Par Mamadou Djouldé Diallo, économiste
L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé 2026 Année internationale des pâturages et du pastoralisme
(International Year of Rangelands and Pastoralists). Mise en œuvre par l’Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO), cette initiative vise à attirer l’attention mondiale sur le rôle stratégique
des pâturages et des systèmes pastoraux dans la sécurité alimentaire, les économies rurales, la gestion durable des terres,
la préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique.
Pour la Guinée, et en particulier la région du Fouta Djallon, cette reconnaissance
internationale constitue bien plus qu’un symbole. Elle ouvre une véritable fenêtre d’opportunités pour valoriser,
moderniser et renforcer un secteur longtemps marginalisé mais fondamental pour l’équilibre économique, social et écologique
du pays.
Une initiative mondiale aux objectifs concrets
L’Année internationale 2026 vise notamment à :
- Sensibiliser à l’importance des services rendus par les pâturages et les pasteurs (sécurité alimentaire, conservation des sols et de l’eau, séquestration du carbone, biodiversité) ;
- Promouvoir des politiques publiques inclusives garantissant l’accès équitable à la terre, à l’eau et aux ressources naturelles ;
- Encourager les investissements responsables dans le pastoralisme et les zones de pâturage ;
- Renforcer la gouvernance, les services vétérinaires, la mobilité pastorale et les chaînes de valeur.
Cette dynamique repose sur un dialogue inclusif associant gouvernements, collectivités locales, communautés pastorales,
société civile, chercheurs et partenaires techniques et financiers.
Le Fouta Djallon et la communauté peule : un rôle stratégique
Le Fouta Djallon, avec ses plateaux herbeux, ses vallées fertiles et ses nombreuses sources d’eau,
constitue un écosystème à la fois riche et fragile, historiquement façonné par les pratiques pastorales.
La communauté peule y joue un rôle central, porteuse de savoirs ancestraux en matière d’élevage extensif,
de mobilité saisonnière et de gestion durable des ressources naturelles.
Le pastoralisme doit ainsi être reconnu non comme un simple mode de subsistance, mais comme un
capital écologique, culturel et économique essentiel au développement durable de la Guinée.
Quelles actions concrètes pour la Guinée ?
1. Renforcement des capacités techniques et vétérinaires
- Création de centres de santé animale de proximité ;
- Campagnes de prévention et de lutte contre les principales maladies animales ;
- Formation des jeunes et des femmes pastorales et prévention des conflits éleveurs-agriculteurs.
2. Gestion durable des pâturages et restauration écologique
- Restauration des pâturages dégradés ;
- Protection des bassins versants, des sols et des sources d’eau ;
- Déploiement de systèmes agro-pastoraux résilients face au changement climatique.
3. Sécurisation foncière et mobilité pastorale
- Mise en place de cadres juridiques protégeant les droits fonciers pastoraux ;
- Aménagement de corridors de transhumance sécurisés ;
- Consultation inclusive des communautés locales dans la planification territoriale.
4. Développement économique et chaînes de valeur
- Appui à la transformation locale des produits laitiers et carnés ;
- Structuration de coopératives pastorales ;
- Promotion de produits labellisés du Fouta Djallon à forte valeur ajoutée.
5. Valorisation des savoirs traditionnels
- Documentation et transmission des connaissances peules sur le pastoralisme durable ;
- Échanges régionaux et internationaux via des plateformes comme le Pastoralist Knowledge Hub de la FAO.
Un moment historique à saisir
L’Année internationale des pâturages et du pastoralisme 2026 constitue une opportunité stratégique pour orienter
les politiques publiques, mobiliser des investissements et bâtir des partenariats durables.
Pour la Guinée et la communauté peule, c’est une chance historique de moderniser l’élevage,
protéger les ressources naturelles et renforcer la résilience climatique.
Si elle est pleinement exploitée, cette initiative peut ouvrir un nouveau chapitre de
prospérité rurale, de justice socio-économique et de développement durable,
au bénéfice du Fouta Djallon et de toute la nation guinéenne.