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Après 62 ans d’indépendance monétaire, le franc guinéen jouerait-il encore le rôle d’une monnaie ?

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La rupture brutale des relations entre la France et la Guinée en 1958 dans le processus irréversible des indépendances africaines mettra la pression sur les nouvelles autorités souveraines du pays face aux énormes besoins de volonté des autorités françaises d’alors de tout mettre en œuvre pour que le pays fasse amende honorable. Ce qui fût d’entrer insupportable et prohibitif pour un jeune Etat sans expérience en la matière.

Juste après son accession à l’indépendance politique la Guinée fut confrontée à d’énormes difficultés dont entre autres :

  • L’enlèvement des archives importantes qui furent immédiatement expédiés à Dakar puis en France (cas des études effectués dans le domaine géographique et minier utiles pour le développement du pays) ;
  • L’arrêt des travaux d’équipement en cours de réalisation ou projeté : cas du barrage Konkouré dont le dossier technique fut confisqué ;
  • Gel des avoirs des guinéens en France (pensions des militaires et des civils, épargnes etc.) ;
  • La remise en cause de l’admission des marchandises guinéennes en France ;
  • L’arrêt des subventions d’équilibres de budget et des investissements FIDES ;
  • Le débarquement à Dakar de plus de plus de 80 professeurs (anciens et nouveaux) etc.

Malgré toutes ces mesures, la Guinée a négocié pour rester dans la zone franc, mais les autorités françaises ont passé outre. C’est  ainsi que la Guinée a opté pour l’indépendance monétaire en émettant sa monnaie nationale (le Franc Guinéen).

Du coup, cette émission est faite par la BRG (Banque de la République de Guinée) créée pour la circonstance en même temps que la monnaie nationale. La BRG se transformera en BCRG (Banque Centrale de la République de Guinée) à partir du 27 juillet 1961 par le Décret n°276/PRG/61. Après sa création, le Franc Guinéen s’est confronté à d’énormes contraintes (inondation du marché des faux billets par les français par exemple), de telle sorte qu’elle connaitra 5 reformes monétaires marquées par cinq familles de billets (changements de signes monétaires : instrument de politique monétaire utilisé par les autorités d’alors en plus des instruments traditionnels).

Après 62 ans d’indépendance monétaire, le Franc Guinéen ne joue plus la troisième fonction de toute monnaie qui n’est rien d’autre que la réserve de valeur.  Par ailleurs, de par cette fonction, la monnaie permet de reporter des achats dans le futur. Par exemple, dans une économie monétaire, un individu ayant vendu un bien X contre de la monnaie peut ne pas souhaiter dépenser cet argent immédiatement pour acquérir un autre bien Y. Ceci est possible parce que la monnaie est un instrument d’échange actuel mais aussi futur.

Cependant, nous convenons bien avec vous que la monnaie n’est pas le seul instrument capable de conserver de la valeur dans le temps. C’est pourquoi bon nombre d’agents économiques recourent le plus souvent aux titres financiers ou encore aux biens immobiliers contrairement aux autres actifs, la monnaie semble être le meilleur instrument de réserve de valeur parce qu’elle présente deux avantages : i) elle est parfaitement liquide (c’est-à-dire qu’elle est utilisable immédiatement en vue des transactions et sans coûts) ; ii) elle est sans risque alors que pour les actifs financiers par exemple, le détenteur court le risque d’une perte en capital à tout moment.

Tout ceci n’est possible qu’à condition qu’elle garde une valeur stable dans le temps. Or sa valeur dépend du Niveau Général des Prix (NGP). Par conséquent, si ce dernier augmente comme chez le cas aujourd’hui en Guinée, avec le même montant de monnaie vous pouvez acheter une quantité moindre de marchandises. La monnaie n’aura pas rempli dans ce cas, son rôle de réserve de valeur.

Sans abuser du temps du lecteur, nous pensons que pour restaurer la valeur externe de notre monnaie et d’assurer la troisième fonction de toute monnaie, la Banque Centrale devra à notre avis restructurer le marché de change de manière à autoriser dans le futur son intervention sur ledit marché en injectant de la devise quand le taux de change dévie de sa trajectoire par rapport au fixing (d’autant que notre régime de change actuel ne le permet pas) sans quoi, les agents économiques à l’image des cambistes agréés de la place auront toujours la possibilité de spéculer sur le Franc Guinéen.

