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Et si le prix officiel du carburant n’était qu’un simple arrangement ? 

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Comme à l’accoutumée, le gouvernement de la transition a procédé à une augmentation du prix du carburant à la pompe à hauteur de 20%. Cette hausse intervient dans un contexte difficile marqué non seulement par la crise sanitaire mais aussi l’inflation ouverte et de ses conséquences macroéconomiques. 

Cette décision s’expliquerait en grande partie par les difficultés rencontrées par l’Etat dans le cadre de la collecte des ressources budgétaires en raison de la baisse de l’activité économique mais aussi la faiblesse du niveau d’exécution des dépenses publiques (cf. données financières du Tableau de Bord Mensuel de l’Economie Guinéenne). A noter que l’accroissement des dépenses de l’Etat est fondamental pour la relance de l’économie nationale post Covid-19 à en croire la théorie keynésienne portant sur le multiplicateur des dépenses publiques. 

De plus, cette revue à la hausse du prix du carburant que nous avons enregistré ces derniers jours résulte également de la hausse du prix du brut au niveau mondial entre janvier et le 12 juin 2022 où le cours moyen a atteint USD 108,5 contre seulement 70,7 sur l’exercice 2021. A date (dimanche 12 juin 2022), le cours du baril tourne autour de 121,9 dollars. Avant d’aborder les structures du prix du carburant en République de Guinée, nous pensons qu’il serait important de reformer le système des prix domestiques des produits pétroliers de manière à assurer la flexibilité en fonction de la fluctuation du cours du baril au niveau international. Une telle mesure devrait atténuer les risques de résistances sociales car la hausse du prix du carburant est un sujet très sensible en République de Guinée. 

L’objectif de cette analyse est d’éclairer la lanterne de l’opinion publique et les autorités politiques sur les véritables enjeux des réformes à entreprendre à notre humble avis, pour minimiser l’impact de cette hausse du prix du carburant à la pompe qui a du mal à passer auprès des ménages guinéens. 

L’essentiel des statistiques fournies est le résultat du recoupement de diverses données officielles du Ministère de l’Economie des Finances et du Plan (cf. Instruction n° 13166 MEFP du 01 juin 2022 ainsi que les instructions n° 004 MEF/CAB/SG du 1er avril et 005/MEF/CAB/SG du 03 mai 2022) mais aussi du Ministère de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures à travers ses multiples tableaux élaborés par le Comité Paritaire des Prix des Produits Pétroliers de la Société Nationale des Pétroles (SONAP). 

De la particularité des toutes dernières structures du prix du carburant : 

L’analyse de la dernière structure du prix du carburant (applicable à la population) à la pompe parut le 1er juin 2022 indique une forte variation du prix d’entrée de l’essence (composante des hydrocarbures très consommée en République de Guinée sur laquelle d’ailleurs, nous allons baser toute notre analyse) de 23,2% passant de GNF 7 715,1 en mai 2022 à GNF 9 505,9 en juin 2022 (soit 79,2% du prix du détail). Cette situation a occasionné, un accroissement systématique de toutes les taxes et marges revenant à l’Etat. C’est dans ce contexte que les droits de porte ont augmenté de 20,1% entre mai et juin 2022 (contre 159,3% par rapport à avril 2022 où ils n’étaient que de GNF 62,1) passant de GNF 134,0 à GNF 161,1 en raison principalement de la hausse de la taxe d’entreposage de 20,7% en se chiffrant à GNF 89,6 contre respectivement GNF 74,3 et GNF 0,6 en mai et avril 2022. De plus, l’Etat qui avait renoncé à sa TVA en mai passé n’a collecté cette fois-ci que GNF 402,9 sur un total de GNF 2 028,9. Cependant, il convient de noter une baisse systématique des droits de douanes entre avril et juin 2022 où elles se chiffrent seulement de GNF 0,46 contre GNF 097 et GNF 0,56 respectivement en avril et mai 2022.    

