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Plus de 60 ans d’indépendance, zéro indépendance économique : il est temps de réveiller l’Afrique

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Par Safayiou DIALLO — Économiste

Au lendemain de la célébration de nos indépendances, il est impératif de porter un regard lucide sur ce que nous avons réellement accompli et, surtout, sur ce que nous devons encore faire.
L’indépendance politique, obtenue après de longues luttes, est un acquis majeur, mais elle demeure insuffisante lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une
véritable indépendance économique.
Ce constat est d’autant plus préoccupant que, plus de soixante ans après la fin officielle de la colonisation, nos pays continuent de
dépendre massivement des importations, y compris pour des biens que nous sommes tout à fait capables de produire localement.

Aujourd’hui, il est paradoxal de voir que nous affichons une certaine fierté à importer des marchandises issues de notre propre savoir-faire culturel et artisanal.
Avant l’arrivée des colonisateurs, l’Afrique possédait des systèmes d’organisation économique et sociale adaptés, autonomes et résilients.
Nos ancêtres vivaient dans une harmonie qui, malgré les aléas et difficultés, leur permettait de résoudre efficacement leurs problèmes.
Ce modèle ancestral, fondé sur le respect des ressources locales et la valorisation des talents endogènes,
mérite d’être revisité et réadapté à notre époque.

« Revisiter nos savoir-faire n’est pas un retour en arrière : c’est la condition d’une renaissance économique durable. »

Je me rappelle, lors de mon enfance, que notre communauté comptait de nombreux artisans : tisserands, cordonniers, forgerons, et une multitude d’autres, tous porteurs d’un savoir-faire précieux.
Ces artisans animaient nos espaces et villages, et leurs productions faisaient la fierté de nos sous-préfectures.
Lors des manifestations appelées affectueusement Diabho, nous recevions des touristes venus admirer et acquérir ces produits,
véritables symboles de notre identité et de notre culture.

Le paradoxe de la fierté importée

De nos jours, nous faisons souvent la promotion de produits fabriqués par des étrangers, venus nous revendre nos propres créations à des prix exorbitants.
C’est le cas, entre autres, des Padhé Gouri, du leppi, du bazin que beaucoup appellent Faré Yaré, ainsi que d’une large gamme d’autres objets locaux que nous portons fièrement,
tout en contribuant involontairement à la mort de nos productions artisanales.
Ce paradoxe illustre à quel point l’indépendance politique n’a pas su se traduire en une renaissance économique.

Savoirs délaissés, marchés saturés

Au-delà de l’artisanat, de nombreuses activités économiques traditionnelles qui faisaient longtemps la richesse de l’Afrique ont perdu de leur importance :
bijoux, tissage, cordonnerie, forge, ainsi que des produits agricoles locaux tels que le fonio, le sorgho ou le mil.
Ils sont aujourd’hui concurrencés par des produits importés, en particulier ceux venus de Chine ou d’Occident, qui envahissent nos marchés avec des prix parfois très bas.
Cet envahissement a conduit à la marginalisation de nos artisans, tisserands et producteurs locaux, menaçant de faire disparaître ces savoir-faire précieux qui auraient dû être source d’emploi et de fierté.

« Là où l’importation devient réflexe, l’innovation locale se meurt. »

De même, les industries locales, notamment le textile, ont souffert de cette concurrence, incapables de rivaliser avec les produits manufacturés importés.
Par conséquent, des métiers traditionnels ont été oubliés, des talents délaissés, tandis que des régions entières se sont appauvries.
Cet abandon ne profite ni à nos économies ni à nos communautés, mais plutôt à des intérêts étrangers qui exploitent nos marchés et nos ressources.

Indépendance : du symbole à l’engagement

L’indépendance constitue plus qu’un simple jalon historique : elle doit être perçue comme un éveil et un engagement pour relever les défis qui se dressent devant nous.
Malheureusement, nombreux sont les États africains qui n’ont pas su saisir cette opportunité, accordant la priorité à des préoccupations superficielles,
laissant en arrière-plan les questions essentielles liées au développement économique, à l’emploi et à la valorisation des talents.

