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Economie guinéenne : bilan mitigé des 10 dernières années et les actions à poursuivre pour l’année 2022.
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il y a 4 ansle
La physionomie de la Guinée, le contexte économique dans lequel vit la population, ainsi que le caractère très fragile de notre tissu social, mettent en exergue la nécessité de mener des réformes courageuses par le Gouvernement de transition. Ces reformes auront pour objectif de mettre fin à 63 années de mauvaise gouvernance et de corruption systémique afin d’extraire des millions de guinéens dans l’extrême pauvreté. Toutefois, il convient de souligner que la transition politique ne pourra en aucun cas répondre à toutes les attentes des guinéens. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle sera suivie par la transition économique qui reste du ressort du Président qui sera démocratiquement élu par la suite.
Cette analyse succincte a un triple objectif. Il s’agit tout d’abord d’apporter un certain éclairage sur l’état actuel de la situation économique, monétaire et financière de la Guinée, d’analyser l’efficacité en particulier des mesures prises au niveau budgétaires et monétaires pour l’année 2022 ainsi que de faire quelques recommandations sur les actions d’avenir.
Cependant, malgré le potentiel de développement incommensurable en termes de détention de ressources du sol et du sous-sol, l’économie guinéenne reste profondément marquée ce jour par :
- Une croissance économique plus ou moins acceptable mais très mal repartie (6,2% en moyenne de 2011 à 2021 cf . Popular Indicator de la Banque mondiale) ;
- Une croissance démographique de 2,5 % en moyenne annuelle (cf. Popular Indicator de la Banque mondiale) ;
- Un excédent commercial depuis 2017 (15,1 % du PIB par an de 2017 à 2021 cf. Balance de paiement de la BCRG) ;
- Un dette extérieure massive (avec un encours de GNF 4 510,4 Mds en 2021 contre 1,4 Mds après avoir bénéficié d’une réduction de USD 2,1 Mds de dette multilatérale en septembre 2012 avec l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés) ;
- Une masse monétaire en progression de 257,6% en 10 ans ;
- Une monnaie nationale défaillante qui a perdu sa fonction de réserve de valeur.
- Un secteur minier mal structuré et mal géré etc.
Pour faire face à ces défis, il sera nécessaire d’adopter un plan de relance de l’économie nationale dont l’objectif principal s’articulera autour de la Refondation et la Révision Générale des Politiques Publiques (RRGPP). Pour atteindre un tel objectif, un changement à la fois des mentalités mais aussi du fonctionnement des institutions du pays s’impose.
De façon spécifique il s’agit de mettre fin à la mauvaise gouvernance à travers une gestion efficiente des finances publiques, la lutte contre la délinquance économique et financière structurelle ainsi que la pauvreté.
L’essentiel des statistiques fournies dans cette analyse est le résultat du recoupement de diverses données officielles du Ministère de l’économie des finances, et du plan à travers le MSEGUI (Modèle de Simulation de l’Economie Guinéenne) de la BCRG et de la Banque mondiale (Popular Indicator).
Comment en est-on arrivé là ?
En dépit des efforts consentis par les autorités guinéennes, les principaux indicateurs macroéconomiques se sont nettement détériorés au cours des 10 dernières années car, la croissance économique est passée de 1,9% en 2011 à 7,0% en 2020 avec une prévision de 5,5% en 2021 (cf. cadrage macroéconomique de novembre 2021) contre des réalisations respectives de 10,8% en 2016 et 10,3% en 2017. Cette contre-performance s’explique par l’impact de l’épidémie EBOLA, la baisse du prix des matières premières exportés, les manifestations orchestrées par les opposants, l’attentisme né des élections législatives de 2013 et de celles présidentielles de 2015. A ces facteurs s’ajoutent la baisse des importations surtout pour les années 2015 et 2021 ainsi que l’épidémie qui a eu un impact considérable sur le mode de fonctionnement de l’économie nationale.
De plus, l’effectif civil de la fonction publique tel que résultant de la fiche des paies a atteint 108 750 fonctionnaires à fin novembre 2021 (à noté que l’Etat guinéen a mis en retraite 8 000 fonctionnaires civils et militaires entre septembre et décembre 2021), contre 99 337 en décembre 2011 avec une masse salariale en augmentation de 219,5% (GNF 285,3 Mds en 2011 vs 89,3 Mds en 2011).
