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Récit d’un voyage à Conakry (Par Abdoul Karim Diallo)

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[Attention: texte un peu long]

20h20, atterrissage à l’Aéroport International de Conakry, de loin à l’approche, on est vite attiré par les cours d’eau qui longent la piste d’atterrissage, mais aussi par des petites maisons en forme de cube, ce sont les petites maisons qui forment le quartier populaire de Gbessia près duquel est situé l’aéroport.
À la descente d’avion, une chose nous interpelle vite, le nombre d’agent de sécurité, militaires et policiers postés là. ‘’De façon officielle’’, c’est pour maintenir les mesures de distanciation sociale. Une vingtaine d’agents pour à peine une centaine de voyageurs. Occupé à chercher mon passeport pour passer le poste de police, un agent sur un ton martial nous martèle : eh vous là-bas restez dans le rang! Je regarde derrière moi, c’est à une vielle dame qui a l’air fatigué qu’on s’adresse. En effet on se dit bienvenue en Guinée. Cela faisait longtemps mais tu t’y habitueras vite! De toute évidence, j’ai tout intérêt à faire profil bas parce que je n’ai besoin d’aucune embrouille.
Quand on sort de l’aéroport de Conakry on est un peu perdu, effaré, même si (ce qui est dans mon cas), nous sommes nés ici et avons grandi ici. On est instantanément accueilli par cette odeur fortement désagréable et acre de dioxyde de carbone. Un mélange de fuite d’essence, de fumé d’échappement, mais aussi de ce nuage de poussière qui se perçoit même en ce début de soirée de ce mois de février. S’ajoute à cela les odeurs provenant l’accumulation sauvage des déchets dans les caniveaux le long de la voirie.
Le masque sert bien à autre chose ici qu’à lutter contre la Maladie.
J’avais entendu que les services de nettoyages de la ville faisaient des progrès, je n’en ai rien vu de tel!
Un monsieur qui m’accompagnais ou qui me suivais sans ma demande jusqu’à la sortie du hall d’arrivé me réclame acharnement et d’une manière éhontée le prix de l’eau, ” yé saré”, formule de corruption pour ceux qui ne sont pas initiés! Je viens de me rappeler j’avais oublié.
Un désordre hallucinant se trimballe sous nos yeux, c’est à peine si on se sent pas de suite agressé par les taxis et autres propositions Cela ne tiens qu’à notre interprétation du mot agression, perso je le sentais. Qu’à cela ne tienne, j’ai dans mon cas eu la chance de retrouver rapidement mon cousin venus me chercher. Notre trajet fut ponctué par une conversation sur l’actualité du pays.

De temps en temps, à intervalle presque régulier on est rappelé à la réalité par les nids de poule qui se répande tout au long de la route. «L’autoroute» tenez-vous bien! Sur tous les ronds-points presque, et sur pas mal d’autres endroits de la plus grande route de la capitale! «lawongol modja» je fais remarquer à mon cousin « la wol alla koto» me réplique t-il.

J’ai eu à travers ce chemin de retour à la maison poser le premier regard sur l’état du pays. Le premier constat est alarmant à l’image d’une partie de cette route. La dégradation des infrastructures est ahurissante, l’anarchie est visible partout, elle est totale. L’absence d’ordre est flagrante et le service de maintien d’ordre routières inefficace et inopérant. La corruption est, on le perçoit vite le maître mot.
– J’ai pu percevoir d’un simple coup d’œil la détresse des gens, la colère normale des usagers, la démission de l’état, des scènes et pratiques d’une autre époque ou des policiers tapis à l’ombre aux aguets et à l’affût du moindre couac pour venir réclamer à cors et à cris des papiers à des citoyens usagers. Un moyen de les extorquer des sous et les renvoyer Manu militari finir les discussions entre les 2 parties.
– J’ai pu percevoir le mépris de certaines personnes qui montrent des signes d’aisance matérielle face à des pauvres gens. La violence verbale face à ceux qui sont là pour se démerder afin de survivre et de s’assurer son pain quotidien.
– Le manque d’éducation d’une franchise de la population est vite apercevable.
J’ai vu pour ne pas faire suivre une litanie de mauvais constat, le résultat des 10 années de gouvernance du régime actuel.
Qu’est ce qui a changé me demandais-je?!
Je connais bien cet aéroport, ou du moins la route qui y mène. Quand je faisais mes études à l’Université Kofi Annan de Guinée en 2008, j’y venais presque chaque soir avec mon cousin pour faire des recherches sur internet dans le bureau de mon tuteur. Il était un des directeurs à l’aéroport. Nous étions dans les débuts de l’informatique à grande échelle en Guinée, et on avait cette chance d’aller passer la nuit dans son bureau pour faire des recherches sur internet.
Qu’est ce qui a changé ? je me souviens qu’à l’époque, les panneaux solaires sur l’autoroute étaient lumineux, pour la plus part en tout cas! Qu’a-t-on fais de l’entretien? Quid de la pérennisation?
Je me souviens que le décor au sortir de l’aéroport ressemblaient un tant soit peu à quelque chose une petite ville moyenne avec un visage, mais qui était loin de cette cacophonie, de cette laideur, et de ce tohu-bohu que je constate ce soir.
Le décor ce soir, Un mélange de constructions on dirait pour certaines des riches demeures californiennes, pour d’autres des maisons asiatiques et pour d’autres des architectures à la française, sauf que pour tout ça, ce n’est aucunement ça ! On aurait dit une énorme contrefaçon à ciel ouvert tape à l’œil, je passe… il n’y a jamais eu de service qualité et contrôle dans le pays, pas de plan d’urbanisation, on a l’air de penser, les dégâts futurs sur l’urbanisme ça n’existera p-è pas crois-t-on ici, où je ne sais pas, je ne suis pas au courant de ce qu’ils pensent.