Après plus de six décennies d’indépendance, nous persévérons dans une dépendance excessive aux importations, y compris pour des biens que nous pourrions aisément produire localement.
Cette situation a des conséquences dramatiques sur le tissu économique et social : beaucoup d’artisans, d’ouvriers et de métiers traditionnels se retrouvent aujourd’hui marginalisés,
incapables de vivre décemment de leur travail.

La blessure invisible : tuer le talent

Comme le soulignait un observateur avisé, en Afrique, on tue le talent.
Trop souvent, la médiocrité est encouragée tandis que les véritables porteurs d’idées novatrices sont marginalisés.
Les pays africains célèbrent parfois les moins compétents et rejettent ceux qui peuvent véritablement faire avancer les choses.
Cette réalité explique en grande partie la fuite des cerveaux : jeunes diplômés et experts, formés souvent à l’étranger où ils sont reconnus, hésitent à revenir,
faute de conditions favorables, de structures solides et d’opportunités à la hauteur de leurs compétences.

Ce phénomène fragilise encore davantage notre développement, mettant en péril l’avenir économique et social de nos nations.
Il est urgent de réinventer nos modèles économiques, à partir de nos ressources, de notre culture et de nos talents.
Il faut encourager et protéger les savoir-faire locaux, moderniser nos industries, valoriser nos entrepreneurs et réhabiliter nos métiers traditionnels.

Passer aux actes : cap sur l’économie réelle

Au-delà des discours et des déclarations politiques, des actions concrètes sont nécessaires pour que l’indépendance cesse d’être un simple anniversaire et devienne un véritable levier de transformation.
Cela passe par des politiques publiques audacieuses, des investissements dans la formation, la recherche et l’innovation,
ainsi que la promotion d’une économie inclusive où chaque citoyen peut trouver sa place et contribuer au développement collectif.

« Retrouver la fierté de produire chez nous n’est pas un slogan : c’est une stratégie. »

Il est temps de renouer avec la fierté de nos racines culturelles et économiques, non pas en slogans, mais par des actes forts qui permettront à notre indépendance d’être
complète et durable.
Ce chemin est exigeant, mais il représente la seule voie pour bâtir des sociétés prospères et justes, capables de relever les défis du XXIᵉ siècle.


✍️ Safayiou DIALLO
Économiste

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Guinée : le silence des consciences face à la déchéance politique et morale

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Alors que la Guinée est plongée dans l’émotion après la mort de Mamadou Djouma Bah, décédé à la suite de son placement en détention, que l’opinion est profondément choquée par la diffusion de vidéos de violences sexuelles et que les disparitions forcées continuent d’endeuiller de nombreuses familles, Cellou Mandela Diallo s’interroge sur la responsabilité des consciences face à ce qu’il considère comme une profonde déchéance politique et morale.

Au-delà des clivages partisans, il appelle les intellectuels et les autorités morales et spirituelles à rompre le silence et à défendre la vérité et la dignité humaine avant qu’il ne soit trop tard.

Qui sifflera la fin de la récréation ?

Les consciences d’une nation ne se reconnaissent pas à la place qu’elles occupent (imams, présidents de coordinations régionales, chercheurs ou autres), elles se reconnaissent au courage avec lequel elles défendent la vérité lorsque celle-ci devient inconfortable.

Combien de drames faudra-t-il encore avant que les consciences ne s’éveillent ? Combien de disparitions forcées, de morts en détention, de victimes de violences sexuelles et de libertés sacrifiées faudra-t-il encore avant que la République retrouve le sens de ses propres principes ?

La mort de Mamadou Djouma Bah, élève de 17 ans, après son placement en détention dans une affaire de fraude au baccalauréat, a profondément bouleversé l’opinion. Au-delà des circonstances précises de ce drame, qui devront être établies avec toute la rigueur nécessaire, une question me taraude particulièrement l’esprit : que devient notre République lorsque des citoyens, mineurs, entrent en prison sous la protection de l’État et que leur sort suscite de si graves interrogations ?