A moyen et long terme l’on doit s’atteler à consolider à moyen et long terme notre excédent commercial depuis 2017, tiré essentiellement par les mines même si nous savons qu’il s’explique en grande partie également par la baisse des importations suite à la MALADIE.

De plus, il faudra résoudre le déficit majeur de la production du secteur non minier afin de répondre aux besoins de la population qui dépend des importations de biens et services. A cela, s’ajoutent l’absence de politiques de régulation des prix et d’une économie faiblement bancarisée (moins de 10% de la population détient un compte bancaire suivant les données statistiques que nous avons reçu des autorités compétentes) même si l’on soutient côté Banque Centrale que ce taux tournerait autour de 15%.

Dans le cas, où l’on ne parviendrait pas à respecter les conseils ci-dessus, la pression exercée par la demande de devises des agents économiques en contrepartie du Franc Guinéen fera toujours grimper le taux de change tout en affaiblissant la monnaie nationale dont l’offre est abondante.

De plus, la BCRG doit veiller au renforcement du contrôle des transactions en devises (origine et destination des fonds), continuer le transfert des soldes journaliers en devises des banques à la Direction de la Supervision Bancaire et aussi la possibilité d’instaurer une zone de sécurité pour la production et l’exportation de l’Or.

Enfin cette petite analyse non exhaustive montre que la résolution de l’épineux problème de change auquel est confronté notre pays passe essentiellement par la mise en place d’une véritable politique économique en général et une politique de change en particulier. Pour y arriver, il sera nécessaire d’impliquer de façon active toutes les institutions économique, monétaire et financière autour d’une réforme majeure dont l’objectif sera l’extraction de l’économie guinéenne des contraintes lourdes qui pèsent sur elle.

Safayiou DIALLO

  1. Economiste. 

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L’Afrique de l’Ouest : Unie par l’Histoire, Liée par l’Avenir (Par le Cercle de réflexion pour le Sénégal – Xeltu sunum Rew)

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L’Afrique de l’Ouest : Unie par l’Histoire, Liée par l’Avenir

Note de Synthèse sur l’Intégration et le Métissage Universel

1. Introduction : La Teranga au défi de l’Altérité

Le Sénégal, historiquement sanctuarisé comme la terre de la Teranga, traverse une zone de turbulences où ses fondements mêmes vacillent sous le poids de pathologies identitaires émergentes. Cette tradition séculaire de brassage humain est aujourd’hui confrontée à une myopie historique préoccupante, marquée par la montée de discours xénophobes qui visent nos frères et sœurs d’Afrique de l’Ouest. Nous assistons à un glissement périlleux : le débat légitime sur la gestion des flux migratoires et les défaillances de l’administration publique est instrumentalisé pour basculer dans une stigmatisation systématique de l’Autre. L’enjeu majeur : Comment préserver le pacte social et l’intégrité de notre nation quand l’étranger, autrefois figure sacrée de l’hôte, est transmuté en bouc émissaire de nos propres insuffisances structurelles ? La frontière entre la vigilance républicaine et la haine identitaire est devenue si poreuse qu’elle menace de rompre l’équilibre de notre cohésion nationale. Pour désamorcer cette dynamique délétère, il est impératif de déconstruire les récits de division et de rappeler que nos frontières actuelles ne sont que des cicatrices récentes sur un corps social millénaire.

2. L’Ancienneté des Liens : Quand l’Histoire ignore les Frontières

Vouloir isoler le Sénégal de son environnement immédiat relève d’un anachronisme sociopolitique. Les peuples de notre sous-région, notamment les Peuls (Fulɓe), forment une unité culturelle et linguistique — le Pulaar ou Fulfulde — qui tisse un pont vivant entre plus de vingt pays. Historiquement, le Fouta-Toro et le Fouta-Djallon n’étaient pas des entités étrangères l’une à l’autre, mais les deux poumons d’un même organisme historique. Avant que la colonisation n’impose ses découpages administratifs, quatre réseaux fondamentaux assuraient la fluidité de cet espace :