Par ailleurs, l’analyse des structures du prix des miniers, ambassades ainsi que les marchés de l’EDG et de la SEG qui se procuraient le prix du détail à la pompe à un prix faible (par rapport à la population) dans les années antérieures révèlent qu’à date, ces entités achètent le carburant à un prix plus élevé que le réseau c’est-à-dire les ménages. Pour preuve, les miniers se procureront tout au long du mois de juin le gasoil à GNF 17 000, les ambassades à GNF 13 500 pour l’essence GNF 14 300 pour le gasoil et GNF 14 000 pour le pétrole. Dans le même sillage, l’EDG et la SEG achètent le gasoil à date respectivement à GNF 14 400 et GNF 14 600. Cette situation trouve son explication non seulement dans la hausse du prix d’entrée qui est compris entre 10 101,9 et 10 296,0 mais aussi et surtout dans la hausse des droits de portes notamment les droits de douanes et la RTL.  

Revenant toujours sur la structure applicable au réseau, les intermédiaires (distributeurs, transporteurs et les détaillants) n’ont pas vu leur marge augmenter au cours de cette revue à la hausse du prix du carburant à la pompe car, ils continuent toujours à percevoir respectivement GNF 555, GNF 550 et GNF 300 et cela depuis 2018 soit un total de GNF 1 405 (11,7% du prix du détail contre 15,6% quand le prix du carburant à la pompe était à GNF 9 000). 

Par contre, la part de l’Etat a diminué considérablement cette fois-ci car, après tout, ses taxes et marges qui ne lui rapportent dans l’ensemble que GNF 1 088,1/litre  (somme des droits de porte pour GNF 161,1,  la redevance d’entretien routier pour GNF 500, la TVA collectée pour GNF 402,9, l’appui à la promotion du gaz butane pour GNF 5 et les fonds de réserves pour GNF 19) soit 9,1% du prix du détail (sauf erreur ou mauvaise interprétation de la structure du prix du carburant à la pompe).          

Ceci confirme la position des autorités de la transition qui affirment que, le maintien du prix du carburant à la pompe à GNF 10 000 dans ce contexte où le prix du baril ne fait que monter en raison de la reprise modérée de l’activité économique mondiale, aura un impact considérable sur le budget de l’Etat qui en supportera les coûts, ce qui peut en retour conduire à une réduction des dépenses sociales. Dans le même sillage, Le Ministre Ousmane Gaoual indique que l’Etat aurait perdu plus de GNF 300 milliards soit 35 millions de dollar uniquement pour le compte du mois de mai 2022.  

Malgré le fait que l’Etat ait passé de GNF 10 000 à GNF 12 000, il renonce à 1626,0 (équivalent de la TVA en douane en juin 2022) sans quoi, le prix officiel de l’essence allait tourner autour de 13 625 (somme du prix d’entrée qui est de GNF 9 505,9, de la part des intervenants dans le processus pour 1 405 la part de l’Etat pour 1 088,1 et enfin les 1 626 renoncés par l’Etat). Cela prouve à suffisance que le message audio de l’ancien président de la République dans lequel il faisait référence à la cherté de la vie au cours des mois prochains était une annonce importante qu’il fallait prendre avec attention. Et s’il avait raison ? Y aurait-il un complot contre le peuple de Guinée ? Ou bien, cette situation n’est qu’une crise passagère (surtout que les pays membres de l’OPEP vont accroitre bientôt leur offre) ?   

Tant de questions qui n’auront malheureusement pas de réponses dans cette tribune car comme le rappelait un autre, le rôle d’un économiste c’est aussi de poser des questions qu’ils jugent pertinentes sans pour autant apporter des solutions qui n’existent que dans l’absolu. 

De la hausse systématique du prix du transport : 

Etant donné que l’Etat guinéen n’a pas communiqué sur le prix du tronçon, les chauffeurs de taxi notamment ceux de la capitale Conakry sont passés automatiquement à GNF 1 500 à GNF 2 000. Et pourtant, ces mêmes chauffeurs de taxi ont dû longtemps profiter lorsque le prix du tronçon était à moins de GNF 1 500 au moment où le prix du carburant à la pompe valait GNF 9 000 ou encore en raison de l’absence dans la circulation fiduciaire des petites coupures. Toutefois, il convient de souligner que cette situation n’est pas imputable à la BCRG qui a continué à les produire mais, la plupart des agents économiques ont parfois eu du mal à les accepter lors des opérations de retraits dans les guichets des banques primaires. Chacun préférant les grandes coupures en dehors des périodes de fête. 