Comme si cela ne suffisait pas, les disparitions forcées continuent de plonger des familles dans une attente insoutenable, tandis que les violences sexuelles se multiplient avec une brutalité qui heurte la conscience collective. À force d’accumuler les tragédies, je me demande s’il s’agit d’une simple crise politique ou si au contraire nous assistons à une déchéance plus profonde de notre conscience nationale.

Une République n’attend pas seulement de ses institutions qu’elles gouvernent. Elle attend aussi de ses consciences qu’elles veillent.

Les consciences n’exercent pas le pouvoir politique. Elles lui rappellent ses limites. Elles rappellent que la force ne crée jamais le droit, que la raison d’État ne saurait justifier l’injustice et que la dignité humaine demeure la frontière que nul pouvoir ne devrait franchir. Elles sont la mémoire vivante des principes lorsque les circonstances invitent à les oublier.

Depuis près de sept décennies, notre pays semble condamné à revivre les mêmes drames sous des formes différentes. Le camp Boiro, les massacres de janvier-février 2007, le massacre du 28 septembre 2009 et, aujourd’hui, les disparitions forcées constituent autant de blessures qui continuent de marquer notre mémoire collective. Chaque époque possède son contexte, ses acteurs et ses responsabilités. Pourtant, une même constante traverse notre histoire : chaque fois que la dignité humaine recule, la République s’affaiblit.

Le véritable enseignement de cette histoire n’est pas de raviver les rancœurs ni de distribuer les fautes entre les générations. Il est de comprendre que le silence des consciences a toujours un coût. Et ce coût, la Guinée l’a payé trop souvent, trop longtemps et trop cher.

Face aux disparitions forcées, des familles vivent dans l’attente, sans savoir si leurs proches sont encore en vie. Face aux décès qui se multiplient dans les établissements pénitentiaires, une interrogation finit par hanter les esprits : nos prisons remplissent-elles encore leur mission de justice ou sont-elles en train de devenir les antichambres de la morgue ? Face aux violences sexuelles qui bouleversent régulièrement l’opinion, notamment lorsqu’elles visent des enfants, le sentiment s’installe que la société tout entière est en train de perdre ses repères.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas la succession de ces drames, mais plutôt le risque que nous finissions par nous y habituer.

Car une société ne s’effondre pas seulement lorsque la violence progresse. Elle s’affaiblit lorsque cette violence cesse d’indigner.

C’est précisément à ce moment que les consciences deviennent indispensables.

Toute République repose sur un équilibre fragile : les institutions gouvernent, les consciences veillent. Les premières organisent la vie de la cité ; les secondes rappellent que le pouvoir ne trouve sa légitimité que dans le respect des principes qui protègent la dignité humaine.

Cette responsabilité ne consiste pas à conquérir le pouvoir ni à arbitrer les débats partisans. Elle consiste à dire le juste lorsque la force prétend s’y substituer, à défendre la vérité lorsqu’elle devient inconfortable et à rappeler que la justice n’est pas une faveur accordée par les gouvernants, mais un droit dû à chaque citoyen.

Toute tradition républicaine repose sur une idée simple : la parole publique engage.

Montesquieu voyait dans la vertu le principe même de la République. Rousseau rappelait qu’une société commence à se corrompre lorsque les lois et les engagements cessent d’obliger ceux-là mêmes qui les ont proclamés. C’est précisément dans ces moments que les consciences prennent toute leur importance.

À cet égard, les prises de parole du cardinal Robert Sarah rappellent avec constance que la dignité humaine, la vérité et la fidélité à la parole donnée ne sauraient être sacrifiées aux intérêts du pouvoir. Le courage de l’écrivain Tierno Monénembo mérite également d’être salué. Malgré les critiques et les menaces, il continue de faire entendre une voix libre, rappelant que le premier devoir d’une conscience est de demeurer fidèle à la vérité.

Dans un pays où l’islam est la religion de la très grande majorité des citoyens, les responsables religieux musulmans portent eux aussi une responsabilité historique. Leur mission n’est pas de choisir un camp politique. Elle est d’éclairer les consciences chaque fois que la justice, la vérité ou la dignité humaine sont mises à l’épreuve. Leur parole peut réconforter les victimes, interpeller les gouvernants et rappeler à toute la Nation qu’aucune autorité n’est au-dessus des exigences morales qui fondent la paix et la cohésion d’un peuple.

