Tribune
« Des gens qui sont venus pour corriger nous dit on, les erreurs du passé, en viennent à faire amèrement regretter ce passé. »
Publié
il y a 2 ansle
Face à l’arbitraire, la HAC et la Crief doivent être récusées
Chacun doit assumer sa responsabilité devant l’histoire et le peuple de Guinée. La justice comme boussole de la transition est devenue une gigantesque blague et une honteuse mascarade dans notre pays. Ce qui se passe en Guinée aujourd’hui sur les questions de droits de l’homme et de justice dépasse l’entendement.
Décidemment dans ce pays à chaque fois que l’on pense avoir atteint les limites du ridicule et de l’absurde, nos dirigeants nous rappellent qu’il est toujours possible d’aller encore plus loin dans l’absurdité la plus funeste et la plus spectaculaire.
Voyons un peu :
Des gens qui sont venus pour corriger nous dit on, les erreurs du passé, en viennent à faire amèrement regretter ce passé. Des dirigeants qui font de la force, de la brutalité, de l’injustice, de l’humiliation, de l’intimidation, de l’arbitraire et de l’arrogance leur marque de fabrique. Des dirigeants qui font de la justice un spectacle burlesque. Des dirigeants qui se donnent ouvertement pour objectif de détruire la presse de leur pays et les emplois qui vont avec, d’éteindre la liberté d’opinion et d’expression, et cela se passe sans grand bruit.
L’anormal en passe de devenir la normalité.
Les uns après les autres les médias se font harceler, intimider, brouiller, fermer, empêcher d’émettre, sous des prétextes fallacieux.
Les uns après les autres, les journalistes se font menacer, sanctionner arbitrairement, quand l’intimidation ou la corruption ne marchent pas, dans un silence désolant et honteux.
Tout cela avec la complicité scandaleuse et extraordinairement vicieuse de la HAC (la haute autorité de la communication).
Une HAC qui est devenue sans gêne, la main souillée des bourreaux de la presse, de la liberté d’expression, d’opinions et de communication.
Après quelques tentatives nobles de résistances, de revendications et de dénonciations, le combat semble perdu pour nos pauvres journalistes qui sont abandonnés de toutes parts.
Désespérés! désespérant! Révoltant !
Ni le peuple, ni certaines sociétés civiles, ni les autorités religieuses, ni certains politiques, ni la communauté internationale (qui a pourtant toujours accompagné et soutenu les dynamiques démocratiques de ce pays), ne semblent prendre la mesure de la gravité extrême de ce que les dirigeants actuels de notre pays se permettent et s’autorisent dans le piétinement des principes les plus élémentaires de la démocratie et de l’état de droit…..comme si les droits fondamentaux, les libertés fondamentales, les désirs démocratiques, les honneurs et les vies des guinéens et guinéennes leurs appartiennent et peuvent ainsi en faire ce qu’ils veulent.
Les caprices et les désirs narcissiques de nos dirigeants actuels valent désormais lois dans notre pays, sous le regard tristement léger et complice de tous et de chacun. Diantre !
Un jeune et brave journaliste syndicaliste s’est fait kidpanner, emprisonner et condamner, n’eut été la réaction digne et honorable des centrales syndicales, il serait encore en prison.
Face à cette impasse, face à l’entêtement et à l’arrogance du CNRD, je dis ici aux médias et journalistes indépendants qui tiennent à leur liberté et leur indépendance, que les dénonciations et les indignations ne suffisent plus.
Si cette injustice et cet abus insupportable ne cessent pas maintenant, la récusation de la HAC et le refus de reconnaître les décisions de cette institution qui est devenue une pâle et triste copies d’elle même, restent aujourd’hui les seules réactions appropriées face à cette situation manifestement illégale, injuste, inacceptable et indéfendable.
Aux médias et aux journalistes de prendre et d’assumer leur responsabilité devant l’histoire et le peuple de Guinée, en ne reconnaissant plus cette HAC, ni ses décisions, en demandant si possible à ses représentants qui y siègent, de quitter cette broyeuse(la HAC) par procuration.
Si la HAC de par sa complicité empêche les médias d’exister et les journalistes de travailler librement, que les médias enlèvent à cette fameuse HAC sa raison d’être.
Sans médias, pas de HAC !
