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64 années d’indépendance politique pour un résultat économique mitigé. 

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La physionomie actuelle de la Guinée, le contexte dans lequel vit sa population, ainsi que le caractère fragile de son tissu social, mettent en exergue la nécessité de mener des réformes courageuses par le Gouvernement de transition. Ces reformes auront pour objectif de mettre fin à 64 années de mauvaise gouvernance et de corruption systémique afin d’extraire des millions de guinéens dans l’extrême pauvreté. Toutefois, il convient de souligner que la transition politique ne pourra en aucun cas répondre à toutes les attentes des guinéens. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle sera suivie par la transition économique qui sera du ressort du futur Président démocratiquement élu. 

Cette analyse succincte a un double objectif. Il s’agit tout d’abord d’apporter un certain éclairage sur l’état actuel de l’économie guinéenne en se basant sur les indicateurs macroéconomiques clés, puis, de proposer quelques recommandations sur les actions d’avenir. L’essentiel des statistiques fournies dans cette analyse est le résultat du recoupement de diverses données officielles du Ministère de l’économie des finances, et du plan à travers le MSEGUI (Modèle de Simulation de l’Economie Guinéenne) de la BCRG et de la Banque mondiale (Popular Indicator). 

D’entrée de jeu, les données recueillies auprès de la Banque mondiale révèlent que sur la période 1990-2021 (absence des statistiques sur la période antérieure à 1990), la Guinée a été marqué par une croissance économique plus ou moins acceptable mais, très mal repartie (4,3% en moyenne pour une croissance par habitant de 1,8%). Pendant ce temps, la croissance démographique tourne autour de 2,4 % en moyenne annuelle. 

Cependant, en dépit d’une longue période de déficit commercial, la Guinée a enfin réussi à renverser la tendance depuis 2017 avec un excédent commercial de 15,1% du PIB de 2017 à 2021 (cf. Balance de paiement de la BCRG). Malgré tous les efforts fournis, elle est encore confrontée à une dette massive (avec un encours de GNF 4 510,4 Mds en 2021 contre 1,4 Mds après avoir bénéficié d’une réduction de USD 2,1 Mds de dette multilatérale en septembre 2012 avec l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés). 

De l’autre côté, les indicateurs socio-économiques disponibles sur la Guinée indiquent qu’elle se situe au bas du classement de l’Indice du Développement Humain (IDH), occupant le 178ème rang sur 189 pays classés en 2019. Selon les autorités guinéennes, un peu moins de la moitié des Guinéens (population estimée à un peu plus de 12 Millions d’habitants en 2021 dont 44% vivent sous le seuil national de pauvreté et près de 70 % n’ayant pas accès à l’eau potable et à l’électricité). Par ailleurs, l’économie est dominée par le secteur informel, avec une part estimée à 41,5% du PIB et 96% des emplois en 2019.  

Aux dernières évaluations, la Guinée reste parmi les pays les plus pauvres de la planète et de surcroit, elle fait partir des 46 Pays les Moins Avancés (PMA) en 2022 avec un faible niveau de vie (PIB est inférieur à 745 dollars US par personne), un faible IDH et un manque de diversification économique (avec une forte exposition aux chocs exogènes). 

Ces contreperformances suscitent une remise en cause profonde de notre politique économique. Certes, la rupture brutale des relations entre la France et la Guinée en 1958 dans le processus irréversible des indépendances africaines, a mis la pression sur les nouvelles autorités souveraines du pays face aux énormes besoins de volonté des autorités françaises d’alors de tout mettre en œuvre pour que le pays face amende honorable. Ce qui fût d’entrer insupportable et prohibitif pour un jeune Etat sans expérience en la matière. 

Cependant, les problèmes économiques que nous rencontrons aujourd’hui ne trouvent pas forcément leur origine dans la manière dont nous nous sommes séparés avec la métropole au moment des indépendances. Elles s’expliquent en majeure partie par le manque de vision et de détermination dont nous avons fait preuve jusque-là. Nous avons longtemps appliqué des mesures dictées par des institutions internationales (notamment le FMI et la Banque mondiale) qui ne connaissent pas totalement nos réalités quoi que représentées en Guinée. 