Les responsables religieux ne sont pas les gardiens d’un pouvoir.

Ils sont les gardiens d’une conscience.

Et lorsque les consciences vacillent, le silence des autorités morales devient lui-même un message. Il est important de rappeler que les gouvernements passent, les régimes se succèdent, mais les principes qui fondent la République doivent demeurer.

La Guinée ne manque ni d’intelligence, ni de femmes et d’hommes de conviction, ni d’autorités morales capables d’éclairer la Nation. Ce qui lui manque aujourd’hui, c’est peut-être une parole collective suffisamment forte pour rappeler que certaines limites ne peuvent être franchies sans mettre en péril l’âme même de la République.

Les générations futures ne nous demanderont pas seulement qui gouvernait. Elles nous demanderont ce que nous avons fait lorsque la vérité, la justice et la dignité humaine étaient mises à l’épreuve.

Rappelons que les tragédies ne commencent jamais uniquement par la violence ou la brutalité. Elles deviennent possibles lorsque les consciences renoncent progressivement à leur devoir de vigilance.

Une République ne meurt pas le jour où le droit est violé. Elle commence à s’effondrer le jour où cette violation ne trouble plus les consciences de la nation.


Par – Cellou Mandela Diallo

Étudiant guinéen en master de philosophie politique à l’Université de Paris-Sorbonne, responsable de la cellule de communication de la Coalition des Étudiants Leaders de Guinée.

 

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Zéro plastique en Guinée : une décision courageuse qui mérite une stratégie à la hauteur

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Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

Le 26 mai 2026, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a publié un communiqué réaffirmant avec fermeté l’application du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024, portant interdiction totale des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée.

À compter du 20 septembre 2026, plus aucune tolérance : la fabrication et la distribution commerciale de ces produits seront définitivement bannies du territoire national.

Je salue cette décision. Sincèrement et sans réserve.

Conakry étouffe sous les sachets. Nos caniveaux en sont saturés. Nos cours d’eau en portent les stigmates. Nos enfants grandissent dans des quartiers où le sol disparaît sous une couche de polyéthylène. Cette réforme est non seulement nécessaire, mais urgente.

Le ministre Djami Diallo a raison de hausser le ton, et je l’en félicite.

Mais je veux aussi, en citoyen engagé pour l’entrepreneuriat en Guinée, apporter ma contribution à ce chantier collectif. Le ministre lui-même y invite. Et ma contribution tient en une conviction simple : interdire sans accompagner, c’est condamner sans jugement.

La force du décret et la fragilité de son silence sur les alternatives

Depuis septembre 2024, le MATD réitère l’interdiction à plusieurs reprises. Les communiqués se multiplient. Les appels aux sanctions aussi. Et pourtant, près de deux ans après, les sachets persistent sur les marchés, dans les rues, dans les mains de nos compatriotes. Pourquoi ?

Pas par mauvaise volonté. Pas par défiance. Mais parce qu’interdire sans proposer une alternative accessible et abordable, c’est demander à des gens de respirer sans air.

Un commerçant qui emballe ses denrées, une mère qui achète l’eau de ses enfants en sachet à 500 francs, un petit industriel qui emploie cinq personnes dans une unité de production d’eau : tous ces acteurs n’ont pas encore de plan B identifié, formalisé, financé.

« Si l’État pouvait trouver une solution alternative, ce serait une bonne chose. Ce n’est pas facile, mais avec une bonne sensibilisation, beaucoup finiront par y adhérer. Nous sommes dans un pays où la majorité des gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille, alors que les sachets de 500 GNF sont accessibles à tous. »

Ce citoyen anonyme dit, en une phrase, ce que beaucoup pensent. La disposition à changer existe. Ce qui manque, c’est la passerelle.

Un tissu économique entier est concerné et il mérite mieux que le silence

Pour mesurer les enjeux réels de cette transition, il faut regarder l’économie du plastique en face, telle qu’elle existe aujourd’hui en Guinée.