Sur le marché de change, le GNF a été changé en moyenne à GNF 9 291 contre un dollar américain et GNF 10 409 contre un Euro en 2021, après respectivement GNF 6 670 contre un dollar et GNF 9 280 contre un euro soit des dépréciations nominales respectives de 39,3% et de 12,2%. Quant à la prime de change entre le marché officiel et parallèle, elle a été de -0,5% face au dollar américain et -0,4% face à l’Euro en décembre 2021 après respectivement 12,4% face au dollar américain et 10,8% face à l’Euro en 2011. Cette hausse du taux de change a entrainé l’affaissement de la valeur extérieure de la monnaie ainsi que le déficit commercial entre 2011 et 2016 (dont 13,2% du PIB par an de 2014 à 2016). Les réserves de change de la Banque Centrale s’effondrent en moyenne à moins d’un mois d’importations contre un minimum de trois (3) d’importations comme le recommande le FMI et/ou les accords de convergence dans le cadre de la création de la monnaie unique CEDEAO.
L’inflation en glissement annuel s’établit à 12,5% en glissement annuel contre 19,0% en 2011 (en passant par des taux d’inflation de moins de 10% entre 2016 et 2019) soit un gain de 6,5 points. Cette même tendance est observée au niveau de l’inflation en moyenne annuelle qui a fléchit en passant de 21,4% à 12,6% à fin décembre 2021. Selon les sources officielles, l’inflation est tirée par les prix de la composante alimentaire, en lien avec la hausse du prix du carburant à la pompe et les difficultés d’approvisionnement des marchés en produits locaux de consommation.
Sur le plan monétaire, nous assistons à l’explosion de la masse monétaire qui a progressé de 257,6% passant de GNF 11 326 en 2011 à GNF 40 503 Mds en 2021 contre GNF 37 420,6 Mds auparavant à la même période de 2020 soit un accroissement de 8%. De plus, à fin novembre 2021, le taux de liquidité de l’économie se situait à 33,3% contre 15% dans les pays qui assurent une gestion efficace de leur économie. Le résultat de ces quelques évolutions macroéconomiques est l’aggravation de la pauvreté en Guinée. De ce fait, l’indice Général de la Pauvreté a atteint 44% en 2019 (cf. site de l’Institut National des Statistiques). Quant à la pauvreté multidimensionnelle, elle touche 66,2% de la population (soit 8,220 milliers de personnes) en particulier les femmes et les enfants (cf. Rapport sur le développement humain 2020).
Les prévisions faites par le Gouvernement pour 2022 :
Suivant les prévisions faites pour l’année 2022 dans le cadrage macroéconomique parut au mois de novembre 2021, les autorités guinéennes fixent un objectif de croissance de 5,7% du PIB (Produit Intérieur Brut) contre 5,5% dans la loi de finances rectificative de septembre 2021. En ce qui concerne la monnaie, les autorités monétaires visent à atteindre un taux d’inflation de 9,5% en glissement annuel et 10,1% en moyenne annuelle. S’agissant des finances publiques, le projet de loi de finance prévoit un taux de pression fiscale de 13,9% du PIB contre 13,5% en 2020 (cf. discours du Ministre du budget devant l’Assemblée Nationale). Dans la même lancée, le Gouvernement guinéen souhaiterait avoir un niveau de déficit budgétaire de 2,5% du PIB donc inférieur à 3% conformément au critère de convergence, un maintien des réserves de changes à trois (3) mois d’importations et un taux de liquidité de l’économie à 23,3%. Quant au taux de change, il sera stabilisé à GNF 9 696 le dollar et GNF 11 962 l’Euro tout en continuant naturellement à réduire la prime de change entre le marché parallèle et officiel.
Nous ne saurons terminer cette partie sans exprimer notre reconnaissance à certains hauts cadres de ce pays qui nous ont facilité la tâche à travers la transmission des bases des données fiables. Cependant, il est à déploré que nous n’ayons pas obtenu un retour sur la prévision de l’inflation malgré notre insistance afin de nous permettre de vérifier que les données du cadrage du mois de novembre n’ont pas été révisé à la hausse ou à la baisse.
Que faire de plus pour s’assurer de l’efficacité des mesures prises par le Gouvernement de transition pour l’année 2022 ?