  • Réseaux religieux : La constitution des États musulmans aux XVIIIe et XIXe siècles a favorisé l’émergence de véritables « communautés épistémiques », où la circulation des savants et des manuscrits ignorait les distances.
  • Réseaux familiaux : Des siècles de transhumance et d’alliances matrimoniales ont créé une toile de parenté si dense que la notion de « nationalité » pure devient une fiction biologique.
  • Réseaux commerciaux : Les circuits marchands et pastoraux ont structuré l’économie de la Sénégambie et du Mali bien avant l’avènement des douanes modernes.
  • Réseaux intellectuels : La mobilité des élites lettrées a forgé un socle de valeurs partagées, garantissant une continuité de pensée de Dakar à Conakry. L’indépendance de la Guinée en 1958 n’a pas créé une nouvelle migration, mais a simplement inscrit dans un cadre post-colonial une continuité de mouvements organiques. Les frontières héritées sont des superpositions administratives sur une réalité humaine préexistante, nous imposant de repenser la nationalité non comme une barrière, mais comme une composante d’un héritage partagé.

3. L’Interdépendance Économique : Un Destin Commun

Le repli sur soi est une illusion suicidaire dans un monde globalisé. Au sein de la CEDEAO, la libre circulation n’est pas une concession généreuse, mais le carburant de notre croissance collective. Le Sénégal, loin d’être une île, est le bénéficiaire direct d’un marché régional intégré.

Mythes vs Réalités Économiques

Mythes Xénophobes, Réalités Factuelles

«  » »Les étrangers accaparent nos ressources. » » », »Les immigrés sont des investisseurs locaux, créateurs de marchés et contributeurs fiscaux essentiels à la dynamique urbaine. »

«  » »L’immigration est la source de la précarité. » » », »Le chômage et l’inflation découlent de choix politiques et de contraintes structurelles, et non de la présence de voisins africains. »

«  » »Le protectionnisme garantit la souveraineté. » » »,La souveraineté réelle est régionale. Le Sénégal dépend vitalement de partenaires comme le Mali ; déstabiliser la confiance avec un voisin (ex: la Guinée) fragilise tout l’écosystème CEDEAO.

La prospérité de notre pays est intrinsèquement liée à sa capacité à demeurer ce carrefour d’échanges qu’il a toujours été. La fragmentation de cet espace ne ferait qu’appauvrir l’ensemble des acteurs.

4. Les Signaux d’Alerte : Du Langage à la Déshumanisation

L’ingénierie de la haine suit un protocole universel que l’histoire nous commande de reconnaître. Les tragédies de l’Allemagne nazie, du Rwanda ou les crises sud-africaines ne sont pas nées spontanément ; elles ont été préparées par la « normalisation » du discours de rejet. Le passage de l’acte individuel (une fraude documentaire, par exemple) au stigmate collectif est le déclencheur de la déshumanisation. Les trois étapes clés de cette fracture sociale sont :

  1. La corruption du langage : L’usage de termes déshumanisants (« parasites », « envahisseurs ») transforme un groupe humain en une pathologie à traiter, anesthésiant ainsi la vigilance démocratique.
  2. L’amalgame et la généralisation : C’est ici que l’individu disparaît derrière la communauté. On ne juge plus un délit, on condamne une origine. C’est le mécanisme même qui a permis le passage des lois de Nuremberg (exclusion institutionnelle) à la violence de masse.
  3. La déshumanisation sociale : Inspirée par les rhétoriques de type « Radio Mille Collines », cette phase rend l’agression socialement acceptable, voire nécessaire, aux yeux d’une population dont on a saturé l’esprit de peurs irrationnelles. Face à ces mécanismes, la seule réponse viable réside dans une réaffirmation intransigeante des valeurs républicaines et de la dignité humaine.