Maintenant si les médias et les journalistes veulent s’accommoder avec cette situation intolérable ou aller négocier je ne sais quoi, avec quel argument, de quelle manière et pour quel prix, leur liberté et leur indépendance, grand bien leur fasse.
Mais alors, ils trahiront à jamais la sacralité de leur liberté, de leur indépendance, et souilleront la mémoire de tous ceux qui se sont battus et qui se battent encore pour que jamais un gouvernement, un État ou des puissants ne fassent de la presse ce qu’ils souhaitent.
De deux choix l’un, ou ils prennent le risque de mourir avec leurs honneurs en restant fidèles à leurs serment de liberté et d’indépendance quoiqu’il en coûte, ou ils croient à l’illusion d’une liberté et d’une indépendance négociées avec un gouvernement qui veut une presse servile et soumise. Ils finiront tôt ou tard par disparaître à coût sûr dans le regret et le déshonneur.
Une liberté ne se quémande pas, elle ne se donne pas, elle s’arrache, elle se conquiert.
Alors soit nos cher(e)s journalistes se battent pour leur liberté/indépendance, soit ils arrêtent de pleurnicher ( pardonnez moi l’expression) ou de faire semblant de s’en inquiéter. Qu’ils prennent acte de la fin annoncée de la presse libre et indépendante en Guinée et de la caporalisation autoritaire et totalitaire de ce qui en restera.
Disons le net, les conciliabules de couloirs, les rencontres hypothèques avec les grands princes du pays, les manoeuvres déloyales des uns et des autres, les propositions illusoires de sortie de crise, les pleurnicheries pitoyables ne sauveront pas la presse des volontés assassines du CNRD.
Elles seront sans effets et d’aucune utilité pour une presse libre et démocratique.
Il n’y a pas de crise de la presse guinéenne, c’est l’Etat, c’est le gouvernement, c’est le CNRD qui crée et entretient cette prétendue crise pour faire taire les voix de la diversité et de la contradiction, propre à la démocratie. La seule et unique limite de la presse et des journalistes, c’est la loi, et pas les désirs politiques et narcissique d’un gouvernement qui déteste et à horreur des critiques et de la redevabilité.
Et pourtant, il lui suffit de changer la réalité pour échapper aux critiques citoyennes et démocratiques. Oui, il lui suffit de respecter ses engagements, sa charte, ses promesses de la prise du pouvoir, pour s’épargner les regards critiques.
Personne ne pense, ni en Guinée ni ailleurs, que la presse et les journalistes sont irréprochables. Ils ne sont ni au dessus ni en dehors de la critique démocratique.
Mais, leur existence et leur fonctionnement libres et indépendants sont indispensables à la démocratie et à la liberté.
La haine de la presse, est l’autre visage de la haine de la démocratie. Par la force et l’arbitraire le CNRD peut, peut être, faire taire les médias ( et toutes les voix discordantes ), mais jamais les réalités têtues d’un pays qui va droit dans le mur.
Les peuples ne sont pas des moutons !
Voyons ensuite une autre fumisterie théâtrale, un autre symbole de la boussole déboussolée du CNRD, la Crief.
Je fais partie de ceux qui pensaient que la légitimité originelle de la crief était douteuse et démocratiquement contestable. Mais ce défaut originel pouvait être atténué par un fonctionnement honnête, efficace, loyal, sérieux et impartial de la Crief. Ce qui n’a jamais été le cas.
Enorme déception !
Des lors, l’existence de cette juridiction spéciale, pose problème, pose question. Il est profondément détestable que des gouvernants qui sont sensés protéger leurs citoyens deviennent à ce point une menace grave et continuelle pour les citoyens et citoyennes de leur pays.
Comment des dirigeants, par le biais d’une juridiction spéciale qui a tout d’un tribunal politique, d’une machine à revanche, d’un appareil d’intimidation, d’une lessiveuse pour les uns, une broyeuse pour les autres, peuvent se permettre de prendre des citoyens, les enfermer, au gré de leurs humeurs et de leurs aigreurs, en foulant aux pieds les règles les plus élémentaires du droit et de la justice ?
Comment des dirigeants peuvent être si insensibles à la douleur et à la souffrance des gens privés arbitrairement de leurs libertés, de leurs familles, de leurs proches, et que ceux ci ne puissent jamais compter sur la rigueur de la justice et l’impartialité du droit ?