Toujours est-il vrai de souligner que le niveau de vie de la plupart des guinéens ne fait que baisser en raison surtout de la baisse l’activité économique attribuable en partie à la Covid-19 qui a causé à un moment donné un arrêt brusque de certaines activités économiques notamment le transport aérien (donc des agences de voyage aussi), le tourisme, la culture (suspension des concerts dédicaces, voyages etc.). Ces chauffeurs de taxi n’ont pas été à la marge de cette pandémie car, parfois obligés de limiter leur déplacement et/ou de facturer doublement les tronçons pour survivre aux différents barrages et arrêts mis en place par certains policiers qui sont parfois très emmerdant de telle sorte qu’ils les dépouillent de tout leur avoir en fin de journée.       

A notre humble avis, cette augmentation quoique pour le moment mal justifiée par les autorités politiques durant cette période de pandémie (présence récente des virus Lassa, Marbourg et Covid-19) nécessite forcément l’augmentation du prix du transport dans la capitale Conakry (quoi que non souhaitable) car, d’après nos calculs, le tronçon passe de GNF 1 500 à GNF 1 906. 

Cette même tendance est applicable à l’intérieur du pays. Il faut toutefois rappeler qu’à date, le CNRD est sur le point de réhabiliter les routes dans les zones urbaine et rurale, chose qui est salutaire car, il y a plus de 2 ans, Conakry était quasiment coupé de l’intérieur du pays durant l’hivernage de telle sorte que les quelques chauffeurs de camions, bus, taxi et minibus qui se hasardent à emprunter les routes font parfois plusieurs jours avant d’arriver à destination.    

Des pistes de solutions non exhaustives : 

Nous ne saurons terminer cette petite analyse sans pour autant apporter quelques pistes de solutions comme tout guinéen soucieux du devenir de son pays.   

  • Les autorités politiques devraient assurer le développement du secteur du transport indispensable pour l’accroissement de recettes du pays. Si aujourd’hui ce secteur semble être délaissé par le secteur privé tout comme l’Etat, c’est parce qu’en dépit des efforts fournis par ce dernier, les populations n’accordent point d’importance à ces biens qu’ils considèrent propre à l’Etat et qu’ils détruisent à la moindre manifestation. De plus, aucune gestion sérieuse n’a été faite des différents bus qui nous ont été offerts de par le passé. Tout est laissé dans un laxisme total pour preuve, aucune sanction n’a été prononcé à l’encontre des différents cadres qui ont assuré le suivi de ces matériels roulants.    
  • Le ministère devrait à son tour mettre en place d’autres moyens de déplacement à l’image de ceux existants dans certains pays voisins avec des pass forfaitaires de transport journaliers, hebdomadaires et mensuels. Cette mesure devrait permettre de pallier à cette insuffisance d’offre par rapport à une demande largement insatisfaite.   
  • L’Etat devait revenir sur les mesures appliquées au début de l’année 2000 qui consistaient à faire une réduction du tarif pour les élèves contre le maintien d’un même niveau de transport pour les adultes etc. 

Safayiou DIALLO

Citoyen Guinéen

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Aboubacar Sidiki Camara alias Idi Amin : l’homme de tous les régimes

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Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

Dans l’histoire contemporaine de la Guinée, peu d’officiers auront autant traversé les régimes, les crises politiques, les transitions militaires et les recompositions du pouvoir qu’Aboubacar Sidiki Camara, connu sous le surnom d’Idi Amin.

Derrière ce sobriquet qui alimente depuis des années les conversations politiques et militaires, se cache un homme dont le parcours, le niveau stratégique et l’influence réelle ont toujours suscité fascination, prudence et inquiétude dans les cercles du pouvoir.

Originaire de Faranah, Aboubacar Sidiki Camara appartient à cette génération d’officiers formés dans la rigueur militaire classique, avec une culture du silence, de la discipline et de la stratégie.

Très tôt, il choisit la carrière des armes et gravit progressivement les échelons au sein de l’appareil sécuritaire guinéen. Son profil diffère rapidement de nombreux officiers de sa génération grâce à un parcours académique et militaire particulièrement dense.

Il bénéficie de plusieurs formations militaires nationales avant d’être envoyé à l’étranger dans des écoles de haut niveau. En France notamment, il suit des formations à l’École de guerre et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, deux institutions parmi les plus prestigieuses du monde militaire francophone.