5. Note d’alerte institutionnelle : Mesures pour un Patriotisme Civique

Pour stopper l’érosion de notre cohésion sociale, l’État et la société civile doivent coordonner une réponse systémique. Voici les piliers de cette ingénierie de la résilience :

Justice et Application de la Loi
  • Fermeté impartiale : L’État doit sanctionner les fraudes administratives ou commerciales avec rigueur, mais sans distinction d’origine. La sanction doit demeurer individuelle pour ne jamais nourrir le discrédit collectif. C’est le pilier de la confiance envers les institutions.
  • Sécurité juridique : Garantir que tout étranger en situation régulière jouisse d’une protection totale, réaffirmant ainsi que le Sénégal est un État de droit et non de privilèges ethniques.
Régulation des Médias et Numérique
  • Lutte contre l’infodémie de la haine : Mettre en place une veille rigoureuse contre la désinformation sur les réseaux sociaux. La liberté d’expression ne saurait couvrir l’incitation à la violence ou le harcèlement communautaire.
  • Responsabilisation des leaders d’opinion : Inciter les autorités religieuses et coutumières à porter un discours de désamorçage, car la parole publique est le premier rempart contre la barbarie.
Éducation et Dialogue
  • Promotion du Métissage Universel : mieux intégrer dans les programmes scolaires l’histoire de la longue durée (Empire du Mali, Sénégambie) pour démontrer que notre diversité est notre structure fondamentale.
  • Comités locaux de veille citoyenne : Créer des espaces de médiation de proximité pour détecter les tensions locales et les résoudre par le dialogue avant qu’elles ne soient instrumentalisées par des entrepreneurs de la haine.

6. Conclusion : Choisir le Métissage Universel

Le métissage universel n’est pas une abdication de la souveraineté, mais la célébration de notre identité profonde. De l’Empire du Mali aux espaces de circulation de la Sénégambie, l’histoire nous enseigne que les sociétés les plus résilientes sont celles qui transforment leur pluralité en levier de puissance. Une nation forte n’est pas celle qui cherche la pureté dans l’exclusion, mais celle qui reconnaît en chaque étranger un miroir de sa propre trajectoire historique. Le Sénégal doit choisir son modèle : celui du repli et de la peur, ou celui de l’ouverture et de l’intelligence collective. La force d’une nation réside dans sa capacité à transformer sa diversité en richesse commune, garantissant à chaque individu, quelle que soit son origine, une égalité de dignité devant la loi.

Papier signé par Cercle de réflexion pour le Sénégal – Xeltu sunum Rew

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Guinée : le silence des consciences face à la déchéance politique et morale

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Alors que la Guinée est plongée dans l’émotion après la mort de Mamadou Djouma Bah, décédé à la suite de son placement en détention, que l’opinion est profondément choquée par la diffusion de vidéos de violences sexuelles et que les disparitions forcées continuent d’endeuiller de nombreuses familles, Cellou Mandela Diallo s’interroge sur la responsabilité des consciences face à ce qu’il considère comme une profonde déchéance politique et morale.

Au-delà des clivages partisans, il appelle les intellectuels et les autorités morales et spirituelles à rompre le silence et à défendre la vérité et la dignité humaine avant qu’il ne soit trop tard.

Qui sifflera la fin de la récréation ?

Les consciences d’une nation ne se reconnaissent pas à la place qu’elles occupent (imams, présidents de coordinations régionales, chercheurs ou autres), elles se reconnaissent au courage avec lequel elles défendent la vérité lorsque celle-ci devient inconfortable.

Combien de drames faudra-t-il encore avant que les consciences ne s’éveillent ? Combien de disparitions forcées, de morts en détention, de victimes de violences sexuelles et de libertés sacrifiées faudra-t-il encore avant que la République retrouve le sens de ses propres principes ?

La mort de Mamadou Djouma Bah, élève de 17 ans, après son placement en détention dans une affaire de fraude au baccalauréat, a profondément bouleversé l’opinion. Au-delà des circonstances précises de ce drame, qui devront être établies avec toute la rigueur nécessaire, une question me taraude particulièrement l’esprit : que devient notre République lorsque des citoyens, mineurs, entrent en prison sous la protection de l’État et que leur sort suscite de si graves interrogations ?

Comme si cela ne suffisait pas, les disparitions forcées continuent de plonger des familles dans une attente insoutenable, tandis que les violences sexuelles se multiplient avec une brutalité qui heurte la conscience collective. À force d’accumuler les tragédies, je me demande s’il s’agit d’une simple crise politique ou si au contraire nous assistons à une déchéance plus profonde de notre conscience nationale.