Encore moins sur l’humanité et l’empathie qui font aussi la grandeur d’une politique et des dirigeants.
La situation de la Crief, son bilan, son fonctionnement, son rapport aux lois de notre pays et aux conventions internationales, interpellent aujourd’hui le barreau guinéen.
Comme la Presse, le barreau est un élément essentiel de l’architecture de l’état de droit démocratique.
Pour sauver l’honneur de notre pays, l’honneur du droit et imposer l’impératif de justice, la barreau de Guinée doit avoir une position claire sur cette juridiction spécialement spéciale qu’est la Crief.
Si cette mascarade funeste ne s’arrête pas, il doit venir le temps pour le barreau de penser à la récusation de la Crief, en refusant de la reconnaître désormais comme une juridiction légale, neutre, equitable et impartiale.
Puisque de par son fonctionnement et son dédain royal des lois nationales et internationales, des règles du jeu d’une justice indépendante et impartiale, elle s’est mise elle même en dehors de ce qui fait sa force, sa légitimité et sa crédibilité.
Bon sang de Dieu, Qu’attendre de sérieux d’une juridiction qui met des gens en prison puis se met à chercher les preuves de leur culpabilité. Et qui s’appuie sur les ramassis de rumeurs comme des preuves.
La justice c’est la preuve. Sans preuve, pas de culpabilité. Sans culpabilité impartialement établie, pas de sanctions ! Le barreau guinéen, ne peut certes pas empêcher la Crief d’exister, mais il peut décider que désormais aucun avocat inscrit au barreau guinéen ne sera plus devant cette Crief. Tant qu’elle ne sera pas sérieuse et impartiale
Puisque nos gouvernants actuels sont forts et sûrs de leur force ( bien au dessus du droit) , qu’ils nous fassent l’économie de ce spectacle de mauvais goût, de l’énergie des avocats et des prisonniers, en leur épargnant cette mascarade judiciaire.
Puisqu’ils ont décidé ainsi, grands rois qu’ils sont, faiseurs de vies et de morts qu’ils sont devenus, alors qu’ils gardent tous ces détenus politiques en prison. Qu’ils en construisent pour d’autres âmes et d’autres honneurs à souiller et à blesser.
La justice des hommes peut toujours faire défaut, mais jamais celle de la providence.
Le barreau guinéen ne peut sous prétexte d’une légalité théorique qui est le moindre des soucis de la crief et de ses concepteurs, continuer à participer à cette théâtralité judiciaire. Il doit assumer sa responsabilité d’acteur judiciaire majeur, donc de structure essentielle pour le respect des droits humains et des libertés publiques.
S’il continue à s’associer à cette comédie judiciaire, il finira par engager, contre sa propre volonté, sa responsabilité morale dans ce désastre judiciaire honteux et ridicule, aux conséquences ravageuses.
Si le barreau ne réagit pas, il revient aux avocats de ces détenus politiques, en leur âme et conscience, en accord avec leurs clients, de se retirer de ces mascarades judiciaires.
Que ces détenus, au delà de l’énorme injustice et souffrance qu’ils subissent, laissent leurs sorts entre les mains arbitraires du CNRD, la providence au contrôle.
Dans la vie de chaque nation, de chaque peuple, il vient des moments où chacun doit, se doit, de prendre et d’assumer sa responsabilité devant l’histoire et devant le peuple.
Ce temps est désormais arrivé pour la presse guinéenne et le barreau guinéen, comme d’ailleurs pour chaque guinéen et chaque guinéenne. Les plaintes et les complaintes se suffisent plus….il faut assumer, chacun doit s’assumer avec clarté, pour l’histoire.
On fait du droit avec un procès équitable et impartial. Mais quand c’est un procès politique, on fait quoi ? On fait comment ?
Quand un gouvernement est rigoureusement respectueux des lois, il peut s’interroger légitimement sur les failles humaines d’une profession telle que le journalisme. Quand il est le premier transgresseur des lois de la république, il n’a aucune leçon à donner à la presse.
Le CNRD à perdu sa boussole, sa charte et ses beaux discours, laissant ainsi le peuple de Guinée dans la désillusion et le désenchantement les plus pitoyables.
Aujourd’hui, dans tous les domaines, le recul de la dynamique démocratique, des libertés publiques et de la bonne gouvernance en Guinée est notoire et extrêmement inquiétant.
Les guinéens en ont marre !