Le lendemain j’empruntais la route le prince pour aller saluer ma belle-famille vers Hamdallaye, cette route qui, j’étais heureux autrefois d’emprunter et d’arpenter quand je partais étudiant faire mes quelques courses du quartier Cosa vers la ville, ne ressemble plus à pas grand-chose aujourd’hui! J’ai eu le dur vécu de passer entre la cimenterie et et Hamdallaye un plus de 2 heures de bouchons, un peu plus de 9km de tronçon! Aujourd’hui encore ça va un peu s’écrie le chauffeur de la famille. Il n’y a pas de délégation ou de visiteur venant de l’étranger! Pour tout dire l’état des routes ressemblent vraiment à des restes de scènes de guerres, tout est en lambeau, le tohu-bohu et capharnaüm qui s’entre mêle dis à peine son nom. La salve de destruction des maisons et édifices privés rajoute son lot de misère à la scène.

Dans les ronds-points il y a 2 réactions possibles, soit on est zen à l’extrême, et d’ailleurs plus qu’un bouddhiste mahayana donc on en rit, ou on sourit, ou on est trop attentif et alarmiste comme j’ai tendance à l’être et on est stupéfait 😧 et voir même un peu peur. J’ai eu peur pour tout avouer. L’état du pays face au reste du monde fait peur à tout consciencieux.

Qu’a-t-on fais depuis 10 ans, je me pose comme question. J’ai aperçu de loin sur mon chemin de retour le fameux Sheraton, les 2 tours jumelles et j’ai vu lors de mon passage en ville, l’hôtel Kaloum, puisque j’ai résidé quelque nuits à la Riviera royale qu’on ne me décris plus donc. Est-ce à cela que se résume 10 années d’investissements. J’avoue je ne comprenais pas trop, tant j’aurais souhaité voir ce changement dont on parle souvent à ceux qui sont à l’extérieur du pays.
Pour l’instant j’attends. En mon for intérieur j’aurai tellement aimé voir plus! Hélas!
La dégradation du bâtiment abritant l’assemblée nationale n’a d’égale que l’insolence des voitures 4*4 qui stationnent devant.
Vers le palais du peuple, un des soirs de la ville, vite dans ma tête des interrogations me saisissent, un calcul approximatif :
– Que fais-t-on des 70 millions de tonnes de bauxites par an soit 5milliards 250 millions si la tonne est à 15$, pour ces 5 dernières année ! Qu’en a fait l’état guinéen?

– Qu’a-t-on fais des 700M$, de Rio Tinto ?