Pour ne pas abuser du temps du lecteur, nous pensons que l’Etat guinéen ne doit pas continuer sur cette lancée qui n’a produit qu’un mauvais résultat. Car, les réformes imposées par les institutions internationales ne sont pas fondées sur une connaissance rationnelle de notre économie. A notre avis, les autorités guinéennes doivent être en mesure de concevoir d’eux-mêmes des plans pluriannuels de développement en fonction de nos spécifités. 

Dans ce contexte, la politique économique via ses principaux instruments de politique conjoncturelle (politique budgétaire, politique fiscale, politique monétaire, politique de change, politique de la dette…) devra être utilisé sans ambiguïté. De même, sur le plan structurel, l’amélioration des conditions du développement du secteur privé et d’importants programmes d’infrastructures pour éliminer les principaux goulots d’étranglement et parvenir enfin à une meilleure croissance économique.

Pour y parvenir, l’amélioration de la transparence des actions de l’État et de la gouvernance, y compris dans le secteur-clé des industries extractives, la réduction des exonérations fiscales et douanières abusives, la modernisation de la gestion des régies financières de l’État constitueront des leviers pour atteindre cette croissance…

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Safayiou DIALLO

Economiste.  

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L’Afrique de l’Ouest : Unie par l’Histoire, Liée par l’Avenir (Par le Cercle de réflexion pour le Sénégal – Xeltu sunum Rew)

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L’Afrique de l’Ouest : Unie par l’Histoire, Liée par l’Avenir

Note de Synthèse sur l’Intégration et le Métissage Universel

1. Introduction : La Teranga au défi de l’Altérité

Le Sénégal, historiquement sanctuarisé comme la terre de la Teranga, traverse une zone de turbulences où ses fondements mêmes vacillent sous le poids de pathologies identitaires émergentes. Cette tradition séculaire de brassage humain est aujourd’hui confrontée à une myopie historique préoccupante, marquée par la montée de discours xénophobes qui visent nos frères et sœurs d’Afrique de l’Ouest. Nous assistons à un glissement périlleux : le débat légitime sur la gestion des flux migratoires et les défaillances de l’administration publique est instrumentalisé pour basculer dans une stigmatisation systématique de l’Autre. L’enjeu majeur : Comment préserver le pacte social et l’intégrité de notre nation quand l’étranger, autrefois figure sacrée de l’hôte, est transmuté en bouc émissaire de nos propres insuffisances structurelles ? La frontière entre la vigilance républicaine et la haine identitaire est devenue si poreuse qu’elle menace de rompre l’équilibre de notre cohésion nationale. Pour désamorcer cette dynamique délétère, il est impératif de déconstruire les récits de division et de rappeler que nos frontières actuelles ne sont que des cicatrices récentes sur un corps social millénaire.

2. L’Ancienneté des Liens : Quand l’Histoire ignore les Frontières

Vouloir isoler le Sénégal de son environnement immédiat relève d’un anachronisme sociopolitique. Les peuples de notre sous-région, notamment les Peuls (Fulɓe), forment une unité culturelle et linguistique — le Pulaar ou Fulfulde — qui tisse un pont vivant entre plus de vingt pays. Historiquement, le Fouta-Toro et le Fouta-Djallon n’étaient pas des entités étrangères l’une à l’autre, mais les deux poumons d’un même organisme historique. Avant que la colonisation n’impose ses découpages administratifs, quatre réseaux fondamentaux assuraient la fluidité de cet espace :

  • Réseaux religieux : La constitution des États musulmans aux XVIIIe et XIXe siècles a favorisé l’émergence de véritables « communautés épistémiques », où la circulation des savants et des manuscrits ignorait les distances.
  • Réseaux familiaux : Des siècles de transhumance et d’alliances matrimoniales ont créé une toile de parenté si dense que la notion de « nationalité » pure devient une fiction biologique.
  • Réseaux commerciaux : Les circuits marchands et pastoraux ont structuré l’économie de la Sénégambie et du Mali bien avant l’avènement des douanes modernes.
  • Réseaux intellectuels : La mobilité des élites lettrées a forgé un socle de valeurs partagées, garantissant une continuité de pensée de Dakar à Conakry. L’indépendance de la Guinée en 1958 n’a pas créé une nouvelle migration, mais a simplement inscrit dans un cadre post-colonial une continuité de mouvements organiques. Les frontières héritées sont des superpositions administratives sur une réalité humaine préexistante, nous imposant de repenser la nationalité non comme une barrière, mais comme une composante d’un héritage partagé.