Trop c’est trop!
Quand les principes et les valeurs sacrés sont en jeu, il n’y a pas de place pour les tergiversations, ni pour les négociations. On negocie sur les détails et pas sur l’essentiel.
A chacun de le comprendre !
En attendant il revient à chaque guinéen, à chaque entité socioprofessionnelle, à chaque structure sociopolitique, de faire son autocritique et d’en finir avec les mentalités de servilité, de cupidité, de passivité et de conformisme dans ce pays.
Il faut engager la bataille de la rupture générale et totale, à commencer par soi même…
Que cela soit entendu, nous ne laisserons jamais ce pays se defaire sans rien dire et faire. Nous ne laisserons jamais les rêves de liberté et de justice de ce peuple être confisqués, sans rien faire.
Jamais !
Khalifa Gassama Diaby
Ancien ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques
Ancien ministre de l’Unité Nationale et de la Citoyenneté.
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Tribune
Zéro plastique en Guinée : une décision courageuse qui mérite une stratégie à la hauteur
Publié
il y a 2 semainesle
6 juin 2026
Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs
Le 26 mai 2026, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a publié un communiqué réaffirmant avec fermeté l’application du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024, portant interdiction totale des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée.
À compter du 20 septembre 2026, plus aucune tolérance : la fabrication et la distribution commerciale de ces produits seront définitivement bannies du territoire national.
Je salue cette décision. Sincèrement et sans réserve.
Conakry étouffe sous les sachets. Nos caniveaux en sont saturés. Nos cours d’eau en portent les stigmates. Nos enfants grandissent dans des quartiers où le sol disparaît sous une couche de polyéthylène. Cette réforme est non seulement nécessaire, mais urgente.
Le ministre Djami Diallo a raison de hausser le ton, et je l’en félicite.
Mais je veux aussi, en citoyen engagé pour l’entrepreneuriat en Guinée, apporter ma contribution à ce chantier collectif. Le ministre lui-même y invite. Et ma contribution tient en une conviction simple : interdire sans accompagner, c’est condamner sans jugement.
La force du décret et la fragilité de son silence sur les alternatives
Depuis septembre 2024, le MATD réitère l’interdiction à plusieurs reprises. Les communiqués se multiplient. Les appels aux sanctions aussi. Et pourtant, près de deux ans après, les sachets persistent sur les marchés, dans les rues, dans les mains de nos compatriotes. Pourquoi ?
Pas par mauvaise volonté. Pas par défiance. Mais parce qu’interdire sans proposer une alternative accessible et abordable, c’est demander à des gens de respirer sans air.
Un commerçant qui emballe ses denrées, une mère qui achète l’eau de ses enfants en sachet à 500 francs, un petit industriel qui emploie cinq personnes dans une unité de production d’eau : tous ces acteurs n’ont pas encore de plan B identifié, formalisé, financé.
« Si l’État pouvait trouver une solution alternative, ce serait une bonne chose. Ce n’est pas facile, mais avec une bonne sensibilisation, beaucoup finiront par y adhérer. Nous sommes dans un pays où la majorité des gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille, alors que les sachets de 500 GNF sont accessibles à tous. »
Ce citoyen anonyme dit, en une phrase, ce que beaucoup pensent. La disposition à changer existe. Ce qui manque, c’est la passerelle.
Un tissu économique entier est concerné et il mérite mieux que le silence
Pour mesurer les enjeux réels de cette transition, il faut regarder l’économie du plastique en face, telle qu’elle existe aujourd’hui en Guinée.
Prenons le seul secteur de l’eau en sachet. L’Union des Producteurs d’Eau Minérale de Guinée (UPEMGUI) estime à environ 3 000 le nombre d’unités de production recensées sur l’ensemble du territoire national.
Avec une moyenne de cinq employés par unité, ce sont potentiellement près de 15 000 emplois directs qui sont exposés à cette transition, sans compter les activités connexes : distribution, conditionnement, transport, vente au détail.
Mais l’eau en sachet n’est qu’un fragment du tableau. Le plastique à usage unique irrigue une chaîne économique bien plus large : marchés, restaurants, pharmacies, petits transformateurs agroalimentaires, entreprises industrielles et producteurs d’emballages.
Ces entreprises sont des employeurs réels, avec des investissements substantiels et des savoir-faire industriels qu’on ne peut simplement effacer par décret.
