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La Tabaski, un levier de développement local encore sous-exploité en Guiné

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TRIBUNE | Par Alpha Mamoudou Danda Diallo, expert en accompagnement des entrepreneurs
À chaque Tabaski, un phénomène massif et souvent sous-estimé se produit en Guinée :
des milliers de Guinéens quittent Conakry, les grandes villes du pays ou encore les
capitales de la diaspora pour retourner dans leurs villages d’origine. Avec eux voyagent
des ressources financières, des compétences, des initiatives collectives et une forte énergie communautaire.Pour Alpha Mammando Danda Diallo, cette dynamique représente aujourd’hui l’un des
plus grands leviers de développement territorial du pays : un potentiel réel, mais encore insuffisamment structuré par les pouvoirs publics.

Une mobilisation communautaire devenue économique

Selon l’auteur, la Tabaski provoque chaque année un véritable choc de demande locale :
transports saturés, marchés en effervescence, hausse de la consommation et transferts massifs d’argent de la diaspora vers les localités de l’intérieur du pays.

Mais au-delà de l’aspect festif, une organisation communautaire de plus en plus structurée se met en place autour de ces retours au village : associations de ressortissants, campagnes de mobilisation sur les réseaux sociaux, cotisations communautaires, projets collectifs ou
encore initiatives de solidarité locale.

« Nous avons électrifié notre village »

Dans sa tribune, Alpha Mammando Danda Diallo cite l’exemple concret de son propre
village situé dans la préfecture de Dalaba. Depuis 2019, explique-t-il, une mobilisation
organisée des ressortissants a permis de financer plusieurs projets structurants :
électrification du village, réalisation de forages pour l’accès à l’eau potable et redistribution communautaire de viande lors des célébrations de Tabaski.

Ces réalisations ont été menées sans financement extérieur, grâce à une organisation communautaire basée sur des objectifs définis avant la fête, une caisse commune alimentée toute l’année et des projets préparés avant le retour au village.

La Mamaya de Kankan comme modèle national

La tribune met également en avant la Grande Mamaya de Kankan, présentée comme un exemple concret de transformation d’un événement culturel lié à la Tabaski en véritable outil de rayonnement territorial.

Pour l’auteur, la Mamaya démontre qu’une fête traditionnelle peut stimuler l’économie
régionale, renforcer l’attractivité touristique, mobiliser la jeunesse et devenir une véritable marque territoriale reconnue au niveau national et international.

Le modèle béninois des « Vodun Days »

Alpha Mammando Danda Diallo cite aussi l’exemple du Bénin avec les « Vodun Days »,
transformés en événement touristique majeur grâce à une stratégie politique et culturelle assumée.

Selon les chiffres évoqués dans la tribune, 97 000 visiteurs ont participé à l’édition 2024,
plus de 435 000 en 2025 et plus de 740 000 festivaliers en 2026, dont près de 20 %
d’étrangers venus de 56 pays.

Pour l’auteur, la Guinée pourrait s’inspirer de cette approche afin de mieux valoriser ses propres dynamiques culturelles autour de la Tabaski.

Un potentiel énorme pour l’artisanat guinéen

La tribune souligne également l’impact de la Tabaski sur l’artisanat local : léppi,
chaussures traditionnelles, bonnets, vêtements et autres produits « Made in Guinea » connaissent une forte demande pendant cette période.

Mais cette dynamique reste encore trop informelle et manque d’accompagnement,
d’accès au financement, de structuration et d’ouverture vers des marchés plus larges.

Donkin Village : une ambition de structuration nationale

Alpha Mammando Danda Diallo présente également l’initiative « Donkin Village », pensée comme une marque destinée à valoriser les dynamiques communautaires, culturelles et artisanales développées autour de la Tabaski dans les villages guinéens.

L’objectif affiché est de structurer ces initiatives locales afin d’en faire un véritable
écosystème capable d’attirer des partenariats publics et privés.

Un appel à l’État, aux collectivités et à la diaspora

Dans la dernière partie de sa tribune, l’auteur appelle à une action coordonnée des
institutions guinéennes : création de fonds de soutien aux projets villageois,
accompagnement des artisans, amélioration des transports vers les régions, implication
des collectivités locales et structuration des associations de ressortissants.

Il invite également la diaspora guinéenne à mieux organiser sa contribution au
développement local en structurant davantage les initiatives communautaires.

« La Guinée produit déjà ses propres modèles »

En conclusion, Alpha Mammando Danda Diallo estime que la Guinée dispose déjà, à
travers la Tabaski et les dynamiques communautaires locales, d’un modèle endogène de développement territorial.

« Le rôle de l’État n’est pas d’inventer cette dynamique. Il est de la reconnaître,
de la structurer, et de lui donner les conditions pour passer à l’échelle. »

Alpha Mamoudou Danda Diallo

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