle, elle a été de -0,5% face au dollar américain et -0,4% face à l’Euro en décembre 2021 après respectivement 12,4% face au dollar américain et 10,8% face à l’Euro en 2011. Cette hausse du taux de change a entrainé l’affaissement de la valeur extérieure de la monnaie ainsi que le déficit commercial entre 2011 et 2016 (dont 13,2% du PIB par an de 2014 à 2016). Les réserves de change de la Banque Centrale s’effondrent en moyenne à moins d’un mois d’importations contre un minimum de trois (3) d’importations comme le recommande le FMI et/ou les accords de convergence dans le cadre de la création de la monnaie unique CEDEAO.   

L’inflation en glissement annuel s’établit à 12,5% en glissement annuel contre 19,0% en 2011 (en passant par des taux d’inflation de moins de 10% entre 2016 et 2019) soit un gain de 6,5 points. Cette même tendance est observée au niveau de l’inflation en moyenne annuelle qui a fléchit en passant de 21,4% à 12,6% à fin décembre 2021. Selon les sources officielles, l’inflation est tirée par les prix de la composante alimentaire, en lien avec la hausse du prix du carburant à la pompe et les difficultés d’approvisionnement des marchés en produits locaux de consommation.

Sur le plan monétaire, nous assistons à l’explosion de la masse monétaire qui a progressé de 257,6% passant de GNF 11 326 en 2011 à GNF 40 503 Mds en 2021 contre GNF 37 420,6 Mds auparavant à la même période de 2020 soit un accroissement de 8%. De plus, à fin novembre 2021, le taux de liquidité de l’économie se situait à 33,3% contre 15% dans les pays qui assurent une gestion efficace de leur économie. Le résultat de ces quelques évolutions macroéconomiques est l’aggravation de la pauvreté en Guinée. De ce fait, l’indice Général de la Pauvreté a atteint 44% en 2019 (cf. site de l’Institut National des Statistiques). Quant à la pauvreté multidimensionnelle, elle touche 66,2% de la population (soit 8,220 milliers de personnes) en particulier les femmes et les enfants (cf. Rapport sur le développement humain 2020).     

Les prévisions faites par le Gouvernement pour 2022 : 

Suivant les prévisions faites pour l’année 2022 dans le cadrage macroéconomique parut au mois de novembre 2021, les autorités guinéennes fixent un objectif de croissance de 5,7% du PIB (Produit Intérieur Brut) contre 5,5% dans la loi de finances rectificative de septembre 2021. En ce qui concerne la monnaie, les autorités monétaires visent à atteindre un taux d’inflation de 9,5% en glissement annuel et 10,1% en moyenne annuelle. S’agissant des finances publiques, le projet de loi de finance prévoit un taux de pression fiscale de 13,9% du PIB contre 13,5% en 2020 (cf. discours du Ministre du budget devant l’Assemblée Nationale). Dans la même lancée, le Gouvernement guinéen souhaiterait avoir un niveau de déficit budgétaire de 2,5% du PIB donc inférieur à 3% conformément au critère de convergence, un maintien des réserves de changes à trois (3) mois d’importations et un taux de liquidité de l’économie à 23,3%. Quant au taux de change, il sera stabilisé à GNF 9 696 le dollar et GNF 11 962 l’Euro tout en continuant naturellement à réduire la prime de change entre le marché parallèle et officiel.   

Nous ne saurons terminer cette partie sans exprimer notre reconnaissance à certains hauts cadres de ce pays qui nous ont facilité la tâche à travers la transmission des bases des données fiables. Cependant, il est à déploré que nous n’ayons pas obtenu un retour sur la prévision de l’inflation malgré notre insistance afin de nous permettre de vérifier que les données du cadrage du mois de novembre n’ont pas été révisé à la hausse ou à la baisse. 

Que faire de plus pour s’assurer de l’efficacité des mesures prises par le Gouvernement de transition pour l’année 2022 ?  