Ces formations renforcent son expertise stratégique, sa maîtrise des doctrines militaires modernes et surtout ses connexions dans les milieux sécuritaires internationaux.

À son retour en Guinée, il devient progressivement un officier incontournable dans les structures de défense. Son ascension dans l’armée guinéenne se construit loin des discours publics, mais au cœur des appareils sensibles de sécurité et de commandement.

Il occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment dans la gendarmerie nationale, avant d’intégrer les sphères les plus fermées du ministère de la Défense. Son influence grandit silencieusement au fil des années.

Sous Lansana Conté déjà, le nom d’Aboubacar Sidiki Camara circule dans les milieux militaires comme celui d’un officier disposant d’un réseau solide et d’une forte capacité d’organisation.

Dans une Guinée régulièrement traversée par des tensions internes dans l’armée, les hommes capables de fédérer des fidélités inquiètent toujours les pouvoirs en place. Le régime Conté apprend alors à surveiller cet officier discret dont la proximité avec certains cadres militaires commence à attirer l’attention.

Après la mort de Lansana Conté en décembre 2008 et l’arrivée du CNDD dirigé par Moussa Dadis Camara, les rapports de méfiance ne disparaissent pas. Ils changent simplement de forme.

Dans les transitions militaires africaines, les alliances sont mouvantes et la confiance reste fragile entre officiers. Sous Dadis Camara puis durant la transition conduite par le général Sékouba Konaté, Aboubacar Sidiki Camara demeure une figure observée avec prudence dans les rangs militaires.

Son expérience, ses relations internes et son parcours international lui donnent une stature particulière dans une armée profondément fragmentée.

Lorsque Alpha Condé arrive au pouvoir en 2010, la question du contrôle de l’armée devient rapidement une priorité absolue. Le nouveau président sait que la stabilité de son régime dépendra de sa capacité à neutraliser les centres d’influence militaires hérités des anciens systèmes.

Pourtant, malgré les changements opérés dans l’appareil sécuritaire, Aboubacar Sidiki Camara continue de monter en puissance.

Il devient directeur de cabinet au ministère de la Défense nationale et s’impose progressivement comme l’un des officiers les plus influents du système sécuritaire guinéen.

Mais cette influence finit par inquiéter le pouvoir politique. À partir de 2018 et surtout en 2019, plusieurs décisions et suggestions attribuées à son entourage sont jugées suspectes dans le cercle rapproché d’Alpha Condé.

Des soupçons de structuration de réseaux militaires autour de certains officiers commencent à alimenter les discussions au sommet de l’État.

Alpha Condé décide alors d’appliquer une méthode classique utilisée contre les officiers jugés trop puissants : éloigner sans provoquer une rupture directe.

En janvier 2019, plusieurs officiers considérés comme proches d’Idi Amin sont mutés à l’étranger. Le général Bachir Diallo est envoyé en Algérie, le général Boundouka Condé à Washington et Aboubacar Sidiki Camara est nommé ambassadeur de Guinée à Cuba.

Cette décision apparaît alors comme une manière de réduire son influence à l’intérieur de l’appareil militaire. Mais l’histoire prendra une tournure inattendue. Car loin du pays, les réseaux ne disparaissent pas forcément. Ils se réorganisent autrement.

Le 5 septembre 2021, le Groupement des forces spéciales dirigé par Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé. Rapidement, plusieurs figures militaires autrefois éloignées réapparaissent au centre du pouvoir.

Parmi elles, Aboubacar Sidiki Camara effectue un retour spectaculaire. Son retour à Conakry après le coup d’État confirme l’idée que son influence au sein de l’appareil militaire n’avait jamais réellement disparu.

Même si son rôle exact dans la préparation du coup d’État du 5 septembre reste entouré de silence et d’interrogations, son retour immédiat au sommet du dispositif sécuritaire nourrit depuis des années toutes les spéculations politiques.

Beaucoup d’observateurs estiment qu’un homme disposant d’une telle expérience militaire, d’un tel réseau et d’une telle proximité avec plusieurs officiers stratégiques ne pouvait être totalement étranger aux dynamiques internes qui ont précédé la chute d’Alpha Condé.

Le CNRD dirigé par Mamadi Doumbouya le nomme ministre de la Défense nationale quelques semaines après le coup d’État. Ce choix n’est pas anodin.