Une République n’attend pas seulement de ses institutions qu’elles gouvernent. Elle attend aussi de ses consciences qu’elles veillent.

Les consciences n’exercent pas le pouvoir politique. Elles lui rappellent ses limites. Elles rappellent que la force ne crée jamais le droit, que la raison d’État ne saurait justifier l’injustice et que la dignité humaine demeure la frontière que nul pouvoir ne devrait franchir. Elles sont la mémoire vivante des principes lorsque les circonstances invitent à les oublier.

Depuis près de sept décennies, notre pays semble condamné à revivre les mêmes drames sous des formes différentes. Le camp Boiro, les massacres de janvier-février 2007, le massacre du 28 septembre 2009 et, aujourd’hui, les disparitions forcées constituent autant de blessures qui continuent de marquer notre mémoire collective. Chaque époque possède son contexte, ses acteurs et ses responsabilités. Pourtant, une même constante traverse notre histoire : chaque fois que la dignité humaine recule, la République s’affaiblit.

Le véritable enseignement de cette histoire n’est pas de raviver les rancœurs ni de distribuer les fautes entre les générations. Il est de comprendre que le silence des consciences a toujours un coût. Et ce coût, la Guinée l’a payé trop souvent, trop longtemps et trop cher.

Face aux disparitions forcées, des familles vivent dans l’attente, sans savoir si leurs proches sont encore en vie. Face aux décès qui se multiplient dans les établissements pénitentiaires, une interrogation finit par hanter les esprits : nos prisons remplissent-elles encore leur mission de justice ou sont-elles en train de devenir les antichambres de la morgue ? Face aux violences sexuelles qui bouleversent régulièrement l’opinion, notamment lorsqu’elles visent des enfants, le sentiment s’installe que la société tout entière est en train de perdre ses repères.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas la succession de ces drames, mais plutôt le risque que nous finissions par nous y habituer.

Car une société ne s’effondre pas seulement lorsque la violence progresse. Elle s’affaiblit lorsque cette violence cesse d’indigner.

C’est précisément à ce moment que les consciences deviennent indispensables.

Toute République repose sur un équilibre fragile : les institutions gouvernent, les consciences veillent. Les premières organisent la vie de la cité ; les secondes rappellent que le pouvoir ne trouve sa légitimité que dans le respect des principes qui protègent la dignité humaine.

Cette responsabilité ne consiste pas à conquérir le pouvoir ni à arbitrer les débats partisans. Elle consiste à dire le juste lorsque la force prétend s’y substituer, à défendre la vérité lorsqu’elle devient inconfortable et à rappeler que la justice n’est pas une faveur accordée par les gouvernants, mais un droit dû à chaque citoyen.

Toute tradition républicaine repose sur une idée simple : la parole publique engage.

Montesquieu voyait dans la vertu le principe même de la République. Rousseau rappelait qu’une société commence à se corrompre lorsque les lois et les engagements cessent d’obliger ceux-là mêmes qui les ont proclamés. C’est précisément dans ces moments que les consciences prennent toute leur importance.

À cet égard, les prises de parole du cardinal Robert Sarah rappellent avec constance que la dignité humaine, la vérité et la fidélité à la parole donnée ne sauraient être sacrifiées aux intérêts du pouvoir. Le courage de l’écrivain Tierno Monénembo mérite également d’être salué. Malgré les critiques et les menaces, il continue de faire entendre une voix libre, rappelant que le premier devoir d’une conscience est de demeurer fidèle à la vérité.

Dans un pays où l’islam est la religion de la très grande majorité des citoyens, les responsables religieux musulmans portent eux aussi une responsabilité historique. Leur mission n’est pas de choisir un camp politique. Elle est d’éclairer les consciences chaque fois que la justice, la vérité ou la dignité humaine sont mises à l’épreuve. Leur parole peut réconforter les victimes, interpeller les gouvernants et rappeler à toute la Nation qu’aucune autorité n’est au-dessus des exigences morales qui fondent la paix et la cohésion d’un peuple.

Les responsables religieux ne sont pas les gardiens d’un pouvoir.

Ils sont les gardiens d’une conscience.