– Que feront-ils des 148 millions de prêt du FMI au compte du PPTE recent ?
Qu’advient des 14 milliard de dollars de SMB Wining ?
Que fais l’état guinéen des 20 milliard de $ de prêt de cadre de la chine ?
Que fait-il des millions de dollars des recettes portuaires et douaniers?
Qu’on-t-il fait de ?
Qu’on-t-il fait de … ?
Et que sais-je encore!
Autant d’interrogation dans ma tête!
– Il est évident que les dirigeants actuels doivent des comptes à ce peuple!
– Il est évident que les dirigeants actuels pour le plus grand nombre si peu sensés soient ils doivent éternellement baissés leur regards face à leurs fils et filles biologiques.
– Il n’y a aucun orgueil à dire je suis fils d’anciens ministre de ce régime! A quelques petites exceptions près. C’est une Absolue honte.
– Il est évident que les dirigeants actuels de ce pays n’ont aucune honte sinon finiraient par poser purement et simplement leur démission. Tant l’échec est retentissant.
– Il est évident que ce peuple s’est battu, mais qu’il est à présent à tout bout de champs définitivement résigné, je dis cela je ne vis pas là-bas !
Mais je suis sûr que ce que j’ai vu n’a aucun sens pour toute personne qui verrait de façon normale.

J’ai presque en une semaine subi de traumatisme à chaque mètre carré foulé par ce que je vois et vis que j’en ai plus subi ces dernières années. La corruption, un exemple: Pour recevoir un certificat attestant de positivité suite à un test de la maladie, il faut faire intervenir un « sabou» connaissance ou personne sensée faciliter une affaire, jusque-là pour dire! Et cela est normale ici. Et souvent ce dernier reçoit une contrepartie de son service.
Pour moi, J’ai terminé mon séjour par me reposer à l’intérieur du pays. Une anecdote drôle dont je ris à ris à mon retour, ce que j’ai dû me résoudre à oublier, mes merci, bonne journée, au revoir, auxquels je suis pourtant très familier et attaché.

Un chemin long me mena à l’intérieur du pays. 6h pour 112 km de piste et son lot de calvaire. Un champ pour ne pas dire une route qui s’apparente plus à un décor martien renvoyés par des rover d’exploration qu’une route nationale, aujourd’hui, en 2021. Bref je quittai Conakry à midi pour arriver vers 18h et demie à Kindia! On peut aisément imaginer! Au moins une fois arrivée un paysage magnifique et un décore idyllique m’y attendais de quoi et besoin y était de retrouver un peu de calme et sérénité.
Ce séjour, je ne suis pas prêt à l’oublier de sitôt.

Abdoul Karim Diallo

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Guinée : quatre recensements, une même urgence — il est temps de donner à la jeunesse l’architecture d’emploi qu’elle mérite

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Pour une politique intégrée d’emploi, d’entrepreneuriat, de sport et d’engagement civique au service de 17,5 millions d’habitants

Par Alpha Mamoudou Danda Diallo

Les autorités guinéennes ont placé la jeunesse au cœur des priorités nationales. La restructuration du gouvernement début 2026, la transformation de la Direction Nationale de l’Emploi et de l’Auto-emploi des Jeunes en Direction Nationale de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat Jeune (DNEEJ), le nouveau cap fixé par le Ministre de la jeunesse et des sports faisant du sport un instrument au service du développement, de l’insertion des jeunes et de rayonnement de la Guinée : les signaux sont forts.

Cette orientation stratégique, clairement affirmée, constitue une opportunité majeure. Et pour que cette ambition produise des résultats concrets, elle doit s’appuyer sur un diagnostic précis, des données fiables et une architecture institutionnelle à la hauteur du défi démographique.

Quatre recensements, une trajectoire sans précédent

Pour comprendre l’urgence, il faut lire l’histoire démographique de la Guinée à travers ses quatre Recensements Généraux de la Population et de l’Habitation. Cette lecture intercensitaire, rarement mobilisée dans le débat public, raconte une trajectoire saisissante.

En 1983, lors du premier recensement (RGPH-1), la Guinée comptait 4,66 millions d’habitants, dont 41,6% avaient moins de 15 ans et environ 55% moins de 35 ans. En 1996, le RGPH-2 enregistrait 7,16 millions d’habitants, avec une part des moins de 15 ans passée à 45,6% et celle des moins de 35 ans estimée à environ 67%. En 2014, le RGPH-3 dénombrait 10,52 millions d’habitants, avec 77,4% de la population sous 35 ans. Et le RGPH-4, publié le 25 février 2026, livre un verdict inédit : 17,52 millions d’habitants, un âge moyen de 22,2 ans et près de 79% de la population sous 35 ans.

La population jeune a été multipliée par 5,4 en quarante-deux ans, alors que la population totale a été multipliée par 3,8. Ce n’est pas un simple chiffre démographique : c’est une pression structurelle croissante sur un marché du travail qui n’a pas évolué au même rythme.