Prenons le seul secteur de l’eau en sachet. L’Union des Producteurs d’Eau Minérale de Guinée (UPEMGUI) estime à environ 3 000 le nombre d’unités de production recensées sur l’ensemble du territoire national.

Avec une moyenne de cinq employés par unité, ce sont potentiellement près de 15 000 emplois directs qui sont exposés à cette transition, sans compter les activités connexes : distribution, conditionnement, transport, vente au détail.

Mais l’eau en sachet n’est qu’un fragment du tableau. Le plastique à usage unique irrigue une chaîne économique bien plus large : marchés, restaurants, pharmacies, petits transformateurs agroalimentaires, entreprises industrielles et producteurs d’emballages.

Ces entreprises sont des employeurs réels, avec des investissements substantiels et des savoir-faire industriels qu’on ne peut simplement effacer par décret.

« Nous plaidons pour l’assainissement du marché sans destruction d’emplois. Des solutions existent pour encadrer le secteur tout en préservant les acquis sociaux. »

Ce que l’Afrique nous enseigne : interdire et accompagner, les deux ensemble

La Guinée n’est pas la première sur ce chemin. Elle peut apprendre des expériences vécues sur le continent, avec leurs succès et leurs limites.

Le Rwanda est la référence incontestable. En 2008, le pays des mille collines bannit les sacs plastiques. Résultat : Kigali est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres d’Afrique.

Mais le Rwanda n’interdit pas seulement. Il accompagne la loi par une taxe environnementale, un programme de collecte obligatoire à la charge des producteurs et des incitations à la production locale d’alternatives.

Le Ghana choisit également une approche structurée, avec une feuille de route nationale visant à réduire les emballages plastiques et à rendre les alternatives durables commercialement viables.

Au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal et même en Guinée, des initiatives démontrent que la transition est possible. De jeunes entrepreneurs produisent déjà des emballages biodégradables, en papier, en tissu ou à partir de matières locales.

Trois propositions concrètes pour que l’interdiction devienne une opportunité

1. Appliquer le principe « pollueur-payeur » pour financer la transition

L’État pourrait instaurer, dans une phase intermédiaire, une taxe environnementale progressive sur la production et les importations de plastiques à usage unique.

Cette taxe permettrait de décourager les pratiques actuelles tout en alimentant un Fonds de Transition Écologique destiné à financer les alternatives : équipements, startups d’emballages biodégradables et jeunes entrepreneurs engagés dans les solutions de substitution.

2. Créer une filière nationale de transformation du plastique collecté

Le plastique qui circule en Guinée n’est pas seulement une nuisance : c’est aussi une matière première.

Des entreprises africaines transforment déjà les déchets plastiques en pavés, matériaux de construction ou granulés réutilisables. L’État peut identifier, référencer et accompagner les initiatives locales pour construire une filière formelle de collecte et de valorisation.

3. Accompagner la reconversion des entrepreneurs du plastique

Les petits producteurs d’eau, fabricants d’emballages, jeunes commerçants et industriels du secteur ne doivent pas être laissés seuls face à l’échéance de septembre 2026.

Un programme de reconversion, co-piloté par le Ministère de l’Environnement, le Ministère du Commerce et l’APIP, devrait proposer un diagnostic, un plan de migration vers des alternatives et un accès facilité au financement.

La Guinée a l’opportunité de faire de cette interdiction un accélérateur d’entrepreneuriat vert

L’interdiction du plastique à usage unique est, en soi, un acte politique courageux. Dans un pays où les filières informelles sont massives, où les habitudes de consommation sont profondément ancrées, imposer ce changement demande une volonté ferme. Le gouvernement guinéen l’a.

Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au nombre de communiqués publiés ni à la sévérité des sanctions annoncées. Elle se mesurera à la capacité des Guinéens à trouver, dans leurs marchés, leurs ateliers et leurs rues, des alternatives réelles, accessibles et abordables.

Elle se mesurera aussi à la capacité des entrepreneurs qui vivent du plastique à se réinventer et à rester debout.