3. L’Interdépendance Économique : Un Destin Commun

Le repli sur soi est une illusion suicidaire dans un monde globalisé. Au sein de la CEDEAO, la libre circulation n’est pas une concession généreuse, mais le carburant de notre croissance collective. Le Sénégal, loin d’être une île, est le bénéficiaire direct d’un marché régional intégré.

Mythes vs Réalités Économiques

Mythes Xénophobes, Réalités Factuelles

«  » »Les étrangers accaparent nos ressources. » » », »Les immigrés sont des investisseurs locaux, créateurs de marchés et contributeurs fiscaux essentiels à la dynamique urbaine. »

«  » »L’immigration est la source de la précarité. » » », »Le chômage et l’inflation découlent de choix politiques et de contraintes structurelles, et non de la présence de voisins africains. »

«  » »Le protectionnisme garantit la souveraineté. » » »,La souveraineté réelle est régionale. Le Sénégal dépend vitalement de partenaires comme le Mali ; déstabiliser la confiance avec un voisin (ex: la Guinée) fragilise tout l’écosystème CEDEAO.

La prospérité de notre pays est intrinsèquement liée à sa capacité à demeurer ce carrefour d’échanges qu’il a toujours été. La fragmentation de cet espace ne ferait qu’appauvrir l’ensemble des acteurs.

4. Les Signaux d’Alerte : Du Langage à la Déshumanisation

L’ingénierie de la haine suit un protocole universel que l’histoire nous commande de reconnaître. Les tragédies de l’Allemagne nazie, du Rwanda ou les crises sud-africaines ne sont pas nées spontanément ; elles ont été préparées par la « normalisation » du discours de rejet. Le passage de l’acte individuel (une fraude documentaire, par exemple) au stigmate collectif est le déclencheur de la déshumanisation. Les trois étapes clés de cette fracture sociale sont :

  1. La corruption du langage : L’usage de termes déshumanisants (« parasites », « envahisseurs ») transforme un groupe humain en une pathologie à traiter, anesthésiant ainsi la vigilance démocratique.
  2. L’amalgame et la généralisation : C’est ici que l’individu disparaît derrière la communauté. On ne juge plus un délit, on condamne une origine. C’est le mécanisme même qui a permis le passage des lois de Nuremberg (exclusion institutionnelle) à la violence de masse.
  3. La déshumanisation sociale : Inspirée par les rhétoriques de type « Radio Mille Collines », cette phase rend l’agression socialement acceptable, voire nécessaire, aux yeux d’une population dont on a saturé l’esprit de peurs irrationnelles. Face à ces mécanismes, la seule réponse viable réside dans une réaffirmation intransigeante des valeurs républicaines et de la dignité humaine.

5. Note d’alerte institutionnelle : Mesures pour un Patriotisme Civique

Pour stopper l’érosion de notre cohésion sociale, l’État et la société civile doivent coordonner une réponse systémique. Voici les piliers de cette ingénierie de la résilience :