« Nous plaidons pour l’assainissement du marché sans destruction d’emplois. Des solutions existent pour encadrer le secteur tout en préservant les acquis sociaux. »
Ce que l’Afrique nous enseigne : interdire et accompagner, les deux ensemble
La Guinée n’est pas la première sur ce chemin. Elle peut apprendre des expériences vécues sur le continent, avec leurs succès et leurs limites.
Le Rwanda est la référence incontestable. En 2008, le pays des mille collines bannit les sacs plastiques. Résultat : Kigali est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres d’Afrique.
Mais le Rwanda n’interdit pas seulement. Il accompagne la loi par une taxe environnementale, un programme de collecte obligatoire à la charge des producteurs et des incitations à la production locale d’alternatives.
Le Ghana choisit également une approche structurée, avec une feuille de route nationale visant à réduire les emballages plastiques et à rendre les alternatives durables commercialement viables.
Au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal et même en Guinée, des initiatives démontrent que la transition est possible. De jeunes entrepreneurs produisent déjà des emballages biodégradables, en papier, en tissu ou à partir de matières locales.
Trois propositions concrètes pour que l’interdiction devienne une opportunité
1. Appliquer le principe « pollueur-payeur » pour financer la transition
L’État pourrait instaurer, dans une phase intermédiaire, une taxe environnementale progressive sur la production et les importations de plastiques à usage unique.
Cette taxe permettrait de décourager les pratiques actuelles tout en alimentant un Fonds de Transition Écologique destiné à financer les alternatives : équipements, startups d’emballages biodégradables et jeunes entrepreneurs engagés dans les solutions de substitution.
2. Créer une filière nationale de transformation du plastique collecté
Le plastique qui circule en Guinée n’est pas seulement une nuisance : c’est aussi une matière première.
Des entreprises africaines transforment déjà les déchets plastiques en pavés, matériaux de construction ou granulés réutilisables. L’État peut identifier, référencer et accompagner les initiatives locales pour construire une filière formelle de collecte et de valorisation.
3. Accompagner la reconversion des entrepreneurs du plastique
Les petits producteurs d’eau, fabricants d’emballages, jeunes commerçants et industriels du secteur ne doivent pas être laissés seuls face à l’échéance de septembre 2026.
Un programme de reconversion, co-piloté par le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Commerce et l’APIP, devrait proposer un diagnostic, un plan de migration vers des alternatives et un accès facilité au financement.
La Guinée a l’opportunité de faire de cette interdiction un accélérateur d’entrepreneuriat vert
L’interdiction du plastique à usage unique est, en soi, un acte politique courageux. Dans un pays où les filières informelles sont massives, où les habitudes de consommation sont profondément ancrées, imposer ce changement demande une volonté ferme. Le gouvernement guinéen l’a.
Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de communiqués publiés ni à la sévérité des sanctions annoncées. Elle se mesurera à la capacité des Guinéens à trouver, dans leurs marchés, leurs ateliers et leurs rues, des alternatives réelles, accessibles et abordables.
Elle se mesurera aussi à la capacité des entrepreneurs qui vivent du plastique à se réinventer et à rester debout.
La Guinée a l’avantage de pouvoir apprendre du Rwanda, du Ghana, du Burkina Faso et du Kenya. Elle a aussi une jeunesse entrepreneuriale créative, déjà à l’œuvre sur des solutions alternatives, qui n’attend qu’un signal clair et un appui tangible pour passer à l’échelle.
Ce signal, c’est au gouvernement de le donner, non pas en publiant un nouveau communiqué, mais en lançant un programme concret d’accompagnement de la transition.
Interdire, oui. Mais construire le monde d’après, c’est encore plus urgent.
Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs
Tribune
Aboubacar Sidiki Camara alias Idi Amin : l’homme de tous les régimes
Publié
il y a 2 semainesle
5 juin 2026
Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique
Dans l’histoire contemporaine de la Guinée, peu d’officiers auront autant traversé les régimes, les crises politiques, les transitions militaires et les recompositions du pouvoir qu’Aboubacar Sidiki Camara, connu sous le surnom d’Idi Amin.
Derrière ce sobriquet qui alimente depuis des années les conversations politiques et militaires, se cache un homme dont le parcours, le niveau stratégique et l’influence réelle ont toujours suscité fascination, prudence et inquiétude dans les cercles du pouvoir.