A notre humble avis, les autorités doivent reconsidérer certaines prévisions qui sont déjà validées et diffusées même si c’est à mi-parcours, en ce sens que l’économie guinéenne est non seulement sensible aux chocs exogènes (absence de bouclier antichocs) mais aussi, elle est championne des variations erratiques et inexplicables du niveau des indicateurs macroéconomiques quoi que l’on nous dira que ce travail est effectué par des spécialistes du domaine.   

Pour nous, cette révision doit concerner surtout les projections faites sur le taux de croissance économique, le taux de change et le taux d’inflation pour ne citer que ces 3 indicateurs macroéconomiques. Il s’agit de ramener le taux de croissance économique, en prenant en compte les nombreuses incertitudes liées à la fois aux contextes national et international à 3%.  

S’agissant du cas particulier du taux de change, le principal conseil que nous prodiguons au Gouvernement de transition se situe à deux niveaux. En première position, il s’agit de chercher à consolider à moyen et long terme notre excédent commercial tiré essentiellement par les mines même si nous savons qu’il s’explique en grande partie également par la baisse des importations suite à la MALADIE.  

En seconde position, il faudra résoudre le déficit de la production du secteur non minier afin de répondre aux besoins de la population qui dépend des importations de biens et services. A cela, s’ajoutent l’absence de politiques de régulation des prix et d’une économie faiblement bancarisée (moins de 10% de la population détient un compte bancaire suivant les données statistiques que nous avons reçu des autorités compétentes) même si l’on soutient côté Banque Centrale que ce taux tournerait autour de 15%. 

Enfin, concernant l’inflation, il serait prudent au regard de la situation actuelle qui prévaut, le niveau de la masse monétaire (à titre de rappel, la masse monétaire a doublé entre 2009 et 2010 après la prise du pouvoir par le CNDD passant d’un peu plus de GNF 5 000 Mds à GNF 10 636 Mds) ainsi que la progression de la base monétaire, de se fixer un niveau raisonnable de 13% pour 2022 contre un objectif initial de 9,5% (cf. cadrage macroéconomique du mois de novembre 2021).  

Pour parvenir à hisser ce pays très haut, il est indispensable de mettre en avant la cohérence à l’action Gouvernementale. Cela passe par la séparation des mesures conjoncturelles dont l’objectif est la stabilisation macroéconomique, monétaire et financière, des mesures structurelles (ne relevant point d’un Gouvernement de transition politique) dont l’objectif sera la promotion durable de la croissance économique et la réduction de la pauvreté. 

Les mesures suivantes peuvent renfoncer l’efficacité des choix faits par les autorités du pays en 2022 :

Nous pensons comme tout autre guinéen soucieux de l’avenir de notre pays que pour que l’ensemble des annonces faites par le Président du CNRD à fin décembre 2021 aient une chance d’aboutir les mesures ci-dessous s’imposent : 

    • Intensifier le combat contre la dilapidation des ressources financières et la corruption par une sécurisation accrue des régies financières conformément aux réformes menées par le dernier ministre du budget ; 
    • Faire des économies en poursuivant l’assainissement du fichier de la fonction publique en toute légalité ; 
    • Poursuivre la sécurisation des réserves de change de la nation afin de permettre au pays de faire face à ces importations sur une longue période ; 
    • Mettre fin à la pratique consistant de la part de certains particuliers et de certaines entreprises privées, à fixer leurs prix en devises qui n’ont pas cours légal dans le pays. Cela permettra de défendre le taux de change de la monnaie nationale en diminuant son offre sur le marché de change ; 
  • Enfin, d’autres réformes doivent être menées par le Gouvernement de transition comme annoncée. Il s’agit entre autres des réformes de la Justice, des Forces de Défense et de Sécurité, de la coopération technique et internationale, de la coopération Régionale et Sous-régionale, etc. Toutefois, l’économie n’étant pas une science exacte, une réforme techniquement bien conçue peut aboutir à l’échec si le contexte général de son application n’est pas propice, tout comme une mauvaise réforme peut réussir dans un contexte général favorable. La réussite de ce vaste chantier n’est possible que dans l’Unité Nationale. La Guinée étant Une et Indivisible, la consolidation de l’Unité Nationale est indispensable au progrès économique et social (Dr Badara Dioubaté, 2011).  
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Safayiou DIALLO

Economiste.  