Il traduit la confiance accordée à un officier expérimenté, respecté dans certains cercles militaires et capable de réorganiser l’appareil de défense dans un contexte de transition fragile.

Durant plusieurs années, Aboubacar Sidiki Camara devient l’un des piliers du pouvoir de transition. Il supervise plusieurs réformes militaires, des programmes de formation et des projets de restructuration des forces armées.

Son poids politique grandit à mesure que la transition s’installe.

Mais en Guinée, plus un homme devient influent dans l’appareil sécuritaire, plus il finit par susciter des inquiétudes.

L’histoire politique du pays est marquée par une peur permanente des hommes forts capables de construire des réseaux autonomes à l’intérieur de l’armée. Et cette logique n’épargne jamais personne.

Le 2 juin 2026, Mamadi Doumbouya décide finalement de le remplacer au ministère de la Défense et de le nommer ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Guinée en France.

Officiellement, cette nomination s’inscrit dans une dynamique de redéploiement diplomatique et de renforcement des relations stratégiques entre Conakry et Paris.

Mais dans les milieux politiques et militaires guinéens, beaucoup y voient également une manière élégante d’éloigner un homme devenu extrêmement puissant dans l’équilibre interne du système.

Et c’est précisément là que le destin d’Aboubacar Sidiki Camara devient fascinant.

Car depuis Lansana Conté jusqu’à Mamadi Doumbouya, tous les pouvoirs ont fini par appliquer la même méthode face à lui : le surveiller, le contenir, l’éloigner.

Mais jamais aucun régime n’a réellement réussi à effacer son influence.

C’est cette permanence qui nourrit depuis des années les craintes autour de son nom dans les casernes, les cabinets présidentiels et les couloirs du pouvoir.

Parce qu’en Guinée, certains hommes quittent les centres de décision. Mais ne quittent jamais réellement le jeu.

Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

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TRIBUNE | « Si Le Lynx meurt, ce sera de notre faute »

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Par Alpha Amadou Diari Diallo, journaliste

Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.

C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.

Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.


Depuis la disparition de Souleymane Diallo, fondateur du Lynx, les hommages pleuvent. Les mots sont beaux, les messages sont émouvants, les souvenirs sont glorieux.

Mais soyons sérieux une minute.

Les hommages ne sauvent pas un journal.

Le Lynx n’a pas résisté à des régimes difficiles, à la censure et aux pressions pour finir victime de notre indifférence. Ce serait une insulte à son histoire.

Car la vérité est brutale : nous aimons applaudir les symboles, mais nous refusons de les soutenir.

Nous partageons des publications.

Nous écrivons « RIP ».

Nous racontons à quel point ce journal était important.

Mais combien d’entre nous l’achètent encore ?

Voilà le vrai débat.

Aujourd’hui, Le Lynx n’a pas besoin de compassion. Il a besoin d’actes.

C’est pourquoi une initiative citoyenne est lancée : acheter massivement le journal.

Un objectif clair, presque provocateur : un million d’exemplaires. L’argent collecté issu des ventes pourrait être réinvesti pour soutenir le journal.

Pas pour faire joli.

Pas pour faire du bruit.

Mais pour prouver que ce pays peut encore défendre ce qui compte.

À titre personnel, j’ai décidé d’acheter 100 exemplaires.

Ce n’est pas un sacrifice. C’est un minimum.

La vraie question est désormais collective :

Allons-nous laisser mourir ce que nous prétendons respecter ?

Allons-nous transformer un monument de la presse en simple souvenir nostalgique ?

Ou allons-nous, enfin, agir ?

Il ne sert à rien de pleurer demain sur la disparition du Lynx si aujourd’hui nous refusons de le sauver.

Cette fois, l’excuse ne tiendra pas.

Si Le Lynx meurt, ce ne sera pas la faute du temps.

Ce sera la faute des vivants.

#UnCitoyenUnLynx

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La Tabaski, un levier de développement local encore sous-exploité en Guiné

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TRIBUNE | Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en accompagnement des entrepreneurs
À chaque Tabaski, un phénomène massif et souvent sous-estimé se produit en Guinée :
des milliers de Guinéens quittent Conakry, les grandes villes du pays ou encore les
capitales de la diaspora pour retourner dans leurs villages d’origine. Avec eux voyagent
des ressources financières, des compétences, des initiatives collectives et une forte énergie communautaire.Pour Alpha Mammando Danda Diallo, cette dynamique représente aujourd’hui l’un des
plus grands leviers de développement territorial du pays : un potentiel réel, mais encore insuffisamment structuré par les pouvoirs publics.