Originaire de Faranah, Aboubacar Sidiki Camara appartient à cette génération d’officiers formés dans la rigueur militaire classique, avec une culture du silence, de la discipline et de la stratégie.
Très tôt, il choisit la carrière des armes et gravit progressivement les échelons au sein de l’appareil sécuritaire guinéen. Son profil diffère rapidement de nombreux officiers de sa génération grâce à un parcours académique et militaire particulièrement dense.
Il bénéficie de plusieurs formations militaires nationales avant d’être envoyé à l’étranger dans des écoles de haut niveau. En France notamment, il suit des formations à l’École de guerre et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, deux institutions parmi les plus prestigieuses du monde militaire francophone.
Ces formations renforcent son expertise stratégique, sa maîtrise des doctrines militaires modernes et surtout ses connexions dans les milieux sécuritaires internationaux.
À son retour en Guinée, il devient progressivement un officier incontournable dans les structures de défense. Son ascension dans l’armée guinéenne se construit loin des discours publics, mais au cœur des appareils sensibles de sécurité et de commandement.
Il occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment dans la gendarmerie nationale, avant d’intégrer les sphères les plus fermées du ministère de la Défense. Son influence grandit silencieusement au fil des années.
Sous Lansana Conté déjà, le nom d’Aboubacar Sidiki Camara circule dans les milieux militaires comme celui d’un officier disposant d’un réseau solide et d’une forte capacité d’organisation.
Dans une Guinée régulièrement traversée par des tensions internes dans l’armée, les hommes capables de fédérer des fidélités inquiètent toujours les pouvoirs en place. Le régime Conté apprend alors à surveiller cet officier discret dont la proximité avec certains cadres militaires commence à attirer l’attention.
Après la mort de Lansana Conté en décembre 2008 et l’arrivée du CNDD dirigé par Moussa Dadis Camara, les rapports de méfiance ne disparaissent pas. Ils changent simplement de forme.
Dans les transitions militaires africaines, les alliances sont mouvantes et la confiance reste fragile entre officiers. Sous Dadis Camara puis durant la transition conduite par le général Sékouba Konaté, Aboubacar Sidiki Camara demeure une figure observée avec prudence dans les rangs militaires.
Son expérience, ses relations internes et son parcours international lui donnent une stature particulière dans une armée profondément fragmentée.
Lorsque Alpha Condé arrive au pouvoir en 2010, la question du contrôle de l’armée devient rapidement une priorité absolue. Le nouveau président sait que la stabilité de son régime dépendra de sa capacité à neutraliser les centres d’influence militaires hérités des anciens systèmes.
Pourtant, malgré les changements opérés dans l’appareil sécuritaire, Aboubacar Sidiki Camara continue de monter en puissance.
Il devient directeur de cabinet au ministère de la Défense nationale et s’impose progressivement comme l’un des officiers les plus influents du système sécuritaire guinéen.
Mais cette influence finit par inquiéter le pouvoir politique. À partir de 2018 et surtout en 2019, plusieurs décisions et suggestions attribuées à son entourage sont jugées suspectes dans le cercle rapproché d’Alpha Condé.
Des soupçons de structuration de réseaux militaires autour de certains officiers commencent à alimenter les discussions au sommet de l’État.
Alpha Condé décide alors d’appliquer une méthode classique utilisée contre les officiers jugés trop puissants : éloigner sans provoquer une rupture directe.
En janvier 2019, plusieurs officiers considérés comme proches d’Idi Amin sont mutés à l’étranger. Le général Bachir Diallo est envoyé en Algérie, le général Boundouka Condé à Washington et Aboubacar Sidiki Camara est nommé ambassadeur de Guinée à Cuba.
Cette décision apparaît alors comme une manière de réduire son influence à l’intérieur de l’appareil militaire. Mais l’histoire prendra une tournure inattendue. Car loin du pays, les réseaux ne disparaissent pas forcément. Ils se réorganisent autrement.
Le 5 septembre 2021, le Groupement des forces spéciales dirigé par Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé. Rapidement, plusieurs figures militaires autrefois éloignées réapparaissent au centre du pouvoir.
Parmi elles, Aboubacar Sidiki Camara effectue un retour spectaculaire. Son retour à Conakry après le coup d’État confirme l’idée que son influence au sein de l’appareil militaire n’avait jamais réellement disparu.