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Zéro plastique en Guinée : une décision courageuse qui mérite une stratégie à la hauteur

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Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

Le 26 mai 2026, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a publié un communiqué réaffirmant avec fermeté l’application du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024, portant interdiction totale des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée.

À compter du 20 septembre 2026, plus aucune tolérance : la fabrication et la distribution commerciale de ces produits seront définitivement bannies du territoire national.

Je salue cette décision. Sincèrement et sans réserve.

Conakry étouffe sous les sachets. Nos caniveaux en sont saturés. Nos cours d’eau en portent les stigmates. Nos enfants grandissent dans des quartiers où le sol disparaît sous une couche de polyéthylène. Cette réforme est non seulement nécessaire, mais urgente.

Le ministre Djami Diallo a raison de hausser le ton, et je l’en félicite.

Mais je veux aussi, en citoyen engagé pour l’entrepreneuriat en Guinée, apporter ma contribution à ce chantier collectif. Le ministre lui-même y invite. Et ma contribution tient en une conviction simple : interdire sans accompagner, c’est condamner sans jugement.

La force du décret et la fragilité de son silence sur les alternatives

Depuis septembre 2024, le MATD réitère l’interdiction à plusieurs reprises. Les communiqués se multiplient. Les appels aux sanctions aussi. Et pourtant, près de deux ans après, les sachets persistent sur les marchés, dans les rues, dans les mains de nos compatriotes. Pourquoi ?

Pas par mauvaise volonté. Pas par défiance. Mais parce qu’interdire sans proposer une alternative accessible et abordable, c’est demander à des gens de respirer sans air.

Un commerçant qui emballe ses denrées, une mère qui achète l’eau de ses enfants en sachet à 500 francs, un petit industriel qui emploie cinq personnes dans une unité de production d’eau : tous ces acteurs n’ont pas encore de plan B identifié, formalisé, financé.

« Si l’État pouvait trouver une solution alternative, ce serait une bonne chose. Ce n’est pas facile, mais avec une bonne sensibilisation, beaucoup finiront par y adhérer. Nous sommes dans un pays où la majorité des gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille, alors que les sachets de 500 GNF sont accessibles à tous. »

Ce citoyen anonyme dit, en une phrase, ce que beaucoup pensent. La disposition à changer existe. Ce qui manque, c’est la passerelle.

Un tissu économique entier est concerné et il mérite mieux que le silence

Pour mesurer les enjeux réels de cette transition, il faut regarder l’économie du plastique en face, telle qu’elle existe aujourd’hui en Guinée.

Prenons le seul secteur de l’eau en sachet. L’Union des Producteurs d’Eau Minérale de Guinée (UPEMGUI) estime à environ 3 000 le nombre d’unités de production recensées sur l’ensemble du territoire national.

Avec une moyenne de cinq employés par unité, ce sont potentiellement près de 15 000 emplois directs qui sont exposés à cette transition, sans compter les activités connexes : distribution, conditionnement, transport, vente au détail.

Mais l’eau en sachet n’est qu’un fragment du tableau. Le plastique à usage unique irrigue une chaîne économique bien plus large : marchés, restaurants, pharmacies, petits transformateurs agroalimentaires, entreprises industrielles et producteurs d’emballages.

Ces entreprises sont des employeurs réels, avec des investissements substantiels et des savoir-faire industriels qu’on ne peut simplement effacer par décret.

« Nous plaidons pour l’assainissement du marché sans destruction d’emplois. Des solutions existent pour encadrer le secteur tout en préservant les acquis sociaux. »

Ce que l’Afrique nous enseigne : interdire et accompagner, les deux ensemble

La Guinée n’est pas la première sur ce chemin. Elle peut apprendre des expériences vécues sur le continent, avec leurs succès et leurs limites.

Le Rwanda est la référence incontestable. En 2008, le pays des mille collines bannit les sacs plastiques. Résultat : Kigali est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres d’Afrique.