Une mobilisation communautaire devenue économique

Selon l’auteur, la Tabaski provoque chaque année un véritable choc de demande locale :
transports saturés, marchés en effervescence, hausse de la consommation et transferts massifs d’argent de la diaspora vers les localités de l’intérieur du pays.

Mais au-delà de l’aspect festif, une organisation communautaire de plus en plus structurée se met en place autour de ces retours au village : associations de ressortissants, campagnes de mobilisation sur les réseaux sociaux, cotisations communautaires, projets collectifs ou
encore initiatives de solidarité locale.

« Nous avons électrifié notre village »

Dans sa tribune, Alpha Mammando Danda Diallo cite l’exemple concret de son propre
village situé dans la préfecture de Dalaba. Depuis 2019, explique-t-il, une mobilisation
organisée des ressortissants a permis de financer plusieurs projets structurants :
électrification du village, réalisation de forages pour l’accès à l’eau potable et redistribution communautaire de viande lors des célébrations de Tabaski.

Ces réalisations ont été menées sans financement extérieur, grâce à une organisation communautaire basée sur des objectifs définis avant la fête, une caisse commune alimentée toute l’année et des projets préparés avant le retour au village.

La Mamaya de Kankan comme modèle national

La tribune met également en avant la Grande Mamaya de Kankan, présentée comme un exemple concret de transformation d’un événement culturel lié à la Tabaski en véritable outil de rayonnement territorial.

Pour l’auteur, la Mamaya démontre qu’une fête traditionnelle peut stimuler l’économie
régionale, renforcer l’attractivité touristique, mobiliser la jeunesse et devenir une véritable marque territoriale reconnue au niveau national et international.

Le modèle béninois des « Vodun Days »

Alpha Mammando Danda Diallo cite aussi l’exemple du Bénin avec les « Vodun Days »,
transformés en événement touristique majeur grâce à une stratégie politique et culturelle assumée.

Selon les chiffres évoqués dans la tribune, 97 000 visiteurs ont participé à l’édition 2024,
plus de 435 000 en 2025 et plus de 740 000 festivaliers en 2026, dont près de 20 %
d’étrangers venus de 56 pays.

Pour l’auteur, la Guinée pourrait s’inspirer de cette approche afin de mieux valoriser ses propres dynamiques culturelles autour de la Tabaski.

Un potentiel énorme pour l’artisanat guinéen

La tribune souligne également l’impact de la Tabaski sur l’artisanat local : léppi,
chaussures traditionnelles, bonnets, vêtements et autres produits « Made in Guinea » connaissent une forte demande pendant cette période.

Mais cette dynamique reste encore trop informelle et manque d’accompagnement,
d’accès au financement, de structuration et d’ouverture vers des marchés plus larges.

Donkin Village : une ambition de structuration nationale

Alpha Mammando Danda Diallo présente également l’initiative « Donkin Village », pensée comme une marque destinée à valoriser les dynamiques communautaires, culturelles et artisanales développées autour de la Tabaski dans les villages guinéens.

L’objectif affiché est de structurer ces initiatives locales afin d’en faire un véritable
écosystème capable d’attirer des partenariats publics et privés.

Un appel à l’État, aux collectivités et à la diaspora

Dans la dernière partie de sa tribune, l’auteur appelle à une action coordonnée des
institutions guinéennes : création de fonds de soutien aux projets villageois,
accompagnement des artisans, amélioration des transports vers les régions, implication
des collectivités locales et structuration des associations de ressortissants.

Il invite également la diaspora guinéenne à mieux organiser sa contribution au
développement local en structurant davantage les initiatives communautaires.

« La Guinée produit déjà ses propres modèles »

En conclusion, Alpha Mammando Danda Diallo estime que la Guinée dispose déjà, à
travers la Tabaski et les dynamiques communautaires locales, d’un modèle endogène de développement territorial.

« Le rôle de l’État n’est pas d’inventer cette dynamique. Il est de la reconnaître,
de la structurer, et de lui donner les conditions pour passer à l’échelle. »

Alpha Mamoudou Danda Diallo

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