Justice et Application de la Loi
  • Fermeté impartiale : L’État doit sanctionner les fraudes administratives ou commerciales avec rigueur, mais sans distinction d’origine. La sanction doit demeurer individuelle pour ne jamais nourrir le discrédit collectif. C’est le pilier de la confiance envers les institutions.
  • Sécurité juridique : Garantir que tout étranger en situation régulière jouisse d’une protection totale, réaffirmant ainsi que le Sénégal est un État de droit et non de privilèges ethniques.
Régulation des Médias et Numérique
  • Lutte contre l’infodémie de la haine : Mettre en place une veille rigoureuse contre la désinformation sur les réseaux sociaux. La liberté d’expression ne saurait couvrir l’incitation à la violence ou le harcèlement communautaire.
  • Responsabilisation des leaders d’opinion : Inciter les autorités religieuses et coutumières à porter un discours de désamorçage, car la parole publique est le premier rempart contre la barbarie.
Éducation et Dialogue
  • Promotion du Métissage Universel : mieux intégrer dans les programmes scolaires l’histoire de la longue durée (Empire du Mali, Sénégambie) pour démontrer que notre diversité est notre structure fondamentale.
  • Comités locaux de veille citoyenne : Créer des espaces de médiation de proximité pour détecter les tensions locales et les résoudre par le dialogue avant qu’elles ne soient instrumentalisées par des entrepreneurs de la haine.

6. Conclusion : Choisir le Métissage Universel

Le métissage universel n’est pas une abdication de la souveraineté, mais la célébration de notre identité profonde. De l’Empire du Mali aux espaces de circulation de la Sénégambie, l’histoire nous enseigne que les sociétés les plus résilientes sont celles qui transforment leur pluralité en levier de puissance. Une nation forte n’est pas celle qui cherche la pureté dans l’exclusion, mais celle qui reconnaît en chaque étranger un miroir de sa propre trajectoire historique. Le Sénégal doit choisir son modèle : celui du repli et de la peur, ou celui de l’ouverture et de l’intelligence collective. La force d’une nation réside dans sa capacité à transformer sa diversité en richesse commune, garantissant à chaque individu, quelle que soit son origine, une égalité de dignité devant la loi.

Papier signé par Cercle de réflexion pour le Sénégal – Xeltu sunum Rew

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Guinée : le silence des consciences face à la déchéance politique et morale

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Alors que la Guinée est plongée dans l’émotion après la mort de Mamadou Djouma Bah, décédé à la suite de son placement en détention, que l’opinion est profondément choquée par la diffusion de vidéos de violences sexuelles et que les disparitions forcées continuent d’endeuiller de nombreuses familles, Cellou Mandela Diallo s’interroge sur la responsabilité des consciences face à ce qu’il considère comme une profonde déchéance politique et morale.

Au-delà des clivages partisans, il appelle les intellectuels et les autorités morales et spirituelles à rompre le silence et à défendre la vérité et la dignité humaine avant qu’il ne soit trop tard.

Qui sifflera la fin de la récréation ?

Les consciences d’une nation ne se reconnaissent pas à la place qu’elles occupent (imams, présidents de coordinations régionales, chercheurs ou autres), elles se reconnaissent au courage avec lequel elles défendent la vérité lorsque celle-ci devient inconfortable.

Combien de drames faudra-t-il encore avant que les consciences ne s’éveillent ? Combien de disparitions forcées, de morts en détention, de victimes de violences sexuelles et de libertés sacrifiées faudra-t-il encore avant que la République retrouve le sens de ses propres principes ?

La mort de Mamadou Djouma Bah, élève de 17 ans, après son placement en détention dans une affaire de fraude au baccalauréat, a profondément bouleversé l’opinion. Au-delà des circonstances précises de ce drame, qui devront être établies avec toute la rigueur nécessaire, une question me taraude particulièrement l’esprit : que devient notre République lorsque des citoyens, mineurs, entrent en prison sous la protection de l’État et que leur sort suscite de si graves interrogations ?

Comme si cela ne suffisait pas, les disparitions forcées continuent de plonger des familles dans une attente insoutenable, tandis que les violences sexuelles se multiplient avec une brutalité qui heurte la conscience collective. À force d’accumuler les tragédies, je me demande s’il s’agit d’une simple crise politique ou si au contraire nous assistons à une déchéance plus profonde de notre conscience nationale.

Une République n’attend pas seulement de ses institutions qu’elles gouvernent. Elle attend aussi de ses consciences qu’elles veillent.