Mais le Rwanda n’interdit pas seulement. Il accompagne la loi par une taxe environnementale, un programme de collecte obligatoire à la charge des producteurs et des incitations à la production locale d’alternatives.

Le Ghana choisit également une approche structurée, avec une feuille de route nationale visant à réduire les emballages plastiques et à rendre les alternatives durables commercialement viables.

Au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal et même en Guinée, des initiatives démontrent que la transition est possible. De jeunes entrepreneurs produisent déjà des emballages biodégradables, en papier, en tissu ou à partir de matières locales.

Trois propositions concrètes pour que l’interdiction devienne une opportunité

1. Appliquer le principe « pollueur-payeur » pour financer la transition

L’État pourrait instaurer, dans une phase intermédiaire, une taxe environnementale progressive sur la production et les importations de plastiques à usage unique.

Cette taxe permettrait de décourager les pratiques actuelles tout en alimentant un Fonds de Transition Écologique destiné à financer les alternatives : équipements, startups d’emballages biodégradables et jeunes entrepreneurs engagés dans les solutions de substitution.

2. Créer une filière nationale de transformation du plastique collecté

Le plastique qui circule en Guinée n’est pas seulement une nuisance : c’est aussi une matière première.

Des entreprises africaines transforment déjà les déchets plastiques en pavés, matériaux de construction ou granulés réutilisables. L’État peut identifier, référencer et accompagner les initiatives locales pour construire une filière formelle de collecte et de valorisation.

3. Accompagner la reconversion des entrepreneurs du plastique

Les petits producteurs d’eau, fabricants d’emballages, jeunes commerçants et industriels du secteur ne doivent pas être laissés seuls face à l’échéance de septembre 2026.

Un programme de reconversion, co-piloté par le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Commerce et l’APIP, devrait proposer un diagnostic, un plan de migration vers des alternatives et un accès facilité au financement.

La Guinée a l’opportunité de faire de cette interdiction un accélérateur d’entrepreneuriat vert

L’interdiction du plastique à usage unique est, en soi, un acte politique courageux. Dans un pays où les filières informelles sont massives, où les habitudes de consommation sont profondément ancrées, imposer ce changement demande une volonté ferme. Le gouvernement guinéen l’a.

Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de communiqués publiés ni à la sévérité des sanctions annoncées. Elle se mesurera à la capacité des Guinéens à trouver, dans leurs marchés, leurs ateliers et leurs rues, des alternatives réelles, accessibles et abordables.

Elle se mesurera aussi à la capacité des entrepreneurs qui vivent du plastique à se réinventer et à rester debout.

La Guinée a l’avantage de pouvoir apprendre du Rwanda, du Ghana, du Burkina Faso et du Kenya. Elle a aussi une jeunesse entrepreneuriale créative, déjà à l’œuvre sur des solutions alternatives, qui n’attend qu’un signal clair et un appui tangible pour passer à l’échelle.

Ce signal, c’est au gouvernement de le donner, non pas en publiant un nouveau communiqué, mais en lançant un programme concret d’accompagnement de la transition.

Interdire, oui. Mais construire le monde d’après, c’est encore plus urgent.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

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Aboubacar Sidiki Camara alias Idi Amin : l’homme de tous les régimes

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Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

Dans l’histoire contemporaine de la Guinée, peu d’officiers auront autant traversé les régimes, les crises politiques, les transitions militaires et les recompositions du pouvoir qu’Aboubacar Sidiki Camara, connu sous le surnom d’Idi Amin.

Derrière ce sobriquet qui alimente depuis des années les conversations politiques et militaires, se cache un homme dont le parcours, le niveau stratégique et l’influence réelle ont toujours suscité fascination, prudence et inquiétude dans les cercles du pouvoir.

Originaire de Faranah, Aboubacar Sidiki Camara appartient à cette génération d’officiers formés dans la rigueur militaire classique, avec une culture du silence, de la discipline et de la stratégie.

Très tôt, il choisit la carrière des armes et gravit progressivement les échelons au sein de l’appareil sécuritaire guinéen. Son profil diffère rapidement de nombreux officiers de sa génération grâce à un parcours académique et militaire particulièrement dense.