Le RGPH-4 confirme également une urbanisation rapide — la population urbaine a quasi doublé depuis 2014, passant de 3,66 à 6,78 millions — et une recomposition géographique majeure : la région de Kankan dépasse désormais Conakry en population totale, avec 4,1 millions d’habitants contre 3,4 millions.

La Guinée est, par sa structure démographique, l’un des pays les plus jeunes d’Afrique de l’Ouest. Cette jeunesse est un atout considérable — à condition de lui offrir les moyens concrets de contribuer à la croissance.

Un dividende démographique qui attend d’être activé

Les démographes parlent de « dividende démographique » lorsqu’une population jeune et nombreuse devient un moteur de croissance économique. Mais ce dividende n’a rien d’automatique. En 2014, le rapport de dépendance en Guinée était de 94,8% — bien au-dessus du seuil de 80% généralement retenu. Cela signifie que chaque actif supporte presque un inactif.

L’Enquête Nationale sur l’Emploi et le Secteur Informel (ENESIG 2018/2019) complète le diagnostic. Le taux d’emploi des jeunes de 15 à 24 ans n’est que de 40%. Le sous-emploi lié au temps de travail atteint 31,4% au niveau national et culmine à 63,1% dans la région de Boké. 95% des emplois relèvent du secteur informel. Le revenu mensuel moyen des travailleurs informels — 502 659 GNF — dépasse à peine le SMIG fixé à 450 000 GNF. Et 37,1% des 15-35 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Chez les jeunes femmes, ce taux atteint 46,1%.

Autrement dit : la quasi-totalité des jeunes guinéens qui travaillent le font dans des conditions précaires, sans protection sociale, sans contrat, sans perspective d’évolution. Le chômage des jeunes en Guinée est avant tout un chômage de qualité.

Ce diagnostic n’est pas un discours décliniste. C’est le socle à partir duquel il faut construire. Et la dynamique de réforme engagée par les autorités montre que cette construction est possible.

Des avancées institutionnelles à consolider

Il faut le reconnaître, des avancées significatives sont en cours, et elles méritent d’être soulignées. La transformation de la DNEAJ en DNEEJ n’est pas un changement cosmétique. Elle traduit une montée en ambition : passer de la simple facilitation de l’auto-emploi à la prise en charge intégrale du parcours entrepreneurial des jeunes, de l’idéation jusqu’au développement de l’entreprise.

Quant au FONIJ — le Fonds National d’Insertion des Jeunes —, il pourrait bénéficier d’un renforcement stratégique significatif pour être pleinement à la hauteur des attentes croissantes des jeunes porteurs de projets.

L’entrepreneuriat jeune : un parcours à structurer, de l’idée au marché

En Guinée, il n’existe pas encore de parcours intégré qui mène un jeune de l’idée au marché. Les programmes existent, mais ils sont souvent invisibles pour la majorité de la population et concentrés à Conakry, alors que 61,3% des Guinéens vivent en milieu rural.

La DNEEJ porte désormais le rôle de créer un parcours national d’entrepreneuriat en plusieurs étapes : sensibilisation, sélection, formation pratique, incubation, accès au financement, suivi post-création.

La mise en place d’une Facilité Premier Emploi permettrait de combler le vide entre formation et première expérience professionnelle, notamment dans les secteurs à fort potentiel comme le BTP, l’agro-alimentaire, le numérique, l’hôtellerie et l’industrie extractive.

Le sport : une filière économique à conceptualiser

Le sport représente un gisement d’emplois encore sous-exploité. Aujourd’hui perçu principalement comme un vecteur de performance et de prestige, il doit aussi être envisagé comme une véritable filière économique.

L’industrie du sport ne représente que 0,5% du PIB africain contre environ 5% au niveau mondial. Ce décalage constitue une opportunité majeure pour la Guinée.

Les infrastructures : un maillage territorial à réactiver

La Guinée dispose d’un réseau de 590 espaces de jeunes recensés en 2017, dont une partie importante est aujourd’hui non fonctionnelle. Ces infrastructures peuvent devenir des points d’ancrage essentiels pour les politiques publiques en matière d’emploi et d’insertion.

L’impératif territorial : le test de crédibilité

Une politique de jeunesse efficace doit être déployée dans les 33 préfectures et accessible en zone rurale. Sans ancrage territorial, les réformes risquent de reproduire les inégalités existantes.