Les consciences n’exercent pas le pouvoir politique. Elles lui rappellent ses limites. Elles rappellent que la force ne crée jamais le droit, que la raison d’État ne saurait justifier l’injustice et que la dignité humaine demeure la frontière que nul pouvoir ne devrait franchir. Elles sont la mémoire vivante des principes lorsque les circonstances invitent à les oublier.

Depuis près de sept décennies, notre pays semble condamné à revivre les mêmes drames sous des formes différentes. Le camp Boiro, les massacres de janvier-février 2007, le massacre du 28 septembre 2009 et, aujourd’hui, les disparitions forcées constituent autant de blessures qui continuent de marquer notre mémoire collective. Chaque époque possède son contexte, ses acteurs et ses responsabilités. Pourtant, une même constante traverse notre histoire : chaque fois que la dignité humaine recule, la République s’affaiblit.

Le véritable enseignement de cette histoire n’est pas de raviver les rancœurs ni de distribuer les fautes entre les générations. Il est de comprendre que le silence des consciences a toujours un coût. Et ce coût, la Guinée l’a payé trop souvent, trop longtemps et trop cher.

Face aux disparitions forcées, des familles vivent dans l’attente, sans savoir si leurs proches sont encore en vie. Face aux décès qui se multiplient dans les établissements pénitentiaires, une interrogation finit par hanter les esprits : nos prisons remplissent-elles encore leur mission de justice ou sont-elles en train de devenir les antichambres de la morgue ? Face aux violences sexuelles qui bouleversent régulièrement l’opinion, notamment lorsqu’elles visent des enfants, le sentiment s’installe que la société tout entière est en train de perdre ses repères.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas la succession de ces drames, mais plutôt le risque que nous finissions par nous y habituer.

Car une société ne s’effondre pas seulement lorsque la violence progresse. Elle s’affaiblit lorsque cette violence cesse d’indigner.

C’est précisément à ce moment que les consciences deviennent indispensables.

Toute République repose sur un équilibre fragile : les institutions gouvernent, les consciences veillent. Les premières organisent la vie de la cité ; les secondes rappellent que le pouvoir ne trouve sa légitimité que dans le respect des principes qui protègent la dignité humaine.

Cette responsabilité ne consiste pas à conquérir le pouvoir ni à arbitrer les débats partisans. Elle consiste à dire le juste lorsque la force prétend s’y substituer, à défendre la vérité lorsqu’elle devient inconfortable et à rappeler que la justice n’est pas une faveur accordée par les gouvernants, mais un droit dû à chaque citoyen.

Toute tradition républicaine repose sur une idée simple : la parole publique engage.

Montesquieu voyait dans la vertu le principe même de la République. Rousseau rappelait qu’une société commence à se corrompre lorsque les lois et les engagements cessent d’obliger ceux-là mêmes qui les ont proclamés. C’est précisément dans ces moments que les consciences prennent toute leur importance.

À cet égard, les prises de parole du cardinal Robert Sarah rappellent avec constance que la dignité humaine, la vérité et la fidélité à la parole donnée ne sauraient être sacrifiées aux intérêts du pouvoir. Le courage de l’écrivain Tierno Monénembo mérite également d’être salué. Malgré les critiques et les menaces, il continue de faire entendre une voix libre, rappelant que le premier devoir d’une conscience est de demeurer fidèle à la vérité.

Dans un pays où l’islam est la religion de la très grande majorité des citoyens, les responsables religieux musulmans portent eux aussi une responsabilité historique. Leur mission n’est pas de choisir un camp politique. Elle est d’éclairer les consciences chaque fois que la justice, la vérité ou la dignité humaine sont mises à l’épreuve. Leur parole peut réconforter les victimes, interpeller les gouvernants et rappeler à toute la Nation qu’aucune autorité n’est au-dessus des exigences morales qui fondent la paix et la cohésion d’un peuple.

Les responsables religieux ne sont pas les gardiens d’un pouvoir.

Ils sont les gardiens d’une conscience.

Et lorsque les consciences vacillent, le silence des autorités morales devient lui-même un message. Il est important de rappeler que les gouvernements passent, les régimes se succèdent, mais les principes qui fondent la République doivent demeurer.