Il bénéficie de plusieurs formations militaires nationales avant d’être envoyé à l’étranger dans des écoles de haut niveau. En France notamment, il suit des formations à l’École de guerre et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, deux institutions parmi les plus prestigieuses du monde militaire francophone.

Ces formations renforcent son expertise stratégique, sa maîtrise des doctrines militaires modernes et surtout ses connexions dans les milieux sécuritaires internationaux.

À son retour en Guinée, il devient progressivement un officier incontournable dans les structures de défense. Son ascension dans l’armée guinéenne se construit loin des discours publics, mais au cœur des appareils sensibles de sécurité et de commandement.

Il occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment dans la gendarmerie nationale, avant d’intégrer les sphères les plus fermées du ministère de la Défense. Son influence grandit silencieusement au fil des années.

Sous Lansana Conté déjà, le nom d’Aboubacar Sidiki Camara circule dans les milieux militaires comme celui d’un officier disposant d’un réseau solide et d’une forte capacité d’organisation.

Dans une Guinée régulièrement traversée par des tensions internes dans l’armée, les hommes capables de fédérer des fidélités inquiètent toujours les pouvoirs en place. Le régime Conté apprend alors à surveiller cet officier discret dont la proximité avec certains cadres militaires commence à attirer l’attention.

Après la mort de Lansana Conté en décembre 2008 et l’arrivée du CNDD dirigé par Moussa Dadis Camara, les rapports de méfiance ne disparaissent pas. Ils changent simplement de forme.

Dans les transitions militaires africaines, les alliances sont mouvantes et la confiance reste fragile entre officiers. Sous Dadis Camara puis durant la transition conduite par le général Sékouba Konaté, Aboubacar Sidiki Camara demeure une figure observée avec prudence dans les rangs militaires.

Son expérience, ses relations internes et son parcours international lui donnent une stature particulière dans une armée profondément fragmentée.

Lorsque Alpha Condé arrive au pouvoir en 2010, la question du contrôle de l’armée devient rapidement une priorité absolue. Le nouveau président sait que la stabilité de son régime dépendra de sa capacité à neutraliser les centres d’influence militaires hérités des anciens systèmes.

Pourtant, malgré les changements opérés dans l’appareil sécuritaire, Aboubacar Sidiki Camara continue de monter en puissance.

Il devient directeur de cabinet au ministère de la Défense nationale et s’impose progressivement comme l’un des officiers les plus influents du système sécuritaire guinéen.

Mais cette influence finit par inquiéter le pouvoir politique. À partir de 2018 et surtout en 2019, plusieurs décisions et suggestions attribuées à son entourage sont jugées suspectes dans le cercle rapproché d’Alpha Condé.

Des soupçons de structuration de réseaux militaires autour de certains officiers commencent à alimenter les discussions au sommet de l’État.

Alpha Condé décide alors d’appliquer une méthode classique utilisée contre les officiers jugés trop puissants : éloigner sans provoquer une rupture directe.

En janvier 2019, plusieurs officiers considérés comme proches d’Idi Amin sont mutés à l’étranger. Le général Bachir Diallo est envoyé en Algérie, le général Boundouka Condé à Washington et Aboubacar Sidiki Camara est nommé ambassadeur de Guinée à Cuba.

Cette décision apparaît alors comme une manière de réduire son influence à l’intérieur de l’appareil militaire. Mais l’histoire prendra une tournure inattendue. Car loin du pays, les réseaux ne disparaissent pas forcément. Ils se réorganisent autrement.

Le 5 septembre 2021, le Groupement des forces spéciales dirigé par Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé. Rapidement, plusieurs figures militaires autrefois éloignées réapparaissent au centre du pouvoir.

Parmi elles, Aboubacar Sidiki Camara effectue un retour spectaculaire. Son retour à Conakry après le coup d’État confirme l’idée que son influence au sein de l’appareil militaire n’avait jamais réellement disparu.

Même si son rôle exact dans la préparation du coup d’État du 5 septembre reste entouré de silence et d’interrogations, son retour immédiat au sommet du dispositif sécuritaire nourrit depuis des années toutes les spéculations politiques.