Mesurer pour piloter : le devoir de transparence

Aujourd’hui, aucune structure ne publie d’indicateurs consolidés de performance. La transparence est essentielle pour évaluer l’impact des politiques publiques et renforcer la confiance.

Capitaliser sur la dynamique : un appel à l’action structurée

La Guinée a montré sa capacité à réformer. Il s’agit désormais de traduire cette volonté en actions concrètes et mesurables : guichet national d’orientation, facilité premier emploi, cadre légal pour l’entrepreneuriat jeune, stratégie d’industrie du sport et politique nationale du volontariat.

C’est une question d’efficacité, d’équité et de temps. Avec 79% de la population sous 35 ans, la Guinée doit transformer sa jeunesse en moteur de croissance dès maintenant.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert de l’accompagnement des jeunes

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Wi-Fi zones en Guinée : entre régulation nécessaire et réalité du terrain, comment avancer ensemble ?

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Par Boubacar Diallo

Face à l’interdiction des « Wi-Fi zones » non autorisées par l’ARPT, une question centrale se pose : comment concilier régulation du secteur et réalité socio-économique des milliers de Guinéens qui en dépendent ?


Le 30 mars 2026, l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) a publié un communiqué rappelant que l’installation et l’exploitation de « Wi-Fi zones » sans autorisation préalable sont interdites sur l’ensemble du territoire guinéen, conformément à la loi L/2015/018.

Le régulateur appelle à la cessation immédiate de ces activités et se réserve le droit d’appliquer des sanctions.

Ce communiqué est légitime. La régulation des télécommunications est une prérogative de l’État, et les questions de sécurité des données, de qualité de service et d’interférences radio sont des préoccupations sérieuses.

Mais une question demeure : que fait-on concrètement pour les milliers de Guinéens qui dépendent de ces Wi-Fi zones, à la fois ceux qui les exploitent et ceux qui les utilisent ?

Une réalité que les chiffres ne peuvent ignorer

Les Wi-Fi zones ne sont pas apparues par hasard. Elles répondent à un déséquilibre profond entre l’offre des opérateurs et les moyens de la population.

Un abonnement Internet fixe chez un Fournisseur d’Accès Internet (FAI) coûte en moyenne 490 000 GNF par mois, soit souvent l’équivalent d’un revenu mensuel.

À l’inverse, une Wi-Fi zone de quartier propose un accès 24 heures pour environ 5 000 GNF. Pour beaucoup, ce n’est pas un luxe, mais le seul moyen d’accéder à Internet.

Ces zones permettent de chercher un emploi, suivre des formations en ligne ou rester en contact avec la diaspora.

Derrière chaque Wi-Fi zone se trouve aussi un jeune entrepreneur, qui a investi, appris et créé une activité économique locale.

Ce que le communiqué ne dit pas

Si la loi est claire, les solutions concrètes le sont beaucoup moins.

  • Comment se régulariser ?
  • Quels sont les coûts réels ?
  • Existe-t-il un statut intermédiaire ?

Devenir FAI implique :

  • Création d’une entreprise (souvent une SARL)
  • Dépôt d’un dossier technique
  • Homologation du matériel
  • Raccordement au backbone national

Le coût total peut atteindre 25 000 à 45 000 USD, avec un minimum d’environ 18 millions GNF par mois pour la bande passante.

Un niveau inaccessible pour la majorité des jeunes opérateurs actuels.

Des modèles qui fonctionnent ailleurs

D’autres pays africains ont trouvé des solutions pragmatiques :

  • Kenya : intégration des revendeurs informels comme agents agréés (modèle Poa Internet)
  • Bénin : régularisation progressive avec accompagnement
  • Nigeria : réseaux communautaires avec Internet plus rapide et moins cher

Le principe est simple : intégrer plutôt que réprimer.

Des pistes concrètes pour la Guinée

1. Créer un statut d’agent ou distributeur FAI

Permettre aux opérateurs locaux de distribuer légalement Internet sans devenir FAI.

2. Encourager les partenariats avec les FAI

Transformer les Wi-Fi zones en points de distribution officiels.

3. Accompagner la régularisation

Mettre en place une transition progressive avec formation et sensibilisation.

4. Adapter les coûts

Créer des tarifs accessibles aux micro-opérateurs pour élargir la base légale.

L’enjeu : fiscalité ou marché informel

Aujourd’hui, les Wi-Fi zones informelles échappent totalement à la fiscalité.