A notre humble avis, les autorités doivent reconsidérer certaines prévisions qui sont déjà validées et diffusées même si c’est à mi-parcours, en ce sens que l’économie guinéenne est non seulement sensible aux chocs exogènes (absence de bouclier antichocs) mais aussi, elle est championne des variations erratiques et inexplicables du niveau des indicateurs macroéconomiques quoi que l’on nous dira que ce travail est effectué par des spécialistes du domaine.
Pour nous, cette révision doit concerner surtout les projections faites sur le taux de croissance économique, le taux de change et le taux d’inflation pour ne citer que ces 3 indicateurs macroéconomiques. Il s’agit de ramener le taux de croissance économique, en prenant en compte les nombreuses incertitudes liées à la fois aux contextes national et international à 3%.
S’agissant du cas particulier du taux de change, le principal conseil que nous prodiguons au Gouvernement de transition se situe à deux niveaux. En première position, il s’agit de chercher à consolider à moyen et long terme notre excédent commercial tiré essentiellement par les mines même si nous savons qu’il s’explique en grande partie également par la baisse des importations suite à la MALADIE.
En seconde position, il faudra résoudre le déficit de la production du secteur non minier afin de répondre aux besoins de la population qui dépend des importations de biens et services. A cela, s’ajoutent l’absence de politiques de régulation des prix et d’une économie faiblement bancarisée (moins de 10% de la population détient un compte bancaire suivant les données statistiques que nous avons reçu des autorités compétentes) même si l’on soutient côté Banque Centrale que ce taux tournerait autour de 15%.
Enfin, concernant l’inflation, il serait prudent au regard de la situation actuelle qui prévaut, le niveau de la masse monétaire (à titre de rappel, la masse monétaire a doublé entre 2009 et 2010 après la prise du pouvoir par le CNDD passant d’un peu plus de GNF 5 000 Mds à GNF 10 636 Mds) ainsi que la progression de la base monétaire, de se fixer un niveau raisonnable de 13% pour 2022 contre un objectif initial de 9,5% (cf. cadrage macroéconomique du mois de novembre 2021).
Pour parvenir à hisser ce pays très haut, il est indispensable de mettre en avant la cohérence à l’action Gouvernementale. Cela passe par la séparation des mesures conjoncturelles dont l’objectif est la stabilisation macroéconomique, monétaire et financière, des mesures structurelles (ne relevant point d’un Gouvernement de transition politique) dont l’objectif sera la promotion durable de la croissance économique et la réduction de la pauvreté.
Les mesures suivantes peuvent renfoncer l’efficacité des choix faits par les autorités du pays en 2022 :
Nous pensons comme tout autre guinéen soucieux de l’avenir de notre pays que pour que l’ensemble des annonces faites par le Président du CNRD à fin décembre 2021 aient une chance d’aboutir les mesures ci-dessous s’imposent :
-
- Intensifier le combat contre la dilapidation des ressources financières et la corruption par une sécurisation accrue des régies financières conformément aux réformes menées par le dernier ministre du budget ;
- Faire des économies en poursuivant l’assainissement du fichier de la fonction publique en toute légalité ;
- Poursuivre la sécurisation des réserves de change de la nation afin de permettre au pays de faire face à ces importations sur une longue période ;
- Mettre fin à la pratique consistant de la part de certains particuliers et de certaines entreprises privées, à fixer leurs prix en devises qui n’ont pas cours légal dans le pays. Cela permettra de défendre le taux de change de la monnaie nationale en diminuant son offre sur le marché de change ;
- Enfin, d’autres réformes doivent être menées par le Gouvernement de transition comme annoncée. Il s’agit entre autres des réformes de la Justice, des Forces de Défense et de Sécurité, de la coopération technique et internationale, de la coopération Régionale et Sous-régionale, etc. Toutefois, l’économie n’étant pas une science exacte, une réforme techniquement bien conçue peut aboutir à l’échec si le contexte général de son application n’est pas propice, tout comme une mauvaise réforme peut réussir dans un contexte général favorable. La réussite de ce vaste chantier n’est possible que dans l’Unité Nationale. La Guinée étant Une et Indivisible, la consolidation de l’Unité Nationale est indispensable au progrès économique et social (Dr Badara Dioubaté, 2011).
- —————————————
Safayiou DIALLO
Economiste.
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Wi-Fi zones en Guinée : entre régulation nécessaire et réalité du terrain, comment avancer ensemble ?