Beaucoup d’observateurs estiment qu’un homme disposant d’une telle expérience militaire, d’un tel réseau et d’une telle proximité avec plusieurs officiers stratégiques ne pouvait être totalement étranger aux dynamiques internes qui ont précédé la chute d’Alpha Condé.

Le CNRD dirigé par Mamadi Doumbouya le nomme ministre de la Défense nationale quelques semaines après le coup d’État. Ce choix n’est pas anodin.

Il traduit la confiance accordée à un officier expérimenté, respecté dans certains cercles militaires et capable de réorganiser l’appareil de défense dans un contexte de transition fragile.

Durant plusieurs années, Aboubacar Sidiki Camara devient l’un des piliers du pouvoir de transition. Il supervise plusieurs réformes militaires, des programmes de formation et des projets de restructuration des forces armées.

Son poids politique grandit à mesure que la transition s’installe.

Mais en Guinée, plus un homme devient influent dans l’appareil sécuritaire, plus il finit par susciter des inquiétudes.

L’histoire politique du pays est marquée par une peur permanente des hommes forts capables de construire des réseaux autonomes à l’intérieur de l’armée. Et cette logique n’épargne jamais personne.

Le 2 juin 2026, Mamadi Doumbouya décide finalement de le remplacer au ministère de la Défense et de le nommer ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Guinée en France.

Officiellement, cette nomination s’inscrit dans une dynamique de redéploiement diplomatique et de renforcement des relations stratégiques entre Conakry et Paris.

Mais dans les milieux politiques et militaires guinéens, beaucoup y voient également une manière élégante d’éloigner un homme devenu extrêmement puissant dans l’équilibre interne du système.

Et c’est précisément là que le destin d’Aboubacar Sidiki Camara devient fascinant.

Car depuis Lansana Conté jusqu’à Mamadi Doumbouya, tous les pouvoirs ont fini par appliquer la même méthode face à lui : le surveiller, le contenir, l’éloigner.

Mais jamais aucun régime n’a réellement réussi à effacer son influence.

C’est cette permanence qui nourrit depuis des années les craintes autour de son nom dans les casernes, les cabinets présidentiels et les couloirs du pouvoir.

Parce qu’en Guinée, certains hommes quittent les centres de décision. Mais ne quittent jamais réellement le jeu.

Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

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TRIBUNE | « Si Le Lynx meurt, ce sera de notre faute »

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Par Alpha Amadou Diari Diallo, journaliste

Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.

C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.

Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.


Depuis la disparition de Souleymane Diallo, fondateur du Lynx, les hommages pleuvent. Les mots sont beaux, les messages sont émouvants, les souvenirs sont glorieux.

Mais soyons sérieux une minute.

Les hommages ne sauvent pas un journal.

Le Lynx n’a pas résisté à des régimes difficiles, à la censure et aux pressions pour finir victime de notre indifférence. Ce serait une insulte à son histoire.

Car la vérité est brutale : nous aimons applaudir les symboles, mais nous refusons de les soutenir.

Nous partageons des publications.

Nous écrivons « RIP ».

Nous racontons à quel point ce journal était important.

Mais combien d’entre nous l’achètent encore ?

Voilà le vrai débat.

Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.

C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.

Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.

Pas pour faire joli.

Pas pour faire du bruit.

Mais pour prouver que ce pays peut encore défendre ce qui compte.

À titre personnel, j’ai décidé d’acheter 100 exemplaires.

Ce n’est pas un sacrifice. C’est un minimum.

La vraie question est désormais collective :

Allons-nous laisser mourir ce que nous prétendons respecter ?

Allons-nous transformer un monument de la presse en simple souvenir nostalgique ?

Ou allons-nous, enfin, agir ?

Il ne sert à rien de pleurer demain sur la disparition du Lynx si aujourd’hui nous refusons de le sauver.

Cette fois, l’excuse ne tiendra pas.

Si Le Lynx meurt, ce ne sera pas la faute du temps.

Ce sera la faute des vivants.

#UnCitoyenUnLynx

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