La Guinée ne manque ni d’intelligence, ni de femmes et d’hommes de conviction, ni d’autorités morales capables d’éclairer la Nation. Ce qui lui manque aujourd’hui, c’est peut-être une parole collective suffisamment forte pour rappeler que certaines limites ne peuvent être franchies sans mettre en péril l’âme même de la République.

Les générations futures ne nous demanderont pas seulement qui gouvernait. Elles nous demanderont ce que nous avons fait lorsque la vérité, la justice et la dignité humaine étaient mises à l’épreuve.

Rappelons que les tragédies ne commencent jamais uniquement par la violence ou la brutalité. Elles deviennent possibles lorsque les consciences renoncent progressivement à leur devoir de vigilance.

Une République ne meurt pas le jour où le droit est violé. Elle commence à s’effondrer le jour où cette violation ne trouble plus les consciences de la nation.


Par – Cellou Mandela Diallo

Étudiant guinéen en master de philosophie politique à l’Université de Paris-Sorbonne, responsable de la cellule de communication de la Coalition des Étudiants Leaders de Guinée.

 

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Zéro plastique en Guinée : une décision courageuse qui mérite une stratégie à la hauteur

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Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

Le 26 mai 2026, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a publié un communiqué réaffirmant avec fermeté l’application du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024, portant interdiction totale des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée.

À compter du 20 septembre 2026, plus aucune tolérance : la fabrication et la distribution commerciale de ces produits seront définitivement bannies du territoire national.

Je salue cette décision. Sincèrement et sans réserve.

Conakry étouffe sous les sachets. Nos caniveaux en sont saturés. Nos cours d’eau en portent les stigmates. Nos enfants grandissent dans des quartiers où le sol disparaît sous une couche de polyéthylène. Cette réforme est non seulement nécessaire, mais urgente.

Le ministre Djami Diallo a raison de hausser le ton, et je l’en félicite.

Mais je veux aussi, en citoyen engagé pour l’entrepreneuriat en Guinée, apporter ma contribution à ce chantier collectif. Le ministre lui-même y invite. Et ma contribution tient en une conviction simple : interdire sans accompagner, c’est condamner sans jugement.

La force du décret et la fragilité de son silence sur les alternatives

Depuis septembre 2024, le MATD réitère l’interdiction à plusieurs reprises. Les communiqués se multiplient. Les appels aux sanctions aussi. Et pourtant, près de deux ans après, les sachets persistent sur les marchés, dans les rues, dans les mains de nos compatriotes. Pourquoi ?

Pas par mauvaise volonté. Pas par défiance. Mais parce qu’interdire sans proposer une alternative accessible et abordable, c’est demander à des gens de respirer sans air.

Un commerçant qui emballe ses denrées, une mère qui achète l’eau de ses enfants en sachet à 500 francs, un petit industriel qui emploie cinq personnes dans une unité de production d’eau : tous ces acteurs n’ont pas encore de plan B identifié, formalisé, financé.

« Si l’État pouvait trouver une solution alternative, ce serait une bonne chose. Ce n’est pas facile, mais avec une bonne sensibilisation, beaucoup finiront par y adhérer. Nous sommes dans un pays où la majorité des gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille, alors que les sachets de 500 GNF sont accessibles à tous. »

Ce citoyen anonyme dit, en une phrase, ce que beaucoup pensent. La disposition à changer existe. Ce qui manque, c’est la passerelle.

Un tissu économique entier est concerné et il mérite mieux que le silence

Pour mesurer les enjeux réels de cette transition, il faut regarder l’économie du plastique en face, telle qu’elle existe aujourd’hui en Guinée.

Prenons le seul secteur de l’eau en sachet. L’Union des Producteurs d’Eau Minérale de Guinée (UPEMGUI) estime à environ 3 000 le nombre d’unités de production recensées sur l’ensemble du territoire national.

Avec une moyenne de cinq employés par unité, ce sont potentiellement près de 15 000 emplois directs qui sont exposés à cette transition, sans compter les activités connexes : distribution, conditionnement, transport, vente au détail.