Publié
il y a 1 semainele
5 avril 2026
Par Boubacar Diallo
Face à l’interdiction des « Wi-Fi zones » non autorisées par l’ARPT, une question centrale se pose : comment concilier régulation du secteur et réalité socio-économique des milliers de Guinéens qui en dépendent ?
Le 30 mars 2026, l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) a publié un communiqué rappelant que l’installation et l’exploitation de « Wi-Fi zones » sans autorisation préalable sont interdites sur l’ensemble du territoire guinéen, conformément à la loi L/2015/018.
Le régulateur appelle à la cessation immédiate de ces activités et se réserve le droit d’appliquer des sanctions.
Ce communiqué est légitime. La régulation des télécommunications est une prérogative de l’État, et les questions de sécurité des données, de qualité de service et d’interférences radio sont des préoccupations sérieuses.
Mais une question demeure : que fait-on concrètement pour les milliers de Guinéens qui dépendent de ces Wi-Fi zones, à la fois ceux qui les exploitent et ceux qui les utilisent ?
Une réalité que les chiffres ne peuvent ignorer
Les Wi-Fi zones ne sont pas apparues par hasard. Elles répondent à un déséquilibre profond entre l’offre des opérateurs et les moyens de la population.
Un abonnement Internet fixe chez un Fournisseur d’Accès Internet (FAI) coûte en moyenne 490 000 GNF par mois, soit souvent l’équivalent d’un revenu mensuel.
À l’inverse, une Wi-Fi zone de quartier propose un accès 24 heures pour environ 5 000 GNF. Pour beaucoup, ce n’est pas un luxe, mais le seul moyen d’accéder à Internet.
Ces zones permettent de chercher un emploi, suivre des formations en ligne ou rester en contact avec la diaspora.
Derrière chaque Wi-Fi zone se trouve aussi un jeune entrepreneur, qui a investi, appris et créé une activité économique locale.
Ce que le communiqué ne dit pas
Si la loi est claire, les solutions concrètes le sont beaucoup moins.
- Comment se régulariser ?
- Quels sont les coûts réels ?
- Existe-t-il un statut intermédiaire ?
Devenir FAI implique :
- Création d’une entreprise (souvent une SARL)
- Dépôt d’un dossier technique
- Homologation du matériel
- Raccordement au backbone national
Le coût total peut atteindre 25 000 à 45 000 USD, avec un minimum d’environ 18 millions GNF par mois pour la bande passante.
Un niveau inaccessible pour la majorité des jeunes opérateurs actuels.
Des modèles qui fonctionnent ailleurs
D’autres pays africains ont trouvé des solutions pragmatiques :
- Kenya : intégration des revendeurs informels comme agents agréés (modèle Poa Internet)
- Bénin : régularisation progressive avec accompagnement
- Nigeria : réseaux communautaires avec Internet plus rapide et moins cher
Le principe est simple : intégrer plutôt que réprimer.
Des pistes concrètes pour la Guinée
1. Créer un statut d’agent ou distributeur FAI
Permettre aux opérateurs locaux de distribuer légalement Internet sans devenir FAI.
2. Encourager les partenariats avec les FAI
Transformer les Wi-Fi zones en points de distribution officiels.
3. Accompagner la régularisation
Mettre en place une transition progressive avec formation et sensibilisation.
4. Adapter les coûts
Créer des tarifs accessibles aux micro-opérateurs pour élargir la base légale.
L’enjeu : fiscalité ou marché informel
Aujourd’hui, les Wi-Fi zones informelles échappent totalement à la fiscalité.
En les intégrant dans un cadre légal, l’État pourrait capter entre 20 % et 30 % de recettes fiscales sur chaque transaction.
À l’inverse, une interdiction sans accompagnement risque de renforcer le marché clandestin, sans bénéfice pour l’État ni protection pour les utilisateurs.
Un appel au dialogue
Ce débat n’oppose pas les acteurs : il appelle à une solution commune.
L’État veut réguler. Les jeunes veulent travailler. Les citoyens veulent un Internet accessible.
Ces objectifs sont compatibles.
La Guinée dispose des infrastructures, des talents et d’un régulateur capable d’accompagner cette transition.
Il reste à construire un cadre adapté — un pont entre la régulation et la réalité du terrain.