La Guinée a l’avantage de pouvoir apprendre du Rwanda, du Ghana, du Burkina Faso et du Kenya. Elle a aussi une jeunesse entrepreneuriale créative, déjà à l’œuvre sur des solutions alternatives, qui n’attend qu’un signal clair et un appui tangible pour passer à l’échelle.

Ce signal, c’est au gouvernement de le donner, non pas en publiant un nouveau communiqué, mais en lançant un programme concret d’accompagnement de la transition.

Interdire, oui. Mais construire le monde d’après, c’est encore plus urgent.

Alpha Mamoudou Danda Diallo
Expert en entrepreneuriat et accompagnement des jeunes entrepreneurs

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Aboubacar Sidiki Camara alias Idi Amin : l’homme de tous les régimes

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Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

Dans l’histoire contemporaine de la Guinée, peu d’officiers auront autant traversé les régimes, les crises politiques, les transitions militaires et les recompositions du pouvoir qu’Aboubacar Sidiki Camara, connu sous le surnom d’Idi Amin.

Derrière ce sobriquet qui alimente depuis des années les conversations politiques et militaires, se cache un homme dont le parcours, le niveau stratégique et l’influence réelle ont toujours suscité fascination, prudence et inquiétude dans les cercles du pouvoir.

Originaire de Faranah, Aboubacar Sidiki Camara appartient à cette génération d’officiers formés dans la rigueur militaire classique, avec une culture du silence, de la discipline et de la stratégie.

Très tôt, il choisit la carrière des armes et gravit progressivement les échelons au sein de l’appareil sécuritaire guinéen. Son profil diffère rapidement de nombreux officiers de sa génération grâce à un parcours académique et militaire particulièrement dense.

Il bénéficie de plusieurs formations militaires nationales avant d’être envoyé à l’étranger dans des écoles de haut niveau. En France notamment, il suit des formations à l’École de guerre et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, deux institutions parmi les plus prestigieuses du monde militaire francophone.

Ces formations renforcent son expertise stratégique, sa maîtrise des doctrines militaires modernes et surtout ses connexions dans les milieux sécuritaires internationaux.

À son retour en Guinée, il devient progressivement un officier incontournable dans les structures de défense. Son ascension dans l’armée guinéenne se construit loin des discours publics, mais au cœur des appareils sensibles de sécurité et de commandement.

Il occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment dans la gendarmerie nationale, avant d’intégrer les sphères les plus fermées du ministère de la Défense. Son influence grandit silencieusement au fil des années.

Sous Lansana Conté déjà, le nom d’Aboubacar Sidiki Camara circule dans les milieux militaires comme celui d’un officier disposant d’un réseau solide et d’une forte capacité d’organisation.

Dans une Guinée régulièrement traversée par des tensions internes dans l’armée, les hommes capables de fédérer des fidélités inquiètent toujours les pouvoirs en place. Le régime Conté apprend alors à surveiller cet officier discret dont la proximité avec certains cadres militaires commence à attirer l’attention.

Après la mort de Lansana Conté en décembre 2008 et l’arrivée du CNDD dirigé par Moussa Dadis Camara, les rapports de méfiance ne disparaissent pas. Ils changent simplement de forme.

Dans les transitions militaires africaines, les alliances sont mouvantes et la confiance reste fragile entre officiers. Sous Dadis Camara puis durant la transition conduite par le général Sékouba Konaté, Aboubacar Sidiki Camara demeure une figure observée avec prudence dans les rangs militaires.

Son expérience, ses relations internes et son parcours international lui donnent une stature particulière dans une armée profondément fragmentée.

Lorsque Alpha Condé arrive au pouvoir en 2010, la question du contrôle de l’armée devient rapidement une priorité absolue. Le nouveau président sait que la stabilité de son régime dépendra de sa capacité à neutraliser les centres d’influence militaires hérités des anciens systèmes.

Pourtant, malgré les changements opérés dans l’appareil sécuritaire, Aboubacar Sidiki Camara continue de monter en puissance.

Il devient directeur de cabinet au ministère de la Défense nationale et s’impose progressivement comme l’un des officiers les plus influents du système sécuritaire guinéen.