Mais l’eau en sachet n’est qu’un fragment du tableau. Le plastique à usage unique irrigue une chaîne économique bien plus large : marchés, restaurants, pharmacies, petits transformateurs agroalimentaires, entreprises industrielles et producteurs d’emballages.

Ces entreprises sont des employeurs réels, avec des investissements substantiels et des savoir-faire industriels qu’on ne peut simplement effacer par décret.

« Nous plaidons pour l’assainissement du marché sans destruction d’emplois. Des solutions existent pour encadrer le secteur tout en préservant les acquis sociaux. »

Ce que l’Afrique nous enseigne : interdire et accompagner, les deux ensemble

La Guinée n’est pas la première sur ce chemin. Elle peut apprendre des expériences vécues sur le continent, avec leurs succès et leurs limites.

Le Rwanda est la référence incontestable. En 2008, le pays des mille collines bannit les sacs plastiques. Résultat : Kigali est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres d’Afrique.

Mais le Rwanda n’interdit pas seulement. Il accompagne la loi par une taxe environnementale, un programme de collecte obligatoire à la charge des producteurs et des incitations à la production locale d’alternatives.

Le Ghana choisit également une approche structurée, avec une feuille de route nationale visant à réduire les emballages plastiques et à rendre les alternatives durables commercialement viables.

Au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal et même en Guinée, des initiatives démontrent que la transition est possible. De jeunes entrepreneurs produisent déjà des emballages biodégradables, en papier, en tissu ou à partir de matières locales.

Trois propositions concrètes pour que l’interdiction devienne une opportunité

1. Appliquer le principe « pollueur-payeur » pour financer la transition

L’État pourrait instaurer, dans une phase intermédiaire, une taxe environnementale progressive sur la production et les importations de plastiques à usage unique.

Cette taxe permettrait de décourager les pratiques actuelles tout en alimentant un Fonds de Transition Écologique destiné à financer les alternatives : équipements, startups d’emballages biodégradables et jeunes entrepreneurs engagés dans les solutions de substitution.

2. Créer une filière nationale de transformation du plastique collecté

Le plastique qui circule en Guinée n’est pas seulement une nuisance : c’est aussi une matière première.

Des entreprises africaines transforment déjà les déchets plastiques en pavés, matériaux de construction ou granulés réutilisables. L’État peut identifier, référencer et accompagner les initiatives locales pour construire une filière formelle de collecte et de valorisation.

3. Accompagner la reconversion des entrepreneurs du plastique

Les petits producteurs d’eau, fabricants d’emballages, jeunes commerçants et industriels du secteur ne doivent pas être laissés seuls face à l’échéance de septembre 2026.

Un programme de reconversion, co-piloté par le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Commerce et l’APIP, devrait proposer un diagnostic, un plan de migration vers des alternatives et un accès facilité au financement.

La Guinée a l’opportunité de faire de cette interdiction un accélérateur d’entrepreneuriat vert

L’interdiction du plastique à usage unique est, en soi, un acte politique courageux. Dans un pays où les filières informelles sont massives, où les habitudes de consommation sont profondément ancrées, imposer ce changement demande une volonté ferme. Le gouvernement guinéen l’a.

Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de communiqués publiés ni à la sévérité des sanctions annoncées. Elle se mesurera à la capacité des Guinéens à trouver, dans leurs marchés, leurs ateliers et leurs rues, des alternatives réelles, accessibles et abordables.

Elle se mesurera aussi à la capacité des entrepreneurs qui vivent du plastique à se réinventer et à rester debout.

La Guinée a l’avantage de pouvoir apprendre du Rwanda, du Ghana, du Burkina Faso et du Kenya. Elle a aussi une jeunesse entrepreneuriale créative, déjà à l’œuvre sur des solutions alternatives, qui n’attend qu’un signal clair et un appui tangible pour passer à l’échelle.

Ce signal, c’est au gouvernement de le donner, non pas en publiant un nouveau communiqué, mais en lançant un programme concret d’accompagnement de la transition.

Interdire, oui. Mais construire le monde d’après, c’est encore plus urgent.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

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