À propos de l’auteur :
Boubacar Diallo est entrepreneur dans le secteur des technologies. Il s’intéresse aux télécoms, à l’intelligence artificielle et à la FinTech.
Tribune
Guinée : pour un guichet unique de financement du secteur privé
Publié
il y a 2 semainesle
27 mars 2026
Le prochain chantier de la refondation
Par Alpha Mamoudou Danda Diallo
Les autorités guinéennes ont engagé depuis début 2026 une restructuration courageuse de l’appareil gouvernemental. Réduction du nombre de ministères, regroupement des départements par cohérence sectorielle, création de l’Agence Guinéenne de Développement : les signaux sont forts. Mais il reste un chantier majeur, encore intact : celui du financement du secteur privé.
Des réformes qui vont dans le bon sens
Il faut le reconnaître : la nouvelle architecture gouvernementale traduit une vision. Regrouper les départements de l’éducation sous un seul ministère, fédérer les agences de l’emploi et de l’entrepreneuriat au sein d’un même ensemble, c’est poser les bases d’une action publique cohérente. Fini les doublons, fini les structures qui se marchent sur les pieds.
La création de l’Agence Guinéenne de Développement (AGD) est particulièrement révélatrice de cette ambition. Inspirée du modèle rwandais, l’AGD rassemble des établissements publics longtemps dispersés dans une chaîne de valeur unique.
C’est une volonté politique forte. Elle mérite d’être saluée et soutenue. Mais il faut aller plus loin.
Un écosystème où le financement reste le verrou principal
En Guinée, l’accès au financement n’est pas un obstacle parmi d’autres. C’est le verrou. Le secteur bancaire classique reste largement fermé aux PME et aux jeunes entrepreneurs. Les exigences de garantie sont disproportionnées. Les taux d’intérêt sont très élevés.
La microfinance, bien que plus proche du terrain, ne répond pas aux besoins de financement de croissance.
Dans ce contexte, les fonds publics sont souvent le seul levier réaliste pour les entrepreneurs.
Plusieurs fonds, aucune coordination
Aujourd’hui, l’État guinéen dispose de plusieurs mécanismes publics : FONIJ, FODA, FODIP, ainsi que les programmes de partenaires comme le PNUD, Enabel ou la Banque Mondiale.
Chaque fonds a ses propres critères, procédures et outils. Aucune base de données commune. Aucune vision globale.
Le coût de la dispersion : iniquité, opacité, déperdition
La dispersion des financements crée de l’injustice. Certains bénéficient de plusieurs financements, tandis que d’autres n’en obtiennent aucun.
Elle alimente également la méfiance envers les institutions et encourage une logique de « chasse aux subventions ».
L’entrepreneur guinéen mérite un interlocuteur unique
Aujourd’hui, un entrepreneur doit naviguer entre plusieurs dispositifs, comprendre leurs différences et déposer plusieurs dossiers.
Ce système pénalise surtout les entrepreneurs ruraux et les moins informés.
La proposition : un guichet unique national de financement
La solution est de coordonner les fonds à travers un guichet unique national.
L’entrepreneur est orienté vers le bon dispositif selon son profil, avec la possibilité de combiner plusieurs financements pour un même projet.
Une base de données nationale garantit la transparence et l’équité.
Ce que l’État y gagne
Un guichet unique permet un meilleur pilotage des investissements, une meilleure transparence et une crédibilité accrue auprès des partenaires internationaux.
Appel aux autorités : finir ce qui a été commencé
La Guinée a déjà montré sa capacité à réformer. Il est temps d’appliquer cette logique au financement du secteur privé.
C’est une question d’efficacité, d’équité et de crédibilité.
Tribune
Maires de Guinée : gouverner sans salaire (Par Sally Bilaly SOW)
Publié
il y a 1 moisle
10 mars 2026
À la veille du double scrutin communal et législatif, le statut des élus communaux appelle à une réforme urgente que les pouvoirs successifs ont évitée depuis 1991.
Un membre d’un exécutif communal échu en 2024 et un membre de la Délégation Spéciale en fin d’exercice se sont vu refuser un visa parce qu’ils détenaient un passeport ordinaire. Des membres du Conseil National de la Transition (CNT) bénéficient, eux, de passeports diplomatiques. Ce paradoxe illustre, mieux que n’importe quel texte de loi, la fracture que la Guinée entretient depuis plus de trente ans entre ses élus nationaux et ses élus locaux.