Et lorsque les consciences vacillent, le silence des autorités morales devient lui-même un message. Il est important de rappeler que les gouvernements passent, les régimes se succèdent, mais les principes qui fondent la République doivent demeurer.

La Guinée ne manque ni d’intelligence, ni de femmes et d’hommes de conviction, ni d’autorités morales capables d’éclairer la Nation. Ce qui lui manque aujourd’hui, c’est peut-être une parole collective suffisamment forte pour rappeler que certaines limites ne peuvent être franchies sans mettre en péril l’âme même de la République.

Les générations futures ne nous demanderont pas seulement qui gouvernait. Elles nous demanderont ce que nous avons fait lorsque la vérité, la justice et la dignité humaine étaient mises à l’épreuve.

Rappelons que les tragédies ne commencent jamais uniquement par la violence ou la brutalité. Elles deviennent possibles lorsque les consciences renoncent progressivement à leur devoir de vigilance.

Une République ne meurt pas le jour où le droit est violé. Elle commence à s’effondrer le jour où cette violation ne trouble plus les consciences de la nation.


Par – Cellou Mandela Diallo

Étudiant guinéen en master de philosophie politique à l’Université de Paris-Sorbonne, responsable de la cellule de communication de la Coalition des Étudiants Leaders de Guinée.

 

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Zéro plastique en Guinée : une décision courageuse qui mérite une stratégie à la hauteur

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Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

Le 26 mai 2026, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a publié un communiqué réaffirmant avec fermeté l’application du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024, portant interdiction totale des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée.

À compter du 20 septembre 2026, plus aucune tolérance : la fabrication et la distribution commerciale de ces produits seront définitivement bannies du territoire national.

Je salue cette décision. Sincèrement et sans réserve.

Conakry étouffe sous les sachets. Nos caniveaux en sont saturés. Nos cours d’eau en portent les stigmates. Nos enfants grandissent dans des quartiers où le sol disparaît sous une couche de polyéthylène. Cette réforme est non seulement nécessaire, mais urgente.

Le ministre Djami Diallo a raison de hausser le ton, et je l’en félicite.

Mais je veux aussi, en citoyen engagé pour l’entrepreneuriat en Guinée, apporter ma contribution à ce chantier collectif. Le ministre lui-même y invite. Et ma contribution tient en une conviction simple : interdire sans accompagner, c’est condamner sans jugement.

La force du décret et la fragilité de son silence sur les alternatives

Depuis septembre 2024, le MATD réitère l’interdiction à plusieurs reprises. Les communiqués se multiplient. Les appels aux sanctions aussi. Et pourtant, près de deux ans après, les sachets persistent sur les marchés, dans les rues, dans les mains de nos compatriotes. Pourquoi ?

Pas par mauvaise volonté. Pas par défiance. Mais parce qu’interdire sans proposer une alternative accessible et abordable, c’est demander à des gens de respirer sans air.

Un commerçant qui emballe ses denrées, une mère qui achète l’eau de ses enfants en sachet à 500 francs, un petit industriel qui emploie cinq personnes dans une unité de production d’eau : tous ces acteurs n’ont pas encore de plan B identifié, formalisé, financé.

« Si l’État pouvait trouver une solution alternative, ce serait une bonne chose. Ce n’est pas facile, mais avec une bonne sensibilisation, beaucoup finiront par y adhérer. Nous sommes dans un pays où la majorité des gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille, alors que les sachets de 500 GNF sont accessibles à tous. »

Ce citoyen anonyme dit, en une phrase, ce que beaucoup pensent. La disposition à changer existe. Ce qui manque, c’est la passerelle.

Un tissu économique entier est concerné et il mérite mieux que le silence

Pour mesurer les enjeux réels de cette transition, il faut regarder l’économie du plastique en face, telle qu’elle existe aujourd’hui en Guinée.

Prenons le seul secteur de l’eau en sachet. L’Union des Producteurs d’Eau Minérale de Guinée (UPEMGUI) estime à environ 3 000 le nombre d’unités de production recensées sur l’ensemble du territoire national.

Avec une moyenne de cinq employés par unité, ce sont potentiellement près de 15 000 emplois directs qui sont exposés à cette transition, sans compter les activités connexes : distribution, conditionnement, transport, vente au détail.