Mais cette influence finit par inquiéter le pouvoir politique. À partir de 2018 et surtout en 2019, plusieurs décisions et suggestions attribuées à son entourage sont jugées suspectes dans le cercle rapproché d’Alpha Condé.

Des soupçons de structuration de réseaux militaires autour de certains officiers commencent à alimenter les discussions au sommet de l’État.

Alpha Condé décide alors d’appliquer une méthode classique utilisée contre les officiers jugés trop puissants : éloigner sans provoquer une rupture directe.

En janvier 2019, plusieurs officiers considérés comme proches d’Idi Amin sont mutés à l’étranger. Le général Bachir Diallo est envoyé en Algérie, le général Boundouka Condé à Washington et Aboubacar Sidiki Camara est nommé ambassadeur de Guinée à Cuba.

Cette décision apparaît alors comme une manière de réduire son influence à l’intérieur de l’appareil militaire. Mais l’histoire prendra une tournure inattendue. Car loin du pays, les réseaux ne disparaissent pas forcément. Ils se réorganisent autrement.

Le 5 septembre 2021, le Groupement des forces spéciales dirigé par Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé. Rapidement, plusieurs figures militaires autrefois éloignées réapparaissent au centre du pouvoir.

Parmi elles, Aboubacar Sidiki Camara effectue un retour spectaculaire. Son retour à Conakry après le coup d’État confirme l’idée que son influence au sein de l’appareil militaire n’avait jamais réellement disparu.

Même si son rôle exact dans la préparation du coup d’État du 5 septembre reste entouré de silence et d’interrogations, son retour immédiat au sommet du dispositif sécuritaire nourrit depuis des années toutes les spéculations politiques.

Beaucoup d’observateurs estiment qu’un homme disposant d’une telle expérience militaire, d’un tel réseau et d’une telle proximité avec plusieurs officiers stratégiques ne pouvait être totalement étranger aux dynamiques internes qui ont précédé la chute d’Alpha Condé.

Le CNRD dirigé par Mamadi Doumbouya le nomme ministre de la Défense nationale quelques semaines après le coup d’État. Ce choix n’est pas anodin.

Il traduit la confiance accordée à un officier expérimenté, respecté dans certains cercles militaires et capable de réorganiser l’appareil de défense dans un contexte de transition fragile.

Durant plusieurs années, Aboubacar Sidiki Camara devient l’un des piliers du pouvoir de transition. Il supervise plusieurs réformes militaires, des programmes de formation et des projets de restructuration des forces armées.

Son poids politique grandit à mesure que la transition s’installe.

Mais en Guinée, plus un homme devient influent dans l’appareil sécuritaire, plus il finit par susciter des inquiétudes.

L’histoire politique du pays est marquée par une peur permanente des hommes forts capables de construire des réseaux autonomes à l’intérieur de l’armée. Et cette logique n’épargne jamais personne.

Le 2 juin 2026, Mamadi Doumbouya décide finalement de le remplacer au ministère de la Défense et de le nommer ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Guinée en France.

Officiellement, cette nomination s’inscrit dans une dynamique de redéploiement diplomatique et de renforcement des relations stratégiques entre Conakry et Paris.

Mais dans les milieux politiques et militaires guinéens, beaucoup y voient également une manière élégante d’éloigner un homme devenu extrêmement puissant dans l’équilibre interne du système.

Et c’est précisément là que le destin d’Aboubacar Sidiki Camara devient fascinant.

Car depuis Lansana Conté jusqu’à Mamadi Doumbouya, tous les pouvoirs ont fini par appliquer la même méthode face à lui : le surveiller, le contenir, l’éloigner.

Mais jamais aucun régime n’a réellement réussi à effacer son influence.

C’est cette permanence qui nourrit depuis des années les craintes autour de son nom dans les casernes, les cabinets présidentiels et les couloirs du pouvoir.

Parce qu’en Guinée, certains hommes quittent les centres de décision. Mais ne quittent jamais réellement le jeu.

Par Abdourahamane CONDÉ
Politologue et analyste de la vie publique

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