À moins de deux mois des scrutins municipal et législatif du 24 mai 2025, la question du statut et de la rémunération des maires, conseillers communaux et potentiellement des conseillers régionaux ne peut plus être éludée.
Une décentralisation fondée sur des textes et non sur des moyens
L’acte fondateur remonte au 22 décembre 1985, lorsque le feu général Lansana Conté s’engageait à jeter les bases de la décentralisation. La Constitution du 23 décembre 1990 consacrait l’existence des collectivités locales et posait les contours de l’administration territoriale. Mais ses articles 89 et 90, qui délimitaient la frontière entre gestion décentralisée et gestion déconcentrée, ne précisaient pas le statut des maires ni des conseillers.
Les premières élections communales de 1991 donnaient corps à cette ambition. Une série de textes structurants suivit : délimitation des communes (1989), organisation des CRD (1990), création des 33 communes de l’intérieur (1991). En janvier 2003, Lansana Conté recommandait d’approfondir la démarche en dotant les collectivités de moyens supplémentaires. Sur le papier, l’édifice paraissait solide. Dans les faits, le pouvoir de substitution et d’annulation conféré à l’autorité de tutelle n’a jamais cessé de brider la libre administration locale.
Le Code des collectivités de 2006 : des garanties formelles, un vide financier
Le Code des collectivités locales de 2006 représente une avancée réelle. Il confère aux communes trente-deux compétences et renforce les mécanismes de participation citoyenne. Sur le statut des élus, les articles 46 à 56 établissent des protections formelles : protection contre le licenciement pour les conseillers salariés, possibilité de détachement pour les fonctionnaires, remboursement de frais sur justificatifs.
Mais la rémunération est traitée avec une ambiguïté révélatrice. L’article 53 de code dispose que « les fonctions de conseiller sont gratuites », renvoyant à un décret le soin de fixer les indemnités maximales. Ce décret a-t-il été pris ? Les articles 54 et 55 subordonnent le versement des indemnités à l’accomplissement effectif du mandat – condition juste en théorie, inapplicable lorsque les montants en jeu n’atteignent pas le seuil du salaire minimum.
La révision du code n’est intervenue qu’à la veille des élections de 2018. Cette version révisée ramenait les domaines de compétences de trente-deux à quatorze, amorçant une recentralisation du pouvoir, tout en attribuant davantage d’attributions aux conseils régionaux.
Le Code de 2017 et le conseil régional : une institution fantôme
Le Code des collectivités locales de 2017 constitue un tournant ambigu dans l’histoire de la décentralisation guinéenne. D’un côté, il réduit de trente-deux à quatorze les domaines de compétences transférés aux communes, signant un net recul de l’autonomie communale acquise depuis 1991. De l’autre, il consacre formellement le conseil régional comme nouvel échelon de gouvernance territoriale, doté d’attributions propres en matière de planification du développement, de coordination des investissements et de gestion des ressources naturelles à l’échelle régionale.
Sur le papier, cette architecture est cohérente : en concentrant certaines compétences au niveau régional, le législateur entend corriger la fragmentation et le sous-financement chronique des communes, trop nombreuses et trop démunies pour exercer efficacement les trente-deux compétences que leur conférait le code précédent. Le conseil régional devait jouer le rôle d’intermédiaire entre l’État central et les collectivités locales.
Dans les faits, cette réforme n’a jamais produit d’effets. Plus de sept ans après l’adoption du code, aucun conseil régional n’a été installé en Guinée. L’élection des conseillers régionaux prévue pour accompagner cette réforme a été reportée sine die sous le régime d’Alpha Condé. Résultat : les communes ont perdu des compétences sans que l’échelon régional censé les absorber ne soit opérationnel. Ce vide crée une zone grise administrative dans laquelle les maires ne disposent d’une autorité clairement définie sur des pans entiers de la gestion territoriale.
La question de la rémunération s’y ajoute avec une acuité particulière. Le Code de 2017 ne prévoit aucune disposition nouvelle sur le traitement des élus. Si les présidents de conseils régionaux venaient à être enfin installés après le scrutin du 24 mai 2025, ils exerceraient des fonctions à responsabilité élargie – coordonnant plusieurs communes, animant des investissements, représentant leur région auprès de l’État – sans qu’aucun texte ne fixe leur rémunération de manière contraignante. C’est la même logique qui a prévalu pour les maires depuis 1991 : confier des responsabilités sans en donner les moyens.