Mais l’eau en sachet n’est qu’un fragment du tableau. Le plastique à usage unique irrigue une chaîne économique bien plus large : marchés, restaurants, pharmacies, petits transformateurs agroalimentaires, entreprises industrielles et producteurs d’emballages.

Ces entreprises sont des employeurs réels, avec des investissements substantiels et des savoir-faire industriels qu’on ne peut simplement effacer par décret.

« Nous plaidons pour l’assainissement du marché sans destruction d’emplois. Des solutions existent pour encadrer le secteur tout en préservant les acquis sociaux. »

Ce que l’Afrique nous enseigne : interdire et accompagner, les deux ensemble

La Guinée n’est pas la première sur ce chemin. Elle peut apprendre des expériences vécues sur le continent, avec leurs succès et leurs limites.

Le Rwanda est la référence incontestable. En 2008, le pays des mille collines bannit les sacs plastiques. Résultat : Kigali est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres d’Afrique.

Mais le Rwanda n’interdit pas seulement. Il accompagne la loi par une taxe environnementale, un programme de collecte obligatoire à la charge des producteurs et des incitations à la production locale d’alternatives.

Le Ghana choisit également une approche structurée, avec une feuille de route nationale visant à réduire les emballages plastiques et à rendre les alternatives durables commercialement viables.

Au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal et même en Guinée, des initiatives démontrent que la transition est possible. De jeunes entrepreneurs produisent déjà des emballages biodégradables, en papier, en tissu ou à partir de matières locales.

Trois propositions concrètes pour que l’interdiction devienne une opportunité

1. Appliquer le principe « pollueur-payeur » pour financer la transition

L’État pourrait instaurer, dans une phase intermédiaire, une taxe environnementale progressive sur la production et les importations de plastiques à usage unique.

Cette taxe permettrait de décourager les pratiques actuelles tout en alimentant un Fonds de Transition Écologique destiné à financer les alternatives : équipements, startups d’emballages biodégradables et jeunes entrepreneurs engagés dans les solutions de substitution.

2. Créer une filière nationale de transformation du plastique collecté

Le plastique qui circule en Guinée n’est pas seulement une nuisance : c’est aussi une matière première.

Des entreprises africaines transforment déjà les déchets plastiques en pavés, matériaux de construction ou granulés réutilisables. L’État peut identifier, référencer et accompagner les initiatives locales pour construire une filière formelle de collecte et de valorisation.

3. Accompagner la reconversion des entrepreneurs du plastique

Les petits producteurs d’eau, fabricants d’emballages, jeunes commerçants et industriels du secteur ne doivent pas être laissés seuls face à l’échéance de septembre 2026.

Un programme de reconversion, co-piloté par le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Commerce et l’APIP, devrait proposer un diagnostic, un plan de migration vers des alternatives et un accès facilité au financement.

La Guinée a l’opportunité de faire de cette interdiction un accélérateur d’entrepreneuriat vert

L’interdiction du plastique à usage unique est, en soi, un acte politique courageux. Dans un pays où les filières informelles sont massives, où les habitudes de consommation sont profondément ancrées, imposer ce changement demande une volonté ferme. Le gouvernement guinéen l’a.

Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de communiqués publiés ni à la sévérité des sanctions annoncées. Elle se mesurera à la capacité des Guinéens à trouver, dans leurs marchés, leurs ateliers et leurs rues, des alternatives réelles, accessibles et abordables.

Elle se mesurera aussi à la capacité des entrepreneurs qui vivent du plastique à se réinventer et à rester debout.

La Guinée a l’avantage de pouvoir apprendre du Rwanda, du Ghana, du Burkina Faso et du Kenya. Elle a aussi une jeunesse entrepreneuriale créative, déjà à l’œuvre sur des solutions alternatives, qui n’attend qu’un signal clair et un appui tangible pour passer à l’échelle.

Ce signal, c’est au gouvernement de le donner, non pas en publiant un nouveau communiqué, mais en lançant un programme concret d’accompagnement de la transition.

Interdire, oui. Mais construire le monde d’après, c’est encore plus urgent.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

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