En les intégrant dans un cadre légal, l’État pourrait capter entre 20 % et 30 % de recettes fiscales sur chaque transaction.

À l’inverse, une interdiction sans accompagnement risque de renforcer le marché clandestin, sans bénéfice pour l’État ni protection pour les utilisateurs.

Un appel au dialogue

Ce débat n’oppose pas les acteurs : il appelle à une solution commune.

L’État veut réguler. Les jeunes veulent travailler. Les citoyens veulent un Internet accessible.

Ces objectifs sont compatibles.

La Guinée dispose des infrastructures, des talents et d’un régulateur capable d’accompagner cette transition.

Il reste à construire un cadre adapté — un pont entre la régulation et la réalité du terrain.


À propos de l’auteur :
Boubacar Diallo est entrepreneur dans le secteur des technologies. Il s’intéresse aux télécoms, à l’intelligence artificielle et à la FinTech.

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Guinée : pour un guichet unique de financement du secteur privé

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Le prochain chantier de la refondation

Par Alpha Mamoudou Danda Diallo

Les autorités guinéennes ont engagé depuis début 2026 une restructuration courageuse de l’appareil gouvernemental. Réduction du nombre de ministères, regroupement des départements par cohérence sectorielle, création de l’Agence Guinéenne de Développement : les signaux sont forts. Mais il reste un chantier majeur, encore intact : celui du financement du secteur privé.

Des réformes qui vont dans le bon sens

Il faut le reconnaître : la nouvelle architecture gouvernementale traduit une vision. Regrouper les départements de l’éducation sous un seul ministère, fédérer les agences de l’emploi et de l’entrepreneuriat au sein d’un même ensemble, c’est poser les bases d’une action publique cohérente. Fini les doublons, fini les structures qui se marchent sur les pieds.

La création de l’Agence Guinéenne de Développement (AGD) est particulièrement révélatrice de cette ambition. Inspirée du modèle rwandais, l’AGD rassemble des établissements publics longtemps dispersés dans une chaîne de valeur unique.

C’est une volonté politique forte. Elle mérite d’être saluée et soutenue. Mais il faut aller plus loin.

Un écosystème où le financement reste le verrou principal

En Guinée, l’accès au financement n’est pas un obstacle parmi d’autres. C’est le verrou. Le secteur bancaire classique reste largement fermé aux PME et aux jeunes entrepreneurs. Les exigences de garantie sont disproportionnées. Les taux d’intérêt sont très élevés.

La microfinance, bien que plus proche du terrain, ne répond pas aux besoins de financement de croissance.

Dans ce contexte, les fonds publics sont souvent le seul levier réaliste pour les entrepreneurs.

Plusieurs fonds, aucune coordination

Aujourd’hui, l’État guinéen dispose de plusieurs mécanismes publics : FONIJ, FODA, FODIP, ainsi que les programmes de partenaires comme le PNUD, Enabel ou la Banque Mondiale.

Chaque fonds a ses propres critères, procédures et outils. Aucune base de données commune. Aucune vision globale.

Le coût de la dispersion : iniquité, opacité, déperdition

La dispersion des financements crée de l’injustice. Certains bénéficient de plusieurs financements, tandis que d’autres n’en obtiennent aucun.

Elle alimente également la méfiance envers les institutions et encourage une logique de « chasse aux subventions ».

L’entrepreneur guinéen mérite un interlocuteur unique

Aujourd’hui, un entrepreneur doit naviguer entre plusieurs dispositifs, comprendre leurs différences et déposer plusieurs dossiers.

Ce système pénalise surtout les entrepreneurs ruraux et les moins informés.

La proposition : un guichet unique national de financement

La solution est de coordonner les fonds à travers un guichet unique national.

L’entrepreneur est orienté vers le bon dispositif selon son profil, avec la possibilité de combiner plusieurs financements pour un même projet.

Une base de données nationale garantit la transparence et l’équité.

Ce que l’État y gagne

Un guichet unique permet un meilleur pilotage des investissements, une meilleure transparence et une crédibilité accrue auprès des partenaires internationaux.

Appel aux autorités : finir ce qui a été commencé

La Guinée a déjà montré sa capacité à réformer. Il est temps d’appliquer cette logique au financement du secteur privé.

C’est une question d’efficacité, d’équité et de crédibilité.

Alpha Mamoudou Danda Diallo

Expert en accompagnement des entreprises et structuration de l’écosystème entrepreneurial guinéen

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