Un vide indécent, aux conséquences concrètes
Aujourd’hui, aucun texte public accessible ne fixe explicitement le montant des indemnités des maires guinéens. Les indemnités inférieures à un million de francs guinéens — soit moins de 100 euros. Dans certaines communes de type A, les indemnités de session n’atteignent pas le SMIG qui est de 550 000 GNF – soit 55 euros.
Les conséquences sont directement perceptibles dans les communes. Un projet de voirie reste en attente faute de suivi régulier ; un état civil est mal tenu parce que le maire cumule un autre emploi pour survivre ; un marché communal n’est pas réhabilité parce qu’aucune réunion du conseil ne peut se tenir faute de disponibilité de ses membres. Ce ne sont pas des hypothèses : ce sont les réalités documentées de dizaines de communes guinéennes.
Un élu sans indemnité digne est un élu dépendant. Contraint de maintenir une activité professionnelle parallèle pour assurer la subsistance de sa famille, il fragmente son attention, génère des conflits d’intérêts, et s’expose à la tentation de compenser par d’autres moyens. Confier des compétences à des élus sans leur en donner les moyens, ce n’est pas de la décentralisation : c’est une fiction institutionnelle.
Deux exemples d’ailleurs
Au Sénégal, le décret n°2014-1225 fixe les indemnités mensuelles à 900 000 FCFA pour les maires de communes chefs-lieux de région, 500 000 FCFA pour les chefs-lieux de département et 300 000 FCFA pour les autres communes. Même à ce niveau, l’Association des maires du Sénégal dénonce une insuffisance criante : 92 % des maires sénégalais émargent à la catégorie la plus basse, et leurs adjoints ne perçoivent que 50 000 FCFA par mois.
Au Rwanda, « le pays qui inspire nos dirigeants actuels », le maire de district est un fonctionnaire territorial soumis à des contrats de performance annuels évalués par la présidence. Son salaire net atteint 1,6 million de francs rwandais par mois – soit l’équivalent d’environ 1 100 euros – avec des avantages comparables à ceux d’un secrétaire permanent de ministère.
Une fracture institutionnelle intenable
Le contraste avec les institutions nationales est saisissant. Des débats autour d’une rémunération de 25 millions GNF – 2 500 € – mensuels ont agité Conakry pour les députés. Ce déséquilibre n’est pas un détail protocolaire, il révèle la hiérarchie réelle des priorités de l’État.
Il ne s’agit pas ici de distribuer des privilèges. Il s’agit d’une question de cohérence institutionnelle. Un parlementaire siège quelques mois par an dans la capitale. Un maire est présent 365 jours face à ses administrés, à leurs plaintes, à leurs urgences et aux décisions qui engagent le quotidien de milliers de personnes. Traiter ces deux fonctions avec une telle disparité de moyens, c’est décider que la proximité ne vaut rien. La revalorisation du statut des élus locaux n’est pas un cadeau politique à octroyer : c’est une condition de fonctionnement d’une décentralisation sérieuse.
Dans un premier temps, il n’est pas nécessaire d’aligner l’ensemble des conseillers communaux sur les avantages des parlementaires. Mais les membres de l’exécutif communal – maires, adjoints, présidents de délégation spéciale – doivent disposer d’un traitement leur permettant d’exercer leur mandat à plein temps, dans des conditions de dignité et d’indépendance.
Trois principes devraient guider cette réforme. Une indexation partielle des indemnités sur les ressources propres mobilisées par la commune permettrait de lier rémunération et performance fiscale locale. Une publication obligatoire des budgets communaux et des indemnités versées constituerait la contrepartie indispensable à toute revalorisation. Enfin, une différenciation selon la taille et les ressources de la commune éviterait un nivellement par le bas.
Le scrutin du 24 mai installera de nouveaux conseils communaux, de nouveaux députés, des conseillers régionaux et des sénateurs. Lors des cent premiers jours, nous devrions voir paraître un décret fixant les indemnités minimales de l’exécutif communal et du conseil régional. Ce ne serait pas un acte de générosité mais un acte de cohérence pour un État qui affirme vouloir décentraliser son pouvoir.
Sally Bilaly SOW
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