Même si son rôle exact dans la préparation du coup d’État du 5 septembre reste entouré de silence et d’interrogations, son retour immédiat au sommet du dispositif sécuritaire nourrit depuis des années toutes les spéculations politiques.
Beaucoup d’observateurs estiment qu’un homme disposant d’une telle expérience militaire, d’un tel réseau et d’une telle proximité avec plusieurs officiers stratégiques ne pouvait être totalement étranger aux dynamiques internes qui ont précédé la chute d’Alpha Condé.
Le CNRD dirigé par Mamadi Doumbouya le nomme ministre de la Défense nationale quelques semaines après le coup d’État. Ce choix n’est pas anodin.
Il traduit la confiance accordée à un officier expérimenté, respecté dans certains cercles militaires et capable de réorganiser l’appareil de défense dans un contexte de transition fragile.
Durant plusieurs années, Aboubacar Sidiki Camara devient l’un des piliers du pouvoir de transition. Il supervise plusieurs réformes militaires, des programmes de formation et des projets de restructuration des forces armées.
Son poids politique grandit à mesure que la transition s’installe.
Mais en Guinée, plus un homme devient influent dans l’appareil sécuritaire, plus il finit par susciter des inquiétudes.
L’histoire politique du pays est marquée par une peur permanente des hommes forts capables de construire des réseaux autonomes à l’intérieur de l’armée. Et cette logique n’épargne jamais personne.
Le 2 juin 2026, Mamadi Doumbouya décide finalement de le remplacer au ministère de la Défense et de le nommer ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Guinée en France.
Officiellement, cette nomination s’inscrit dans une dynamique de redéploiement diplomatique et de renforcement des relations stratégiques entre Conakry et Paris.
Mais dans les milieux politiques et militaires guinéens, beaucoup y voient également une manière élégante d’éloigner un homme devenu extrêmement puissant dans l’équilibre interne du système.
Et c’est précisément là que le destin d’Aboubacar Sidiki Camara devient fascinant.
Car depuis Lansana Conté jusqu’à Mamadi Doumbouya, tous les pouvoirs ont fini par appliquer la même méthode face à lui : le surveiller, le contenir, l’éloigner.
Mais jamais aucun régime n’a réellement réussi à effacer son influence.
C’est cette permanence qui nourrit depuis des années les craintes autour de son nom dans les casernes, les cabinets présidentiels et les couloirs du pouvoir.
Parce qu’en Guinée, certains hommes quittent les centres de décision. Mais ne quittent jamais réellement le jeu.
Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique
Tribune
TRIBUNE | « Si Le Lynx meurt, ce sera de notre faute »
Publié
il y a 2 semainesle
4 juin 2026
Par Alpha Amadou Diari Diallo, journaliste
Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.
C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.
Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.
Depuis la disparition de Souleymane Diallo, fondateur du Lynx, les hommages pleuvent. Les mots sont beaux, les messages sont émouvants, les souvenirs sont glorieux.
Mais soyons sérieux une minute.
Les hommages ne sauvent pas un journal.
Le Lynx n’a pas résisté à des régimes difficiles, à la censure et aux pressions pour finir victime de notre indifférence. Ce serait une insulte à son histoire.
Car la vérité est brutale : nous aimons applaudir les symboles, mais nous refusons de les soutenir.
Nous partageons des publications.
Nous écrivons « RIP ».
Nous racontons à quel point ce journal était important.
Mais combien d’entre nous l’achètent encore ?
Voilà le vrai débat.
Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.
C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.
Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.
Pas pour faire joli.
Pas pour faire du bruit.
Mais pour prouver que ce pays peut encore défendre ce qui compte.
À titre personnel, j’ai décidé d’acheter 100 exemplaires.
Ce n’est pas un sacrifice. C’est un minimum.
La vraie question est désormais collective :
Allons-nous laisser mourir ce que nous prétendons respecter ?
Allons-nous transformer un monument de la presse en simple souvenir nostalgique ?
Ou allons-nous, enfin, agir ?
Il ne sert à rien de pleurer demain sur la disparition du Lynx si aujourd’hui nous refusons de le sauver.
Cette fois, l’excuse ne tiendra pas.
Si Le Lynx meurt, ce ne sera pas la faute du temps.
Ce sera la faute des vivants.
#UnCitoyenUnLynx
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